Accueil / Urbanisme et Immobilier / La fabuleuse histoire des villas lyonnaises
Du milieu du XIXe siècle au début des années 1930, l’industrie lyonnaise fait sa révolution. Un nombre important de fabriques artisanales développent à grande échelle leurs modes de production. C’est notamment le cas du textile et des ateliers de soierie, qui mécanisent intensément leur activité et voient leurs effectifs fondre. Parallèlement, la ville de Lyon fait émerger de nouveaux secteurs d’activité tels que la mécanique automobile ou la chimie, avec l’essor de solides groupes industriels sous la houlette d’inventeurs, d’investisseurs et d’artisans du cru.
Cet article fait partie de notre dossier sur les plus belles villas lyonnaises
Florissante, l’activité s’accompagne de reconnaissance et de profits, propulsant ces capitaines d’industrie au rang de notables fortunés. Et quoi de mieux alors que d’investir dans la pierre, par le rachat ou la construction de prestigieuses demeures, à proximité de leurs usines, afin de mieux afficher leur réussite ? Des bâtisses généralement fastueuses sortent de terre, caractérisées par un style Art nouveau qui se développe aux alentours de 1900, souvent métissé d’inspirations antérieures. Autre point commun, et tendance avant l’heure, ces maisons bénéficient de grands espaces arborés, quand elles ne sont pas carrément entourées d’un parc.
Ces villas qui parsèment aujourd’hui la métropole sont autant de témoignages de l’essor industriel de Lyon. Elles rappellent, chacune à sa manière, l’histoire des familles qui les ont tour à tour érigées, habitées et préservées. Tour d’horizon.
Elle se fait discrète, en retrait de l’avenue Félix-Faure, aux confins du troisième arrondissement et aux portes de Villeurbanne. La Villa 216, en référence à son adresse, aurait pourtant bien des choses à raconter. L’histoire de cette villa bâtie en 1890 a bien failli tomber dans l’oubli au gré des changements de propriétaire. Elle aurait même pu disparaître, menacée par la voracité des promoteurs immobiliers, avant que la Ville de Lyon décide de lui accorder le statut de bâti à préserver, et à son jardin celui d’espace boisé classé, en 2011.
Rachetée par un couple d’architectes en 2017, elle renaît finalement sous la forme d’une chambre d’hôtes à l’été 2019, moyennant 600 000 euros de travaux. « Ça nous plaît de faire de la rénovation patrimoniale », sourit Audrey Perillat (SP Architecte), heureuse propriétaire d’une maison qu’elle a pourtant trouvée « en très mauvais état ». « Elle est restée en vente un moment, ajoute-t-elle. Les gens faisaient demi-tour après avoir franchi le portail. »
La bâtisse de 290 m2, sise sur plus de 1 400 m2 de terrain, ne manque pourtant pas de charme. Dès l’entrée, une jolie rocaille d’époque dominée par un balustre accueille le visiteur et plante le décor, bourgeois et raffiné. La façade en pierre, rehaussée d’un crépi solaire, est agrémentée d’une marquise, quand l’arrière de la demeure — privatisé par le couple tout comme l’étage — cache un petit kiosque ayant abrité naguère un jardin d’hiver. Au rez-de-chaussée, deux coquettes chambres d’une trentaine de mètres carrés sont louées à des touristes, à une clientèle d’affaires, mais aussi à quelques Lyonnais. L’ancienne maison du gardien est quant à elle devenue un atelier de tatouage.
Aujourd’hui jouxtée par un immeuble d’habitation érigé dans les années 1990, la bâtisse a une sœur jumelle qui n’aurait pas survécu à la pression immobilière de la fin du siècle dernier. Un temps inoccupée, la villa a également abrité une communauté évangélique protestante. Mille vies vécues à l’abri des regards, derrière le haut mur d’enceinte, et pourtant en plein Lyon, qui n’auront donc, heureusement, pas disparu sous les coups de pelleteuses.
Le « Château Lumière », c’est le nom que donnaient autrefois les habitants du quartier Monplaisir à la bâtisse de 2 000 m2 qui surplombait les usines Lumière. La villa était la demeure de Jeanne-Joséphine et d’Antoine Lumière, parents d’Auguste et Louis Lumière.
