L’Etat va voter un règlement forçant les aspirants gardiens à déclarer leurs avoirs, ceux de leurs familles et de leurs parents proches. Ceux qui sont déjà en fonction devront le faire pour leurs enfants et petits-enfants.  
La Commission d’enquête sur la drogue présidée par l’ex-juge Paul Lam Shang Leen n’aura pas été une perte de temps. La Conseil des ministres a décidé vendredi de promulguer un nouveau règlement qui forcera tout aspirant gardien de prison à déclarer ses avoirs, ceux de sa famille et de ses proches parents. Ceux qui sont déjà en poste devront également le faire pour sa conjointe, ses enfants et ses petits-enfants. 
Dans son rapport de juillet 2018, Paul Lam Shang Leen déplorait que des cartes SIM, des stupéfiants et des téléphones portables soient introduits en prison. Il mettait à l’index les gardiens malhonnêtes, dont 23 étaient alors en attente de leurs procès. Des gardiens touchaient entre 10 000 et 100 000 roupies pour introduire un téléphone cellulaire en prison, le prix variant en fonction de ses capacités technologiques.  
Bien que la Commission d’enquête a fait état de son incompréhension que le trafiquant emprisonné Peroomal Veeren puisse utiliser un téléphone portable, un mini-appareil a été trouvé dans sa cellule à la Prison de haute sécurité de Phoenix, communément appelée La Bastille, il y a cinq mois. Considéré comme le caïd des caïds, il proposerait jusqu’à un demi-million de roupies aux gardiens pour qu’ils fassent la mule pour lui.  
L’influence de Peroomal Veeren sur des gardiens a déjà été prouvée. Oumeshlall Ramsurrun a été interpellé il y a cinq ans dans le cadre de l’enquête sur l’importation d’Afrique du Sud de sableuses à pression bourrées de 119 kilos d’héroïne. Le stock évalué à 1,8 milliard de roupies était géré par Navind Kistnah, un pion de Peroomal Veeren.  
Navind Kistnah a importé plusieurs produits soupçonnés d’avoir servi à dissimulé de la drogue d’Afrique du Sud. Certains ont été réceptionnés et gardés au domicile d’Oumeshlall Ramsurrun qui a démissionné de l’administration carcérale pour se concentrer uniquement sur ces activités. Il menait grand train de vie et roulait en véhicules de sport.  
La compagne du gardien, Bibi Maitab Phutully, a déjà été coincée par la Commission anticorruption pour blanchiment. Elle a soutenu qu’ils se sont offert un appartement à Flic-en-Flac pour 6,3 millions de roupies grâce à ses activités de call-girl en Grande-Bretagne. Ils louaient l’appartement au beau-frère de Peroomal Veeren, Khalid Ameer…  
Auditionné par la Commission Lam Shang Leen, le gardien Jocelyn Pedro Duval avait lui-aussi été cueilli par la Commission anticorruption il y a quatre ans pour blanchiment de 2,5 millions de roupies au bénéfice de caïds emprisonnés. Originaire de La Caverne, Vacoas, il a été appréhendé dans la maison qu’il loue à Flic-en-Flac avec 43 500 roupies, trois cartes SIM et autres.  
Mule présumée de Peroomal Veeren, il est fortement soupçonné de lui avoir fourni des cartes SIM durant des années et de figurer sur les carnets personnels du caïd comme étant un de ses « salariés ». Officier bien noté et cumulant quatorze années de carrière, Jocelyn Pedro Duval a même eu droit à des cours de collecte de renseignements. Il est tombé dans le viseur de ses collègues des services de renseignement.  
Il opérait un service traiteur à Flic-en-Flac, a construit une maison à La Caverne et possède une vedette rapide, de même que de nombreux véhicules. Il avait été cuisiné par la Commission d’enquête pour sa propension à communiquer avec la détenue Jessica Lina Gentil – la maîtresse de Steeve Serret, alias Polocco – en 2015 alors qu’il était affecté à la surveillance de Peroomal Veeren.  
Steeve Serret a été condamné pour l’assassinat de Denis Fine, un facilitateur présumé du trafic de Subutex entre Paris et Plaisance, d’une balle à la tête dans la nuit du 3 janvier 2010 à Pamplemousses. Son épouse, Véronique, a, quant à elle, perçu plus d’un demi-million de roupies en liquide sur son compte en banque entre 2015 et septembre 2016. 
Sam Lauthan, un des assesseurs de la Commission d’enquête, indique au Quotidien, qu’un caïd emprisonné arrive à recruter des gardiens en lui fournissant de l’alcool, de l’argent et des femmes afin qu’ils ferment leurs yeux sur ses activités. Le gardien peut, par exemple, contracter un prêt immobilier que le trafiquant va rembourser. Il peut aussi avoir de l’argent à gogo pour régler ses dettes de jeu.  


Le Quotidien
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