Devant l’hôtel de ville de Montpellier, lundi 22 décembre, Samira Ameur, mère de trois enfants à la rue depuis près de trois mois, s’est mobilisée avec des associations pour réclamer un logement d’urgence. Bien qu’elle n’ait jamais été condamnée, ACM Habitat refuse de la reloger, invoquant un trouble à l’ordre public lié notamment aux faits de trafic de stupéfiants de son ex-conjoint.
par Thea Ollivier
Publié le 22 décembre 2025 à 18h41 · Modifié le 7 janvier 2026 à 22h09
Malgré une pluie battante, Samira Ameur se tient debout devant l’hôtel de ville de Montpellier. Aux côtés de quelques responsables associatifs, pancartes en carton à la main, cette mère de famille trentenaire interpelle le maire Michaël Delafosse. Depuis le 6 octobre dernier, elle affirme être sans logement avec ses trois enfants âgés de 3, 15 et 21 ans. Elle demande aujourd’hui à être relogée en urgence.
« L’enfer a commencé il y a bientôt trois ans« , raconte-t-elle. À l’époque, Samira Ameur vit dans un appartement d’une résidence dans le quartier de la Pompignane, gérée par ACM Habitat. Deux mois après la naissance de son dernier fils, en 2022, le père de l’enfant est interpellé pour trafic de stupéfiants. La mère assure qu’ils étaient déjà séparés depuis sa grossesse. « J’avais déclaré aux ACM que je l’hébergeais, mais au moment de son arrestation, il n’habitait plus avec moi« , affirme-t-elle.
Lors de l’enquête, une perquisition est menée à son domicile. Aucun stupéfiant n’est retrouvé dans l’appartement, mais un sac contenant de la drogue est découvert dans une voiture-épave lui appartenant. « Il a reconnu que c’était lui, que je n’avais rien à voir là-dedans. J’ai été auditionnée puis relâchée. Mon casier judiciaire est vierge« , insiste Samira Ameur, une pile de documents à l’appui qu’elle transporte dans un sachet en plastique noir. Son ex-conjoint sera finalement condamné à quatre ans de prison.
Estimant qu’il existe un « trouble manifeste à l’ordre public« , ACM Habitat engage une procédure judiciaire. Le 14 mai 2025, le tribunal judiciaire de Montpellier lui ordonne de quitter les lieux. « Le jugement du tribunal correctionnel du 5 avril 2023 met en lumière des faits de trafic de stupéfiants en lien direct avec le domicile de Madame Ameur« , explique Alain Braun, directeur général d’ACM Habitat, citant le jugement de mai 2025. « Monsieur X n’est pas marié avec madame et n’est pas co-titulaire du bail, il n’en demeure pas moins que ce dernier réside bien au domicile de madame au moment des faits”, précise Alain Braun. “Ces agissements ont troublé la tranquillité et la sécurité des autres habitants. » Et il ajoute : “cette responsabilité ne peut être effacée, ni même diminuée par le fait que Mme Samira Ameur n’a pas été condamnée”.
Le bailleur social s’appuie également sur des témoignages de riverains, recueillis par huissier et anonymisés, faisant état de nuisances et d’intimidations, ainsi que sur l’agression d’un salarié d’ACM Habitat en 2022 par des membres de la famille de la locataire. « Elle est responsable des personnes qu’elle héberge. Ces faits constituent un manquement grave aux obligations du bail« , ajoute Alain Braun.
Une version contestée par Samira Ameur. « Je ne suis pas impliquée dans cette affaire ! Mon ex n’a jamais dealé chez moi. Tout se passait ailleurs, à Port Marianne, chez un collègue« , affirme-t-elle. Elle reconnaît des conflits de voisinage, mais les minimise. « Deux ou trois voisins ont témoigné contre moi, mais quinze autres ont pris ma défense.«
Parmi ses soutiens, Patricia Boissière, voisine de longue date et membre d’une association locale, Sécurité et défense des citoyens, témoigne en sa faveur. « Je l’ai vue grandir, j’ai vu ses enfants grandir. Sa famille vit ici depuis toujours. Elle n’a jamais posé de problème. » Les deux femmes expliquent que leurs fils sont très proches. « Parfois, son fils aîné vient dormir chez nous ou prendre une douche. Ça me fend le cœur« , confie-t-elle.