Pour remonter aux origines de ce qui deviendra le berceau du cinéma, il faut se replonger dans les prémices de l’affaire familiale initiée par Antoine et Jeanne-Joséphine, tous deux d’ascendance modeste.
C’est en 1870 que le couple, accompagné de ses trois premiers enfants, vient s’installer à Lyon pour les besoins d’Antoine, photographe et peintre de formation. Son studio connaît un succès croissant et, en 1881, son fils Auguste, alors âgé de 17 ans, met au point un nouveau système de plaques qui va donner naissance au premier processus de photographie instantanée.
La famille s’enrichit et Antoine développe ce que son entourage qualifie de « maladie de la pierre », lui intimant de faire construire de nombreuses résidences fastueuses : à La Ciotat, à Évian-les-Bains, à Cap-d’Ail, puis face à ses usines, dans le huitième arrondissement. Cette dernière, située juste à côté de la villa des frères Lumière et de leurs épouses construite en 1896, voit ses travaux commencer en 1899, selon les plans de son commanditaire, qui a préalablement acquis quatre propriétés et leur terrain pour les faire raser.
À ce propos, Auguste Lumière racontera : « Mon père avait un formidable talent de bâtisseur ; il était lui-même son architecte et son entrepreneur. » Une passion pour l’immobilier mondain qui ne fut pas sans conséquences : ses enfants l’écartèrent de la direction des affaires familiales après qu’Antoine a vendu les actions de la société pour la construction de la villa.
Supervisés par les architectes Paul Boucher et Charles-Joseph Alex, les travaux s’achèvent en 1902. La décoration intérieure est quant à elle laissée aux amis artistes d’Antoine Lumière, le peintre Eugène-Benoît Baudin, spécialiste de la peinture de fleurs, le sculpteur Pierre Devaux ou le sculpteur sur bois George Cave. L’ensemble de la maison, influencée par le néoclassique et l’Art nouveau, offre luxe et monumentalisme, aspirations artistiques et novatrices.
Dans les moindres détails, la « vision » Lumière s’affiche dans la villa : de la série d’épis de maïs peinte dans l’escalier, au coq annonçant le soleil tourné vers le buste orné de Jeanne-Joséphine, en passant par les détails floraux présents sur les vitraux du jardin d’hiver.
Pour ce qui est de l’aspect innovant de la demeure, plusieurs éléments sont caractéristiques : un ascenseur desservait les trois étages, un système de chauffage central et au sol était installé, tandis que les deux chambres parentales (séparées comme le voulaient les mœurs bourgeoises de l’époque) possédaient chacune salle de bains ou cabinet de toilette. Par ailleurs, la villa est, dès l’origine, conçue pour recevoir du monde. De la famille certes, mais aussi, comme en témoigne avec évidence le rez‑de-chaussée, toute la bourgeoisie lyonnaise, avec la salle de billard, le fumoir ou le jardin d’hiver.
L’atelier de peinture d’Antoine Lumière, situé au dernier étage et orienté vers le nord pour l’exposition, dominait le quartier par son imposante verrière de presque dix mètres de haut. De tous ces joyaux d’architecture, Antoine Lumière n’en profitera qu’une petite dizaine d’années, puisqu’il décède en 1911, douze ans après avoir transmis le flambeau de l’entreprise Lumière à ses deux fils.
Par la suite, si le « Château » a pu défier le temps, c’est grâce aux efforts de Paul Génard, docteur ayant œuvré à la conservation du patrimoine cinématographique lyonnais. La Ville de Lyon acquiert finalement le site en 1975. La Fondation nationale de la photographie s’y installe en 1978, mais est dissoute en 1993 du fait de la concurrence avec le Centre national de la photographie à Paris. La série de travaux de restauration initiée à partir des années 1970 permet de rendre compte de l’apparence originelle de la villa, face à ce qui est désormais le Hangar du premier film et aux 7 000 m2 de terrain.
L’ensemble est inscrit en tant que monument historique depuis le 20 mai 1986. Le musée Lumière au rez-de-chaussée et au premier étage retrace les inventions et activités des Lumière, tout comme leur vie quotidienne familiale, fidèlement et intimement représentée grâce à leur propre système photographique.
