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Sur le ressort judiciaire de La Rochelle, une dizaine de biens saisis sont vendus chaque année aux enchères. Dans ce territoire marqué par une forte tension immobilière, la mise à prix peut paraître alléchante, mais attention aux mauvaises surprises
À vendre, ensemble immobilier sis 3 et 5 rue Saint-Marsault à La Rochelle, d’une surface habitable d’environ 91 m², divisé en quatre logements en cours de rénovation. Mise à prix : 60 000 euros. Dans une ville où le prix moyen de vente au m² est de 4 500 euros, il y a de quoi se demander s’il n’y a pas erreur. Cette annonce ne vient pas d’une agence immobilière classique. Elle se trouve affichée dans les locaux du palais de justice. Comme c’est le cas pour une dizaine de biens par an, ce lot est vendu aux enchères après une saisie immobilière.
« Dans 90 % des cas, les saisies ont lieu dans le cadre de prêts immobiliers non payés, précise le magistrat rochelais Paul Roubeix, en charge de ce contentieux. La procédure est simple mais elle est très encadrée. » L’avocat du créancier fixe la mise à prix. « Elles sont généralement très attractives », confirme le juge. Peut enchérir n’importe qui mais pas n’importe comment. Mercredi 1er juillet, ils étaient cinq avec leur avocat – c’est obligatoire –, à participer à l’audience pour la vente du lot de la rue Saint-Marsault. Montant minimum des enchères : 1 000 euros.
Ils étaient pourtant bien plus nombreux le 5 juin à venir visiter le bien lors de ce créneau fixe d’une heure. Une vingtaine de personnes s’y était donné rendez-vous, dans cette petite rue du quartier de Laleu. En majorité, il s’agit de marchands de biens qui ont l’habitude des ventes aux enchères. Et pas seulement immobilières. « Je fais ça régulièrement pour les voitures, explique Jérôme. J’ai acheté ma maison 145 000 euros à Puilboreau, près de La Rochelle de cette manière. L’important, c’est d’acquérir le bien à un bon prix. » Lui, n’ira pas jusqu’à l’audience.
La localisation mais aussi le fait qu’elle soit libre de tout occupant sont les atouts majeurs de cette maison. Mais l’engouement suscité le jour de la visite ne présage pas le nombre d’acheteurs présents à l’audience. Raymond, marchand de biens rochefortais n’est pas très enthousiaste. Le bien a été squatté et dégradé. « Il y a beaucoup de travaux… »
Hugues, lui, était là à la visite et dans la salle d’audience le 1er juillet. Ce marchand de biens qui exerce depuis trente ans a l’œil bien aiguisé. Pour lui, acheter aux enchères peut valoir le coup. « J’ai fait de belles acquisitions, confirme-t-il. Ça m’est arrivé d’acheter des appartements sans les avoir vus. Là, nous sommes sur une maison de ville, inoccupée avec une bonne localisation. » Son projet est de rénover à moindre coût grâce à son carnet d’adresses et revendre. « Je pense que les enchères ne sont pas faites pour les particuliers. Il faut payer vite, il n’y a aucun compromis de vente pour obtenir un crédit. » Il faut également déposer un chèque de banque d’un montant de 10 % de la mise à prix pour pouvoir participer à l’enchère. Des conditions non accessibles à toutes les bourses.
Hugues affirme qu’à la vente, il n’ira pas au-dessus de 160 000 euros. Il s’y est tenu. Le 1er juillet, la maison est adjugée à 186 000 euros, pas très loin finalement du prix du marché pour un bien en l’état. C’est Romain, encore un marchand de biens, qui remporte la vente. À vue de nez, il pense investir 25 000 euros de travaux pour la revendre 300 000 euros.
À l’audience, il n’y avait pas que des professionnels. Éric et Amanda ont tenté leur chance. Ce couple est voisin du logement mis aux enchères. « C’est une première. On voulait investir dans la pierre. Tant pis. »
Rien n’est complètement joué. « Dans les dix jours, quelqu’un peut encore surenchérir », prévient Paul Roubeix. Si au bout de quatre mois et dix jours, l’intégralité de la somme n’est pas réglée, la vente aux enchères est relancée. Dans le jargon, on appelle ça « la folle enchère ». Et si le nouveau prix atteint est inférieur au premier, l’adjudicataire défaillant aura à payer la différence. Attention donc à ne pas se laisser emporter par la surenchère. Avant de se lancer, mieux vaut être sûr de sa solvabilité.
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