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Aude Walker
La mode est une source intarissable d’inspiration. Une matière, un motif, un détail ont le pouvoir d’ouvrir les portes de l’imaginaire, offrant la trame d’infinies micro-fictions à l’écrivaine Aude Walker. Cette semaine, la chemise à rayures.
Publié le 08 octobre 2022 à 08h00 Mis à jour le 10 octobre 2022 à 17h09 Temps de Lecture 2 min.
Dans un élan zéro méfiance, il ouvre la cinquième porte du placard mastodonte de la chambre de leur mère. La vache. Ça l’étonne moyen, mais rien n’a bougé. Tous les anciens vêtements de son père sont là, collés serrés, « fabulonés » de près. Il voit défiler, huit images par seconde, les années 1970, 1980, 1990 aussi, un peu, forcément. Son œil accroche vite fait une ­chemise rayée, orange et bleu. L’odeur de toujours, combo tabac froid et vétiver cheap. Le tissu parme avec ses motifs psyché en relief tapisse encore, avec de plus en plus de difficulté, les parois du placard. Même ambiance qu’avant les gros travaux et le reste. On entend presque les voix de la vie d’avant. C’est trop, il referme la porte.
C’est la première fois que leur mère leur laisse le droit de ne pas s’habiller de manière identique – mais je veux dire, parfaitement pareil, jusqu’aux chaussettes et au slip. La toute première fois depuis leur naissance, il y a presque treize ans. Demain, c’est leur anniversaire. Ce matin, elle leur a dit mine de rien, en vidant la machine, sans prendre la mesure de la gravité de l’annonce : « Les petits gars, pour samedi, vous vous habillez comme vous voulez, l’un et l’autre. » Choqués par ce « l’un et l’autre » inédit, ils se sont regardés comme ils font, sans avoir besoin de le faire vraiment, via ce canal invisible rien qu’à eux.
A force de subir la lubie gémellaire de leur mère qui lui fait systématiquement acheter leurs vêtements en double (les pyjamas, les pulls, les tee-shirts, les manteaux, les bonnets, même modèle, même couleur), ils avaient fini par croire qu’ils mourraient habillés pareil. Son frère s’en fout, tout vendu qu’il est à la chapelle maternelle. Mais lui, il n’attend que ça, que ça s’arrête. Et ce, depuis l’été de leurs 5 ans et ces vacances à Cadaqués, à se faire trimballer dans les ruelles du village, tous les deux en vareuse de marin blanc et marine, Pento dans les cheveux, raie sur le côté, à douiller des pieds à cause des espadrilles de Dali lacées hyperserré, sensation d’être un accessoire de mode face à chaque passant qui s’extasie.
Son frère a pris dans le dressing mausolée de leur père ce qu’elle a suggéré, avant de repartir lire dans le salon, ce lèche-cul. A son tour, maintenant. Il rouvre le placard. Les tissus, coton, soie, laine, flanelle, lin, les textures différentes, égrainées sous ses doigts. Il sait. Ce sera la chemise rayée orange clair et bleu, manches courtes. Elle lui rappelle le héros à mèche et boutons d’un film qu’il a bien aimé, où le gars malgré son acné arrive tout de même à se taper une trentenaire. Et puis, c’est celle de la photo qu’il aime bien, où son père a des cheveux, un sourire et une grosse moustache.
Il l’essaye avec un pantalon de costume, trop long, mais peut-être que sa mère sait faire les ourlets. Le tissu affiné par le temps, presque du papier, est frais. Sa mère entre. Et la ferme, pour une fois. Elle se place en face de lui. Elle semble toute petite. Elle replace le col de la chemise qui n’en avait pas tellement besoin. A sa main gauche, son alliance brille plus que d’habitude, d’une lumière brumeuse qui en dit trop. Il se regarde dans ses yeux, il s’y voit mieux que dans le miroir de la porte du placard, en priant pour que les rayures, demain, fassent oublier les boutons d’acné qui ravagent son front.
Aude Walker
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