À quelques centaines de mètres de la villa Lumière se démarque une autre bâtisse dont l’histoire est liée à la grande famille d’inventeurs. C’est au 57 avenue des Frères-Lumière que l’on retrouve la villa Marguerite, construite au début du XXe siècle dans ce même style influencé par l’Art nouveau. La résidence était initialement destinée à la sœur cadette, France Lumière, mais devint finalement le lieu de résidence de Marguerite, l’épouse d’Auguste Lumière.
La villa Marguerite représente la concrétisation des liens unissant les familles voisines : les Lumière et les Winckler. Leur union est scellée à la fin du XIXe siècle par les deux pères, Antoine Lumière et Alphonse Winckler, brasseur alsacien installé à Lyon.
Sur les six enfants Lumière, quatre se marient avec des enfants Winckler, ce qui ne manque pas d’amuser Antoine : « À eux six, ils n’auront que deux belles-mères ! » En 1893, Louis Lumière épouse alors Rose Winckler tandis qu’Auguste épouse Marguerite Winckler (qui donnera son nom à la villa).
Alors que les deux frères aînés habitent deux villas jumelles, voisines de celle de leur père, lui se fait construire le « Château », qui devint plus tard la villa Lumière. La villa Marguerite s’implante dans un cadre symboliquement plus important, celui d’un quartier occupé par la société Lumière.
C’est très certainement sa longévité (1874–1963) qui valut à Marguerite sa place au sein de la famille, et concourut à donner son nom à la villa. Jusqu’à son décès à l’âge de 89 ans, Marguerite Lumière fut la mémoire vivante de la famille, et ce, sur trois générations. De nombreuses autochromes (système de photos restituées en couleur, breveté par les frères Lumière en 1903) de famille la présentent souriante, avec ses petites lunettes qui la caractérisent. Son don de musicienne fait d’elle une pianiste et organiste talentueuse, qualité qu’elle transmettra à ses descendants.
En 2013, la villa est rachetée par le groupe Paul Bocuse pour être transformée en restaurant composé de trois salles à manger et plusieurs salons particuliers décorés par l’architecte d’intérieur et designer lyonnais Alain Vavro. « L’objectif était de ne pas trahir l’esprit de cette sublime demeure », confie-t-il. Ainsi, l’Art nouveau emblématique des grandes demeures du début du XXe siècle a été conservé autant que possible.
La climatisation et le chauffage ont été installés via les placards et aérations pour être « efficaces et invisibles », raconte l’architecte d’intérieur. Pour les gourmets souhaitant profiter du cadre fastueux qu’offre le restaurant, les tableaux de Marguerite Lumière ainsi que l’escalier monumental à l’entrée de la villa ont été conservés quasiment en l’état. Les chambres du couple ont été remplacées par des salons de réception et un bar, tandis que le centre de la maison a été modernisé pour servir les besoins des cuisines Bocuse.
Cette grande maison bourgeoise fait partie du paysage de Saint-Genis-Laval depuis les années 1840. Mais c’est Michel Chapuis, musicien, éditeur et organisateur de concours, qui en hérite de ses parents en 1895.
Les grands travaux qu’il commande jusqu’en 1897 vont modifier en profondeur le bâtiment et lui donner l’architecture qu’on lui connaît aujourd’hui. Si l’on peut lui trouver des similitudes avec la villa Lumière, c’est parce que sa rénovation fut l’œuvre de l’architecte Charles Alex, celui-là même qui eut la charge, de 1899 à 1902, de la réalisation du « Château » Lumière. La villa Chapuis aurait été pensée comme une maquette  de la villa Lumière.
À l’intérieur, la bâtisse affiche elle aussi un style Art nouveau, qui diffère néanmoins de son homologue de Monplaisir. On trouve ainsi des vitraux et céramiques de scènes de nature, aux inspirations japonisantes et exotiques, réalisées par Jules Paul Loebnitz, céramiste et faïencier français émérite de la fin du XIXe.
La villa fourmille de références à la musique, comme l’avait souhaité son ancien propriétaire. On retrouve ainsi des instruments de musique sur les poignées ou les boiseries et, au plafond de la salle à manger, une grande peinture d’Henri Bouvet représentant une harpiste, une violoniste et une flûtiste entourées d’anges.
Après la mort du musicien en 1934, la commune de Saint-Genis-Laval acquiert en 1936 le domaine, qui comprenait alors une serre et un jardin luxuriant (disparus aujourd’hui), et transforme la maison en mairie de 1937 à 1977. Rénovée après sa fermeture, la villa fut inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1982 (classification dissoute en 2005).
