CROISSANCE. Malgré un euro désormais plus cher que le dollar, les Américains les plus aisés continuent d’investir à Paris, notamment dans l’immobilier d’exception.
Corinne Moustafiades, agent immobilier expérimentée implantée dans le 16e arrondissement sous la marque Century 21 Alpha Hoche Fine Homes & Estates – l’enseigne de luxe du géant américain de l’immobilier –, est missionnée pour une vente hors du commun. Un luxueux hôtel particulier d’inspiration Art déco de 425 m2 sur un seul niveau, agrémenté d’un jardin paysagé de 400 m2, conçu et réalisé par l’un des architectes phares de la France des Années folles, Jean Walter.
Ce bien, unique et rare, entièrement restauré, se compose d’une triple réception avec baies vitrées et verrière, le tout donnant sur un jardin somptueux et agrémenté d’une piscine intérieure de 11 mètres avec hammam, salle de sport et terrasses. Le rêve a un prix : 9 millions d’euros. Le futur propriétaire, américain, asiatique ou émirati, sera sans aucun doute un étranger fortuné en quête d’un bien exceptionnel pour y séjourner quelques jours ou quelques semaines par an. Corinne Moustafiades se donne six mois pour le vendre. Confiante, elle a déjà reçu quelques appels.
Et pour cause, à Paris l’immobilier de luxe n’a jamais connu la crise, y compris après le Covid. Sur les premiers mois de l’année 2025, dans ce secteur dynamique, les prix ont augmenté de 2 %, le mètre carré atteignant 15 000 euros. Ça flambe dans certains arrondissements, comme le 4e, à 18 000 euros le mètre carré en moyenne, un bond de près de 20 % en un an. À Montmartre, il peut dépasser les 20 000 euros pour des biens d’exception avec grande terrasse et vue imprenable sur la capitale. Charles Marinakis, président de Century 21, souligne que « les Américains raffolent de la vie du quartier, des peintres de la place du Tertre, des terrasses de restaurants, des boulangeries : une culture authentique qu’ils n’ont pas forcément chez eux ». La série désormais culte Emily in Paris et les Jeux olympiques de l’été dernier ont participé à cette renommée.
À Paris, l’immobilier de luxe n’a jamais connu la crise
Sur le marché du luxe, les Asiatiques, et en particulier les Chinois les plus fortunés, sont également de plus en plus actifs. Acheter à Paris représente, à leurs yeux, un symbole de réussite. À la différence des acquéreurs américains, ils ne recherchent pas l’authenticité, mais plutôt le bling-bling. Des acheteurs qui n’hésitent pas à faire monter les enchères, dépensant jusqu’à 30 000, voire 50 000 euros le mètre carré pour un triplex avec vue sur la tour Eiffel. Chez ces acquéreurs, aucun problème de pouvoir d’achat ou de taux d’emprunt, ce sont plutôt les risques liés aux poussées de fièvre géopolitique mondiale qui peuvent parfois faire capoter l’achat au dernier moment. 
Monaco, Cannes, Saint-Jean-Cap-Ferrat et Nice restent des destinations privilégiées pour les plus fortunés. La Côte d’Azur continue d’attirer une clientèle internationale exigeante en quête de propriétés d’exception. En entrée de gamme, le marché Prime : des villas d’une valeur de 2 à 3 millions d’euros qui représentent globalement 50 % des ventes. Le haut du marché est constitué de propriétés au-delà des 15 millions d’euros. C’est le cas d’un palace emblématique de la Riviera, Le Roc Fleuri, suspendu entre ciel et mer, une bâtisse Art déco sur les hauteurs du port de Nice. Un pan d’histoire de la baie des Anges.
C’est dans cette somptueuse demeure que Sean Connery pose ses valises en 1970. Plus de 1 000 m2 sur six niveaux, entourés d’un parc arboré de 5 hectares, avec vue sur la Grande Bleue depuis la piscine intérieure vitrée. « On a l’impression de nager dans la Méditerranée alors que l’on est à l’abri, loin du brouhaha des plages et de la ville », commente Benjamin Mondou, agent immobilier Century 21 mandaté pour la vente du Roc Fleuri. Prix demandé : 23,5 millions d’euros, soit 20 000 euros le mètre carré. « C’est presque cadeau, poursuit l’expert, quand la plupart des propriétés de ce standing s’affichent plutôt entre 25 000 et 30 000 euros le mètre carré. » En quelques jours, quatre visites ont été organisées pour de potentiels acquéreurs venus de Dubaï à l’occasion du Grand Prix de F1 de Monaco. « Ils souhaitent revenir avec leur décorateur, pour se projeter, sans doute tout casser et tout refaire à leur goût, peu importe le prix des travaux », explique Benjamin Mondou.
« À la différence des Américains, les riches français préfèrent rester dans l’ombre »
L’agent, spécialisé en demeures d’exception, a vu son chiffre d’affaires s’envoler sur les six premiers mois de 2025. L’année pourrait atteindre des records, avec un bond attendu de + 15 % de ventes par rapport à 2024. Seule limite indépassable à l’envolée du marché : la rareté des biens très haut de gamme. Les Russes, qui ne viennent plus aussi régulièrement sur la Côte d’Azur à cause de la guerre en Ukraine, n’ont pas pour autant vendu leurs propriétés, gardant sans doute l’espoir d’y revenir un jour. Les rares acquéreurs français qui se positionnent sur ce marché tiennent à rester discrets. « À la différence des Américains qui ne craignent pas d’afficher leur réussite, les riches français préfèrent rester dans l’ombre », souligne l’expert immobilier.
CROISSANCE. Malgré un euro désormais plus cher que le dollar, les Américains les plus aisés continuent d’investir à Paris, notamment dans l’immobilier d’exception.
Comment remodeler les zones commerciales d’entrées de villes tout en répondant à la crise du logement ? Le constructeur Icade, l’un des principaux acteurs du secteur, développe sa méthode et multiplie les projets pour revivifier les territoires de la « France périphérique ».
CHRONIQUE. Chaque année, la capitale perd des habitants. L’essayiste Paul Melun décrypte les raisons de cet exode, entre hausse du coût de l’immobilier, prolifération de la saleté et explosion de l’insécurité.
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TRIBUNE. Les professionnels de l’immobilier sont régulièrement tenus responsables de la crise du logement qui touche l’Hexagone. Et ce, alors qu’ils sont souvent les acteurs de la solution, plaide Xavier Belvaux, directeur général du groupe We Invest France.
LOGEMENT. La nouvelle loi Le Meur, concernant la limitation des locations touristiques de courte durée, devrait produire ses premiers effets au cours de cet été.

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