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Un Mauricien de 38 ans avait gagné jusqu’à 136 000 euros en liquide entre 2016 et 2020, en louant des appartements à Bordeaux à des prostituées à un tarif bien supérieur à celui du marché immobilier. Alors qu’il « ne se voyait pas comme un proxénète » il a été condamné ce mardi 5 mai
« Au début, la clientèle, c’étaient des touristes. C’est vers 2016, 2017 qu’on a surtout eu des prostituées. » Ce Mauricien de 38 ans les a logées dans une quinzaine d’appartements à Bordeaux, rue de la Devise, rue du Palais-Gallien, aux Chartrons ou près de la gare Saint-Jean. Des faits pour lesquels il était jugé pour proxénétisme aggravé ce mardi 5 mai.
Car s’il n’était officiellement que concierge, assurant le nettoyage des logements et la remise des clés, ce trentenaire a bien profité du système. À son domicile, les enquêteurs ont trouvé 136 000 euros en liquide. « Grâce à cela, il a notamment acheté un Range Rover en versant 6 000 euros en espèces, et en demandant une fausse facture au vendeur, dénonce le procureur Jean-Dominique Trippier. Et il a expliqué à sa femme qu’elle n’avait plus besoin de travailler. »
Ce train de vie, le prévenu l’assurait grâce à de solides marges sur les locations : « 600 ou 700 euros la semaine, normalement, c’est le loyer pour un mois », pose la présidente Sonia Silva. Ce loyer mensuel était bien versé aux propriétaires, mais la différence sur la totalité de ce qui était perçu tombait dans la poche du Mauricien.
Ce dernier reconnaît qu’il savait que les appartements étaient des lieux de prostitution. « Mais je pensais qu’il y avait une tolérance, dit-il. De plus en plus de gens m’appelaient. Je ne mesurais pas les conséquences de ce que je faisais. » Si, en effet, les premières locations ont été prises via des plates-formes comme Ebooking, Leboncoin ou Airbnb, l’homme s’est aussi rapidement trouvé au centre d’un groupe WhatsApp par lequel les clients trouvaient les tarifs des prostituées, et par lequel elles passaient elles aussi pour « trouver un lieu où travailler », dit l’une d’elles. La seule qui se soit constituée partie civile.
La procédure fait état d’une quinzaine de femmes ou transgenres, brésiliennes ou ayant des noms slaves ayant occupé ces appartements. Les transactions étaient opérées de préférence en espèces. Les propriétaires n’étaient apparemment pas au courant de la situation.
« Et quand j’ai voulu arrêter on m’a menacé, dit le prévenu, marié et père de deux enfants. Ça a été très dur pour moi et ma famille. » Derrière le cas de cet homme, il y a en effet toute la violence qui entoure le monde de la prostitution, et singulièrement de la prostitution des transgenres, laisse entendre Me Audrey Delhomme, l’avocate de la partie civile.
Pour la défense du prévenu, Me Marilou Séval souligne au contraire qu’aucun fait de violence ne lui est reproché. « Il ne se voyait pas comme un proxénète dans la mesure où il ne mettait pas les prostituées dans la rue. » « Mais il s’est assuré un train de vie confortable en profitant de l’activité d’autres personnes, oppose le procureur Trippier. Il a déployé un écran de fumée pour dissimuler des activités illégales. Tout cela était très bien organisé. »
Des conclusions suivies par le tribunal, qui a condamné l’homme à deux ans de prison, dont six mois de prison ferme. Une peine déjà exécutée dans le cadre de sa détention provisoire. Restent dix-huit mois de sursis qui pèsent au-dessus de sa tête. Quant à l’argent et aux biens qu’il a acquis avec ce business, ils ont été saisis.
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