Aujourd’hui, la belle bâtisse accueille des réceptions municipales et associatives dans les pièces du rez-de-chaussée, tandis que la salle à manger est destinée à la tenue de mariages. Pour les amateurs d’Art nouveau et d’architecture, elle ne se visite qu’une fois par an, lors des journées du patrimoine.
Gillet… un nom qui résonne dans l’histoire de Lyon. La construction de cette villa puise en effet aux racines d’une épopée industrielle majeure et dans une famille lyonnaise probablement parmi les plus influentes du XIXe siècle. Même si souvent, aujourd’hui, cet illustre nom renvoie seulement à la villa qui le porte et beaucoup moins à la famille Gillet, qui fut en son temps l’une des plus riches familles de la capitale des Gaules.
Héritier des affaires florissantes de la famille ayant fait fortune dans le textile, Joseph Gillet se fait construire en 1847 une somptueuse demeure pour y résider avec son épouse, Marguerite. Cette villa, le couple décide de la bâtir à la Croix-Rousse, sur un terrain familial surplombant la première usine du groupe fondé en 1838 par le grand-père alors ouvrier, François Gillet.
D’inspiration italienne, cette bâtisse est l’œuvre de l’architecte lyonnais Joseph Folléa, auquel on ne connaît étonnamment que très peu d’autres œuvres. C’est ainsi que cette villa servira d’écrin à la vie mondaine propre aux grands industriels de l’époque jusqu’en 1971, date à laquelle Paul Gillet s’éteint. Passionné d’art, le couple de propriétaires accueillera des représentations dans une salle de la demeure entièrement réservée à cette activité.
Paul Gillet s’étant remarié à 89 ans après la mort de sa première femme, c’est sa nouvelle épouse qui hérite donc du bien à son décès. Elle y résidera jusqu’à sa propre mort. Ce seront ses enfants qui vendront la maison à la Ville de Lyon en 1976. Devenue publique, la villa Cerisaie, son nom de l’époque, fut inhabitée pendant plus de dix ans, jusqu’en 1988, date à laquelle l’association de la Villa Gillet fut créée et s’installa entre ses murs.
Jusqu’aujourd’hui, cette association n’a eu de cesse de promouvoir la culture, transformant la villa en une maison des écrivains, accueillant les plus grands auteurs de l’époque pour des conférences et débats. Connue et reconnue dans le monde entier, la villa Gillet a accueilli Louis Sepulveda ou encore le prix Nobel de littérature Svetlana Alexievitch à l’occasion de son célèbre festival de littérature, organisé tous les ans depuis 2007.
Son avenir s’est toutefois récemment obscurci en raison des coupes budgétaires opérées par la Région. 175 ans après sa construction, la villa Gillet entre dans une nouvelle période d’incertitudes.
« À part les deux tilleuls qui n’y sont plus, c’est la même ! Pas grand‑chose n’a bougé ! », évoque Élisabeth Juvet en regardant la photo noir et blanc de la villa cachée rue Professeur-Paul-Sisley, entre Monplaisir et Sans-Souci, blottie derrière de hauts murs au cœur d’un espace boisé. Si l’association Villa Monoyer fait visiter le site de 5 000 m2, son garage et sa chapelle lors des journées du patrimoine, ce n’est pas le cas de la bâtisse de 400 m2 de plancher et quinze pièces.
Et pour cause : Élisabeth Juvet y habite toujours. La descendante de Ferdinand Monoyer, inventeur de la dioptrie et d’une échelle optométrique, y côtoie également quelques étudiants ou jeunes travailleurs et se bat pour conserver ce patrimoine entré dans le giron familial au début du XXe siècle quand Ferdinand l’a acquis, après l’avoir loué d’abord comme maison… de campagne en 1902.
Car à sa construction en 1835 par le maire de la Guillotière Marie-Vital Henry, également dit baron des Tournelles, la villa se trouvait dans un tout autre contexte. « Il avait un domaine et son château était à l’angle Albert Thomas-Paul-Sisley. Dans les années 1830, il a décidé de lotir son domaine en parcelles closes de 2 500 m2 côté Sans-Souci, et de 5 000 m2 côté Monplaisir. » C’est d’ailleurs le baron qui donna son nom au quartier.