Le 7 juin dernier, un incendie se déclare dans l’appartement de Samira Ameur. L’origine du sinistre n’a pas été formellement établie. La famille quitte alors le logement. « Elle est partie d’elle-même au mois de juillet« , précise ACM Habitat.
L’assurance prend en charge un hébergement hôtelier pendant environ un mois, puis le service départemental prolonge la prise en charge tant que le plus jeune enfant n’a pas atteint l’âge de trois ans. « Le 6 octobre, tout s’est arrêté. Depuis, je dors parfois dans ma voiture ou je place mes enfants chez des proches« , raconte-t-elle.
Son fils de 15 ans est scolarisé au lycée hôtelier Georges-Frêche. « Il essaie de s’en sortir, mais j’ai peur qu’il décroche« , confie-t-elle en larmes. Sans emploi aujourd’hui, l’ancienne aide-ménagère dit avoir multiplié les démarches : mairie, services sociaux, 115, dossier DALO, SIAO, préfecture, demandes de logements sociaux dans plusieurs communes. Sans succès.
« Je suis petite-fille de harkis, fille d’ancien combattant. C’est un abandon de plus« , lance-t-elle. « Je demande juste un toit pour mes enfants. C’est un droit. »
De son côté, ACM Habitat campe sur sa position. « À partir du moment où un jugement établit un trouble à l’ordre public lié à un trafic de stupéfiants, je ne peux pas la reloger« , tranche Alain Braun. « Il fallait y penser avant.«
Le dossier a pris une tournure politique. Le député écologiste Jean-Louis Roumégas, candidat déclaré aux municipales de 2026, doit recevoir Samira Ameur vendredi 26 décembre. Thierry Tsagalos, probable candidat du Rassemblement national au prochain scrutin, s’est également déplacé pour la rencontrer. Elle est aussi soutenue par André Azni, président d’une association nationale de harkis, qui promet de nouvelles mobilisations après les fêtes.
« Je refuse qu’on me fasse passer pour une trafiquante. Je n’ai jamais été condamnée, je n’ai jamais fait de garde à vue. Je suis juste une mère qui se bat pour ses enfants« , conclut Samira Ameur.
Publié le 8 janvier 2026 à 10h56
Publié le 8 janvier 2026 à 09h45
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Devant l’hôtel de ville de Montpellier, lundi 22 décembre, Samira Ameur, mère de trois enfants à la rue depuis près de trois mois, s’est mobilisée avec des associations pour réclamer un logement d’urgence. Bien qu’elle n’ait jamais été condamnée, ACM Habitat refuse de la reloger, invoquant un trouble à l’ordre public lié notamment aux faits de trafic de stupéfiants de son ex-conjoint.
par Thea Ollivier
Publié le 22 décembre 2025 à 18h41 · Modifié le 7 janvier 2026 à 22h09
Malgré une pluie battante, Samira Ameur se tient debout devant l’hôtel de ville de Montpellier. Aux côtés de quelques responsables associatifs, pancartes en carton à la main, cette mère de famille trentenaire interpelle le maire Michaël Delafosse. Depuis le 6 octobre dernier, elle affirme être sans logement avec ses trois enfants âgés de 3, 15 et 21 ans. Elle demande aujourd’hui à être relogée en urgence.
« L’enfer a commencé il y a bientôt trois ans« , raconte-t-elle. À l’époque, Samira Ameur vit dans un appartement d’une résidence dans le quartier de la Pompignane, gérée par ACM Habitat. Deux mois après la naissance de son dernier fils, en 2022, le père de l’enfant est interpellé pour trafic de stupéfiants. La mère assure qu’ils étaient déjà séparés depuis sa grossesse. « J’avais déclaré aux ACM que je l’hébergeais, mais au moment de son arrestation, il n’habitait plus avec moi« , affirme-t-elle.
Lors de l’enquête, une perquisition est menée à son domicile. Aucun stupéfiant n’est retrouvé dans l’appartement, mais un sac contenant de la drogue est découvert dans une voiture-épave lui appartenant. « Il a reconnu que c’était lui, que je n’avais rien à voir là-dedans. J’ai été auditionnée puis relâchée. Mon casier judiciaire est vierge« , insiste Samira Ameur, une pile de documents à l’appui qu’elle transporte dans un sachet en plastique noir. Son ex-conjoint sera finalement condamné à quatre ans de prison.
