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Par Romain Leroux
Un an après les crues historiques, le marché immobilier de Pont-Réan est-il toujours impacté ? Si certains acheteurs restent frileux, d’autres sont prêts à prendre le risque pour vivre dans ce cadre bucolique aux portes de Rennes.
Sous un soleil de printemps, Dominique Fournier est en pleins travaux en ce jeudi de fin janvier. Dans son pavillon situé en bordure de Vilaine, à Pont-Réan, sur la commune de Guichen, le quinquagénaire est en train de monter sa nouvelle cuisine avec son fils. Au rez-de-chaussée, tout est neuf. Ou presque. Et pour cause. Il y a un an presque jour pour jour, sa maison, en zone inondable, était touchée de plein fouet par la crue historique qui a frappé la commune. Chez lui, 14 centimètres d’eau dans le salon, et 22 centimètres dans le garage.
Un coup dur pour celui qui souhaitait mettre sa maison en vente. Pourtant, un an plus tard, il est toujours là. « Vu la situation, je ne vends pas pour le moment. Avec les assurances, j’ai pu refaire le carrelage et les peintures, mais si je me décidais à partir, ce serait en location dans un premier temps ». Après les inondations, Dominique Fournier a fait estimer sa maison. « L’agent immobilier l’a estimé à 210 000 €, j’espérais plus. Une maison comme la mienne, elle peut se vendre 250 000 €, mais pas maintenant ».
Selon lui, le souvenir de Pont-Réan assailli par la Vilaine est encore trop frais dans les mémoires. Mais depuis un an, le marché de l’immobilier a-t-il réellement été impacté par les inondations ? « La première question que de potentiels acquéreurs me posent quand ils voient que l’annonce concerne un bien à Pont-Réan, c’est : « Est-ce que c’est en zone inondable ? » », raconte Franck Normand, agent immobilier chez Optivia Foncier, une agence immobilière située dans le bourg de Pont-Réan. Agence elle-même inondée en janvier 2025.
Isabelle Le Bail, agent immobilier indépendant, a vendu une maison nichée sur la Vilaine en décembre dernier. Pourtant, depuis un an, « les inondations ont bien eu un impact sur le volume et le prix de vente. Certains refusent catégoriquement de visiter à Bruz (dont une partie de Pont-Réan fait partie) en raison des inondations. Pour certains qui ne connaissent pas la commune, c’est dissuasif ».
De là à mettre un coup d’arrêt au marché immobilier ? Non. Selon Noëlle Masse, elle aussi agent immobilier et résidente sur la commune, « il y a eu quatre ventes dans deux rues inondées après les inondations. J’en ai vendu une en une semaine alors qu’elle a eu 80 cm d’eau. Un mois après les inondations, un de mes proches a vendu, au prix, deux biens inondés en une seule visite. Il n’y a pas de règle dans l’immobilier. »
Si Pont-Réan attire, c’est qu’elle est toujours réputée pour sa qualité de vie, son cadre bucolique, et sa proximité avec Rennes. « Certains veulent absolument être à Pont-Réan parce que c’est Pont-Réan et ils en acceptent les règles ». Reste le prix. C’est là que la crue de la Vilaine peut faire mal. Entre un bien en zone inondable et une autre qui ne l’est pas, « le prix au mètre carré peut aller du simple au triple en fonction du style de la maison », note Noëlle Masse.
Alors pour Franck Normand, « en zone inondable, on ne va pas capter les gros budgets. On va capter ceux qui n’ont pas le choix. Quelqu’un qui a 400-500 000 € à mettre ne va pas prendre de risque sur son patrimoine. Quelqu’un qui a 200 000 € de budget va avoir une autre réflexion. Il se dit je ne trouve pas ce que je veux, je préfère prendre le risque de l’inondation et vivre dans une belle commune aux portes de Rennes ». Il prend pour exemple « une maison mise en vente sans agence avant les inondations à 480 000 €. Elle a eu de l’eau partout dans le sous-sol et aujourd’hui, elle est toujours en vente à 430 000 €. Et je suis persuadé qu’elle sera vendue à moins de 400 000 €. À ce prix-là, soit les vendeurs cèdent à la panique, soit ils s’arment de patience. »
« Le prix au mètre carré peut aller du simple au triple » : près de Rennes, les inondations ont-elles eu un impact sur le marché immobilier de cette commune ?
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