Une retraite à l’étranger 4/6 – Avec son forfait fiscal à 7 %, le pays attire les retraités aisés. Les autres sont séduits par la beauté de la nature, la culture et la vie bon marché.
Michel, patron prospère d’une entreprise de BTP dans la région de Toulon, a eu un choc il y a deux ans, à l’heure de passer la main : « J’ai fait mes calculs. A 62 ans, malgré 43 ans de cotisations, ma pension allait faire dégringoler mon revenu de plus de 50 %. Certes j’allais quand même avoir une retraite très confortable grâce aux dividendes de ma boîte, dont je reste actionnaire, et à mes investissements en Bourse, mais ils sont variables, je ne peux toujours compter dessus. Et j’allais payer environ 22 000 euros d’impôt par an. »
Des amis installés en Grèce, près de Thessalonique, lui ont parlé d’un cadeau fiscal pour les retraités étrangers qui ferait baisser sa note à moins de 7 000 euros. « Ma femme et moi avons bien réfléchi, on leur a rendu visite plusieurs fois et, finalement, on les a rejoints. » Sans regret. « L’endroit est idyllique, la vie bon marché hors des hauts lieux touristiques, et les Grecs adorables. J’en fais la pub à tous mes copains ! »
Au bord de la faillite au début des années 2010, la Grèce s’est inspirée du Portugal pour attirer les riches retraités étrangers : en 2020, elle a mis en place un régime de faveur avec une imposition forfaitaire de tous leurs revenus (des pensions et du capital, sauf immobilier situé en France) de 7 % pendant quinze ans. « Depuis, mon téléphone ne cesse de sonner, se félicite Panayota Marceau, avocate fiscaliste à Athènes et Paris. Et plus encore depuis que le Portugal a mis fin à son régime spécial. »
Destination chérie des vacanciers français, le pays méditerranéen devient un havre fiscal pour retraités argentés… et attire aussi les autres, moins concernés mais séduits par la beauté du pays, l’immobilier abordable, la nonchalance latine. « Les Français adorent les îles Cyclades mais, pour la retraite, nous conseillons plutôt Athènes, le Péloponnèse ou la Crète, moins isolés, près de villes dotées d’aéroports et d’hôpitaux », détaille Ellen Sannier, de l’agence immobilière Mobilia.
Claudine Vergrand, 71 ans, ex-comptable parisienne, a choisi de s’établir près de Chania, en Crète, il y a quatre ans : « Ce n’est que du plaisir. Randonnées, baignades, régime crétois et zéro stress, je n’ai jamais été aussi en forme ! » Tout n’est pas si rose. La langue et son alphabet sont une barrière et la bureaucratie est infernale. « Pour l’achat immobilier, c’est bien moins transparent qu’en France. La profession d’agent est moins encadrée, tous les biens ne sont pas au cadastre, il est préférable d’être accompagné d’un professionnel pour défendre vos intérêts », indique Constantin Karagounis, avocat à Athènes et Paris. Et les prix ont doublé depuis 2020 dans les bons coins… comme au Portugal où la flambée des achats étrangers a poussé le gouvernement à renoncer à son cadeau fiscal.
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