Estimant qu’il existe un « trouble manifeste à l’ordre public« , ACM Habitat engage une procédure judiciaire. Le 14 mai 2025, le tribunal judiciaire de Montpellier lui ordonne de quitter les lieux. « Le jugement du tribunal correctionnel du 5 avril 2023 met en lumière des faits de trafic de stupéfiants en lien direct avec le domicile de Madame Ameur« , explique Alain Braun, directeur général d’ACM Habitat, citant le jugement de mai 2025. « Monsieur X n’est pas marié avec madame et n’est pas co-titulaire du bail, il n’en demeure pas moins que ce dernier réside bien au domicile de madame au moment des faits”, précise Alain Braun. “Ces agissements ont troublé la tranquillité et la sécurité des autres habitants. » Et il ajoute : “cette responsabilité ne peut être effacée, ni même diminuée par le fait que Mme Samira Ameur n’a pas été condamnée”.
Le bailleur social s’appuie également sur des témoignages de riverains, recueillis par huissier et anonymisés, faisant état de nuisances et d’intimidations, ainsi que sur l’agression d’un salarié d’ACM Habitat en 2022 par des membres de la famille de la locataire. « Elle est responsable des personnes qu’elle héberge. Ces faits constituent un manquement grave aux obligations du bail« , ajoute Alain Braun.
Une version contestée par Samira Ameur. « Je ne suis pas impliquée dans cette affaire ! Mon ex n’a jamais dealé chez moi. Tout se passait ailleurs, à Port Marianne, chez un collègue« , affirme-t-elle. Elle reconnaît des conflits de voisinage, mais les minimise. « Deux ou trois voisins ont témoigné contre moi, mais quinze autres ont pris ma défense.«
Parmi ses soutiens, Patricia Boissière, voisine de longue date et membre d’une association locale, Sécurité et défense des citoyens, témoigne en sa faveur. « Je l’ai vue grandir, j’ai vu ses enfants grandir. Sa famille vit ici depuis toujours. Elle n’a jamais posé de problème. » Les deux femmes expliquent que leurs fils sont très proches. « Parfois, son fils aîné vient dormir chez nous ou prendre une douche. Ça me fend le cœur« , confie-t-elle.
Le 7 juin dernier, un incendie se déclare dans l’appartement de Samira Ameur. L’origine du sinistre n’a pas été formellement établie. La famille quitte alors le logement. « Elle est partie d’elle-même au mois de juillet« , précise ACM Habitat.
L’assurance prend en charge un hébergement hôtelier pendant environ un mois, puis le service départemental prolonge la prise en charge tant que le plus jeune enfant n’a pas atteint l’âge de trois ans. « Le 6 octobre, tout s’est arrêté. Depuis, je dors parfois dans ma voiture ou je place mes enfants chez des proches« , raconte-t-elle.
Son fils de 15 ans est scolarisé au lycée hôtelier Georges-Frêche. « Il essaie de s’en sortir, mais j’ai peur qu’il décroche« , confie-t-elle en larmes. Sans emploi aujourd’hui, l’ancienne aide-ménagère dit avoir multiplié les démarches : mairie, services sociaux, 115, dossier DALO, SIAO, préfecture, demandes de logements sociaux dans plusieurs communes. Sans succès.
« Je suis petite-fille de harkis, fille d’ancien combattant. C’est un abandon de plus« , lance-t-elle. « Je demande juste un toit pour mes enfants. C’est un droit. »
De son côté, ACM Habitat campe sur sa position. « À partir du moment où un jugement établit un trouble à l’ordre public lié à un trafic de stupéfiants, je ne peux pas la reloger« , tranche Alain Braun. « Il fallait y penser avant.«
Le dossier a pris une tournure politique. Le député écologiste Jean-Louis Roumégas, candidat déclaré aux municipales de 2026, doit recevoir Samira Ameur vendredi 26 décembre. Thierry Tsagalos, probable candidat du Rassemblement national au prochain scrutin, s’est également déplacé pour la rencontrer. Elle est aussi soutenue par André Azni, président d’une association nationale de harkis, qui promet de nouvelles mobilisations après les fêtes.
« Je refuse qu’on me fasse passer pour une trafiquante. Je n’ai jamais été condamnée, je n’ai jamais fait de garde à vue. Je suis juste une mère qui se bat pour ses enfants« , conclut Samira Ameur.
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