La future maison Monoyer, elle, est née du regroupement de deux parcelles. Élisabeth Juvet soupçonne même la demeure de ne jamais avoir été tout à fait achevée, puisqu’elle aurait fait office de maison témoin. « Il y a une porte-fenêtre qui ne donne sur rien, un grenier qui n’est pas aménagé comme sur les plans, car un escalier est manquant… », s’interroge‑t‑elle. Les plafonds, eux, sont étonnamment… bas : deux mètres trente environ alors que la norme de l’époque est plutôt de quatre ou cinq mètres. « Il faut penser qu’à l’époque, on circulait à cheval ou en carriole, et là, ça change tout ! »
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La maison Monoyer s’apprête néanmoins à changer d’époque. Après de nombreux allers-retours entre les porteurs de projets, la mairie et l’architecte des bâtiments de France, les panneaux de permis de construire préalables aux travaux de modification du site ont été déposés. Dans les projets, un tiers-lieu culturel ouvert sur la ville avec un restaurant, une résidence de coliving, un espace de travail partagé, une conciergerie de quartier et un espace de séminaire et d’événementiel. Malgré un recours déposé, l’association a « bon espoir » de voir le projet aboutir.
Maison bourgeoise des hauteurs de Monplaisir, la villa Berliet, du nom du constructeur automobile lyonnais fondé en 1899 par Marius Berliet, est chargée de l’histoire lyonnaise du XXe siècle. La vice‑présidente de la fondation Berliet, Monique Chapelle, nous a ouvert les portes de la bâtisse, unique création architecturale de l’industriel pour qui un moteur est « plus beau qu’un château ».
Contrairement aux familles aisées du début du XXe siècle qui choisissaient de s’établir sur le boulevard des Belges, le long du parc de la Tête d’or, Marius Berliet se tourne en 1910 vers un terrain de 8 000 m2 du « cœur de Monplaisir », à l’angle de l’avenue Esquirol et de la rue Pascal. Le quartier, qui commence tout juste à s’urbaniser, présente l’avantage d’être situé à égale distance des nouvelles usines Berliet et du complexe industriel que le constructeur projette de créer à Vénissieux.
Imaginée par l’architecte lyonnais Paul Bruyas, la bâtisse de 650 m2, dont les travaux vont durer un an, sera ornée des décorations Art nouveau de Louis Majorelle et des vitraux de Jacques Grüber, célèbres artistes de l’école de Nancy, qui font fleurir passiflores, pommes de pin et algues marines sur les murs, vitraux et autres boiseries. À l’extérieur, la décoration sobre et épurée n’est toutefois pas ostentatoire, à l’image du tempérament de Marius Berliet, fils de canut et industriel autodidacte, élevé selon l’éducation des chrétiens traditionalistes de la Petite Église.
En 1927, la famille Berliet s’étant agrandie, une aile est ajoutée par l’architecte lyonnais Paul Senglet, au nord de la villa désormais centenaire, qui sera inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1989 au bénéfice du label Patrimoine du XXe siècle. Pendant les sombres années de la Seconde Guerre mondiale, la famille est contrainte de quitter la maison en 1944. Elle sera alors occupée par les généraux américains.
À la Libération, ce sont les ambassades d’Italie et d’Angleterre qui investissent à leur tour l’édifice, avec des fêtes fastueuses dont les voisins semblent s’être longtemps souvenus. Dans les années 1960, la villa Berliet, transformée en internat et lieu de formation, loge des étudiants, et ce, jusqu’en 1975. Créée en 1982, la fondation Berliet occupe la demeure depuis 1989 pour faire vivre le riche héritage industriel de la famille Berliet et perpétuer « la valorisation et la conservation de l’histoire de l’automobile lyonnaise et du camion français ». Que l’on peut découvrir, chaque année, à l’occasion des journées du patrimoine.
Grande propriété bourgeoise de la Croix‑Rousse construite au XIXe siècle, la villa Chazière a depuis perdu son charme d’antan, abandonnée par la Mairie de Lyon qui s’en était pourtant porté acquéreuse en 1997. En effet, après avoir abrité un centre aéré à la suite de son rachat par la Caisse d’allocations familiales (CAF) en 1956, la villa est ensuite passée aux mains de la municipalité. L’histoire de cette élégante bâtisse se résume depuis à des désillusions, étant donné qu’aucun des projets la concernant ne s’est concrétisé.
