Malgré l’interdiction de location des DPE (Diagnostic de Performance Energétique) classées G, les annonces continuent de fleurir sur les plateformes de location. Le phénomène touche tout particulièrement Paris.
Le marché immobilier a du mal à suivre les nouvelles consignes à la lettre. Depuis le 1er janvier 2025, il est interdit de mettre en location un logement avec un Diagnostic de performance énergétique (DPE) classé G. Pourtant, selon une étude de SeLoger, la loi Climat et résilience est loin d’être appliquée systématiquement.
Depuis le début de l’année, la plateforme a observé une chute spectaculaire (-87 %) des annonces de locations pour des biens classés G. Mais ces logements ne disparaissent pas pour autant : ils représentent encore 2,5 % des biens mis en ligne. Pire, le nombre de biens mis en location sans DPE (bien qu’obligatoire pour une location) a bondi de 57 %. « Cette hausse pourrait laisser entendre qu’une partie des biens G est dissimulée parmi ces annonces sans DPE », explique l’étude de SeLoger.
Cependant, le marché de la location est si grippé, que les futurs locataires ne sont pas refroidis par ces passoires : 55 % se disent prêts à accepter un bien noté G « à cause des difficultés qu’ils rencontrent actuellement pour trouver un logement », note une étude de Guy Hoquet. De leur côté, seul un quart des propriétaires de ces logements sont enclins à réaliser des rénovations pour respecter les nouvelles normes. 27 % assument même de vouloir continuer à louer leur bien sans faire de travaux, malgré le risque de sanctions.
« En l’absence de DPE ou si le DPE est un G, un propriétaire peut se voir infliger une amende allant jusqu’à 3 000 euros, voire 15 000 euros si c’est une personne morale, rappelle Sophie Morvan, juriste au sein de l’Agence départementale de l’information sur le logement (ADIL) de Paris. Mais les gens ont tellement du mal à se loger qu’ils les prennent quand même. »
Si les freins à l’application de la loi concernent l’ensemble du territoire, la situation parisienne est particulièrement problématique. Au 15 janvier, 4,7 % des annonces de location dans la capitale concernaient encore des logements classés G, et 35 % des annonces ne comportaient aucun DPE.
Cette singularité parisienne s’explique en partie par la forte proportion de passoires thermiques dans le parc locatif de la ville : 12,5 % des logements parisiens sont classés G, contre 5,7 % en moyenne au niveau national, selon les données de l’entreprise spécialisée Hello Watt. Aussi, le marché locatif parisien est particulièrement tendu : le nombre d’annonces de locations a fondu de plus de moitié en trois ans selon SeLoger.
De leur côté, les réseaux d’agences immobilières jouent la carte de la prudence. Orpi a demandé à ses agences de ne plus mettre en ligne des biens classés G, et Century 21 tente aussi de resserrer la vis. « Aujourd’hui, le logiciel du réseau bloque automatiquement les annonces de location si le DPE n’est pas aux normes », constate Benoît Dupont, directeur d’une agence Century 21 en plein cœur de Lille.
Mais les plateformes d’annonces, elles, ne sont pas inquiétées par d’éventuelles sanctions et continuent de publier des offres de locations hors-la-loi. « Bannir les annonces non conformes de notre site serait nier la réalité du marché », se justifie dans un communiqué Thomas Lefebvre, vice-président data de SeLoger. Même son de cloche du côté du site PAP. « Personne ne veut enlever des centaines de milliers de logements du marché alors que la situation est déjà ultra-tendue, s’agace Corinne Jolly, présidente de PAP. Cela fait trois ans qu’on dit que le calendrier n’est pas réaliste, tout le monde sait que cette loi est très hypocrite ».
Si le calendrier n’est pas modifié d’ici là, ce sera au tour des logements classés F d’être interdit à la location en 2028, puis les E en 2034. Cela représente près de 35 % des résidences principales en France, soit plus de 10,6 millions de logements. Entre 2020 et 2024, seuls 2,4 millions de logements ont été rénovés. Les locations de passoires thermiques ont encore de beaux jours devant elles.
Newsletter
Recevez les analyses et les exclusivités de la rédaction directement dans votre boite mail.
Newsletters
Recevez chaque jour le meilleur de l’information.
Nos liens utiles
A propos
Lire Challenges
LEs Applications mobiles
L'information en continu
Votre magazine en numérique
Les sites du groupe
Sciences et Avenir
La Recherche
L’Histoire
Nous avons enregistré votre choix pour les cookies de mesure d’audience, contenu personnalisé et ciblage publicitaire.
Concernant les cookies publicitaires, un choix alternatif à l’acceptation de l’affichage de publicités ciblées vous est proposé pour donner à la Rédaction les moyens de toujours fournir une information de qualité, riche et dense :