À J – 5 du scrutin, chaque minute compte. Quand Laure Lavalette ne serre pas des mains, elle salue un chauffeur de bus, papote avec un postier, distribue un tract au pharmacien ou répond à un journaliste. Il est 9 h 30 dans le quartier des Quatre-chemins-des-Routes et la députée RN, arrivée largement en tête du second tour des élections municipales à Toulon, est en duplex sur CNews depuis la place Bouzigues. « J’ai expliqué à Pascal Praud que j’étais un rempart contre la gauche », raconte la candidate, qui attire les regards des curieux.
Le discours est réglé comme du papier à musique, répété à l’envi à la supérette, chez la coiffeuse et même devant l’école primaire, où elle se trouvait avec une poignée de ses soutiens dès 8 h 15. « On a fait la rentrée des classes », explique Frank Giletti, son colistier, patron du Rassemblement national dans le Var. « On ne néglige aucun lieu. Avec l’idée d’appuyer là où on est fort, pour convaincre les abstentionnistes de se mobiliser. » Dans ce nord-ouest de Toulon pavillonnaire, la popularité de Laure Lavalette ne souffre aucune ambiguïté.
À 10 h, accompagnée de son équipe, Laure Lavalette prend le volant, direction Valbertrand. Dans le bureau 62, dimanche, elle a fait un carton avec 48 % des voix. Et ça se voit. Coups de klaxon, selfies, applaudissements : la tête de liste d’« Un avenir pour Toulon » ne fait pas trois pas sans être apostrophée. Un jeune lui propose d’« aller faire la fête au 809 » le soir venu. « Ce matin, un papy-school m’a demandé mon numéro pour aller dîner », se marre-t-elle.
« Ça me fait tellement plaisir de vous voir », insiste un passant, qui promet d’aller voter en famille… contrairement au week-end dernier. « Voilà, c’est pour ça qu’on est là », apprécie la parlementaire. « Nous allons prier pour vous », lui glisse même une religieuse. Obtenir l’aide de Dieu, cette catholique fervente ne dit pas non. Mais ce mardi matin, c’est également un coup de pouce de l’autre camp que guette l’élue du RN.
Son colistier Sébastien Soulé lui résume un article sur la conférence de presse de sa rivale. « Josée Massi ne prend pas Michel Bonnus mais elle déclare compter sur les soutiens des électeurs de gauche ? C’est vrai ? » A son entourage, elle souffle : « Franchement, depuis dimanche, sa campagne n’est pas terrible… »
La sienne consiste à labourer ses « zones de force » et jouer sur « l’hyper proximité ». Bref, être chaque jour la plus visible possible en bord de rade, et pas seulement sur ses affiches qu’elle « adore », déjà collées partout en ville. « C’est fatigant », confesse-t-elle. « Il faut faire attention à son hygiène de vie. On se lève tôt. On rentre tard. Pour la famille, ce n’est pas simple non plus. »
Laure Lavalette, boîte d’œufs en main, n’en oublie pas pour autant de faire ses courses dès qu’elle franchit la porte d’un commerce pour y poser un tract. À ses côtés, Frank Giletti passe un coup de fil à Paris pour glaner quelques soutiens du parti aux candidats lepénistes du Var encore en course. Laure Lavalette n’est pas concernée. « Marine Le Pen est déjà venue », balaye-t-elle. « Et puis, on ne prévoit pas de grand meeting. Juste une réunion publique, jeudi soir, place Bouzigues ».
Le périple se poursuit sur l’avenue Le-Châtelier, où la députée d’extrême droite sonne aux portes, souvent avec succès. Auprès des passants qu’elle sent acquis à sa cause, elle égratigne son adversaire qui serait issue du « système ». « Ils sont là depuis vingt-cinq ans, il est temps qu’ils partent. » Aux autres, pas de « dégagisme » : elle tient un discours plus neutre, avec cet objectif de séduire les 15 % d’électeurs qui avaient misé sur le sénateur Les Républicains Michel Bonnus.
« Ma fille, je ne la laisse jamais aller au collège à pied », déplore Hélène, qui réclame du « changement » depuis sa fenêtre. Laure Lavalette jubile. « Je représente l’espoir, notamment sur les questions de sécurité. Les Toulonnais savent que j’ai la volonté politique de m’attaquer à la délinquance. » Elle n’oublie pas de glisser au passage une petite peau de banane à la maire sortante : « C’est une rupture avec Josée Massi, à l’hôtel de ville pendant trois ans, et qui n’a posé que quelques caméras de surveillance et végétalisé trois cours d’école… »
Il est temps pour Laure Lavalette de s’accorder un break à sa permanence, histoire de « manger un morceau de pizza froide ». Et ensuite ? « Il fait beau, on va aller tracter au Mourillon ». Soupir de satisfaction. « Vous avez vu l’accueil des gens ? Comment voulez-vous qu’on perde ? Et puis ce serait tellement triste… »
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