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Ces projets, ils ont pourtant été nombreux, imaginant tour à tour transformer la villa Chazière en secrétariat du collège européen de police ou en bureaux pour la direction générale des espaces verts de la Ville. Mais le temps passe, et les besoins de travaux s’accumulent jusqu’à se chiffrer à 3,8 millions d’euros en 2008 d’après Le Progrès.
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Pour l’instant, nul ne sait ce que va devenir la villa, même si de nombreux habitants nourrissent de grandes ambitions pour ce lieu emblématique, comme l’ouverture d’une MJC. La Ville en tout cas ne compte pas se séparer du bien afin de lutter, d’après elle, contre la spéculation immobilière.
Ami de Tony Garnier, le soyeux Barthélemy Gros lui passe en 1923 une commande pour l’extension de sa demeure, une belle villa du XIXe siècle, située sur les hauteurs de Lyon, à Saint-Didier-au-Mont-d’Or.
Cette villa, dite Le Méruzin, saura être sublimée par l’architecte, qui lui ajoute un grand patio, une terrasse et un salon intérieur. Ayant carte blanche, l’architecte ne va pas déroger à son style et réalisera un ouvrage alliant la modernité du béton aux influences antiques qui le caractérisent. Une particularité, le salon intérieur est plus vaste qu’à l’accoutumée, vraisemblablement à la demande de Barthélemy Gros. Cette villa est donc pour Tony Garnier un compromis par rapport à son style brut, qu’il exprime pleinement dans ses « villas romaines ».
Barthélemy Gros destinait la bâtisse à sa fille. Mais la mort de cette dernière poussera le négociant à mettre en vente la villa pour se retirer dans une autre maison à quelques centaines de mètres. Le Méruzin fut ensuite racheté par une famille lyonnaise qui ne la quittera plus.
Aujourd’hui, la demeure conservée presque à l’identique est toujours occupée par ses descendants. Figée, comme le témoignage d’une époque, avec, pour seule trace du temps qui passe, des vignes vierges gagnant inexorablement du terrain sur les murs de béton brut.
Comment parler des grandes villas lyonnaises sans évoquer le mythique boulevard des Belges ? Accolé au parc de la Tête d’or, ce boulevard voit au XXe siècle se bâtir une nuée d’hôtels particuliers, tous plus somptueux les uns que les autres. Le quartier foisonne alors de réceptions pompeuses et de bals costumés accueillant jusqu’à des centaines d’invités issus de l’élite locale.
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Des industriels de la famille Vibert aux banquiers de la famille Aynard, des Chatin, Mérieux aux Berliet au début du siècle dernier jusqu’au passage de Jean-Michel Aulas dans les années 2000, le boulevard des Belges, toujours discret, a accueilli tout ce que Lyon a pu compter de fortunes.
De nos jours, les hôtels du boulevard abritent toujours certains grands capitaines d’industrie et sportifs lyonnais qui recherchent la discrétion et le calme d’un quartier loin de ses frasques d’antan. La grande majorité de ces joyaux d’architecture bourgeoise, pour l’essentiel édifiés pendant la révolution industrielle lyonnaise au début du XXe siècle, ont été découpés depuis en appartements résidentiels.
Cet article fait partie de notre dossier sur les plus belles villas lyonnaises
Maxence Depienne, David Gossart, Thomas Primot, Véronique Lopes, Rodolphe Koller
Dans la modification de son document d’urbanisme qui sera voté lundi, la Métropole rétropédale sur le sujet du musée des Tissus.
Lundi 7 novembre, les trois candidats en lice pour la réhabilitation du Chalet du parc passent devant le jury. Le résultat tombe deux jours plus tard, le 9 novembre à 11 h 22. Dans un communiqué de presse, la Ville annonce que le projet gagnant est celui porté par Youse, et notamment Yann Arthus-Bertrand et sa fondation Good Planet. Lire aussi…
Les chiffres de l’immobilier fournis par la Chambre des Notaires de Lyon montrent que les prix sont toujours très hauts. En cinq ans, le marché a pris 42 %.
Déléguée générale du Cluster Éco-Bâtiment de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, Marie-Soriya Ao décrit un secteur en progression mais qui reste« à la marge ».

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