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Les perspectives optimistes pour le secteur immobilier canadien en ce début d’année reposaient sur l’espoir d’un marché printanier florissant, mais il n’a pas encore pleinement pris son essor, selon les experts.
Alors que les données des chambres immobilières locales laissent entendre que certaines régions ont connu un léger rebond par rapport au printemps morose de l’année dernière — lorsque les nouveaux droits de douane avaient refroidi le climat économique —, de nombreux acheteurs restent sur la touche.
«Les gens ne sont tout simplement pas aussi enthousiastes en ce moment à l’égard de l’immobilier», affirme Tim Hill, un agent immobilier de Vancouver.
«La triste réalité, c’est que les gens s’enthousiasment lorsque les prix montent et qu’ils commencent à craindre de passer à côté d’une bonne affaire et de ne pas pouvoir profiter de ce prix de vente», ajoute-t-il.
Dans le Grand Vancouver, considéré comme le marché le plus cher du Canada, les ventes ont baissé de 2,5 % en glissement annuel en avril, qui marque traditionnellement le début du marché immobilier printanier.
À l’échelle du pays, les prix ont augmenté de 2,2 % le mois dernier, tandis que les transactions de revente ont chuté de 4 % par rapport à avril 2025, a indiqué jeudi l’Association canadienne de l’immobilier.
Au Québec, les ventes ont baissé de 6 % en avril, tandis que le glissement annuel s’est établi à 4 %, selon l’Association des courtiers immobiliers du Québec.
L’’Association canadienne de l’immobilier a récemment revu à la baisse ses prévisions pour 2026, invoquant la persistance des incertitudes commerciales et des facteurs liés à la guerre au Moyen-Orient, notamment la hausse de l’inflation causée par la flambée des prix du pétrole, ce qui pourrait inciter la Banque du Canada à relever son taux directeur.
L’Association canadienne de l’immobilier prévoit une augmentation de 1 % des ventes cette année par rapport à 2025, en baisse par rapport à son estimation de janvier, qui tablait sur une croissance de 5,1 %.
«La situation restera globalement la même pour le reste de l’année. Je serais surpris si le marché venait à changer de manière significative», dit M. Hill.
Robert Kavcic, économiste à BMO, croit que le marché printanier n’a probablement pas encore atteint son pic en termes de volume de ventes. Selon lui, à mesure que la demande reprendra, les vendeurs pourraient être enclins à remettre en vente des biens qu’ils avaient retirés du marché lors des creux de la crise de l’année dernière. Cela empêcherait l’offre de réduire à court terme, ce qui signifierait que les prix pourraient encore avoir du mal à remonter.
M. Kavcic juge que les conditions nécessaires à un «fort rebond» ne sont tout simplement pas réunies à ce stade.
«L’accessibilité s’est améliorée, mais pas à un niveau suffisant pour inciter un grand nombre d’acheteurs à se lancer», affirme-t-il, ajoutant que les taux hypothécaires n’ont pas suffisamment baissé pour faire pencher la balance non plus.
«Nous sommes en quelque sorte coincés dans un environnement où les taux hypothécaires vont rester globalement tels qu’ils sont actuellement.»
Outre le fait que les coûts d’emprunt ne baisseront pas davantage pour le moment, la lenteur de la reprise du marché immobilier est également le résultat d’autres facteurs, estime Zach Pendley, qui dirige le groupe Immobilier transactionnel et évaluations immobilières d’EY au Canada.
Cela inclut l’absence de croissance démographique l’année dernière, après que le gouvernement fédéral a revu à la baisse ses objectifs en matière d’immigration.
M. Pendley croit que ce n’était pas une coïncidence si le secteur immobilier était en pleine effervescence à la sortie de la pandémie, alors que les flux d’immigration étaient élevés. Mais aujourd’hui, c’est l’inverse qui se produit.
Par ailleurs, la demande des investisseurs pour les copropriétés s’est effondrée, en particulier à Toronto et à Vancouver.
«Ce marché des investisseurs était si florissant parce qu’on pouvait acheter un appartement, le louer à un nouvel arrivant au Canada ou à un étudiant étranger qui avait besoin d’un logement. Le ralentissement de ce segment de la population a eu un impact sur la demande sous-jacente d’actifs», explique M. Pendley.
À son avis, les acheteurs et les vendeurs doivent adapter leurs attentes à une «nouvelle réalité», mais des signes indiquent que le pire est peut-être passé.
«Nous sommes certainement dans la seconde moitié de cette correction. On estime désormais que le moment est peut-être propice à l’achat. Je ne pense pas que les acheteurs vont revenir en masse sur le marché du jour au lendemain, mais je m’attends à voir une dynamique haussière se poursuivre d’ici la fin de l’année», avance M. Pendley.
Les prix restent la principale préoccupation des acheteurs de la région de Toronto, selon Jessica Hammell, de Real Broker Ontario, qui voit un «enthousiasme modéré» chez ceux qui sont enfin prêts à envisager l’achat d’une maison.
En avril, la région du Grand Toronto a enregistré une hausse de 7 % des ventes par rapport à l’année précédente, mais l’activité restait bien inférieure à celle du même mois en 2024. Les prix moyens ont baissé de près de 5 % par rapport à avril 2025, pour s’établir à 1 051 969 $.
«Je constate toujours un enthousiasme chez les premiers acheteurs, qui sont impatients de se lancer sur le marché, mais ils sont peut-être un peu plus sélectifs et méthodiques qu’auparavant», indique Mme Hammell, soulignant que le printemps est considéré comme un «indicateur» des tendances du marché immobilier pour le reste de l’année.
«Les acheteurs sont de nouveau actifs, ils sont intéressés, mais ils sont nettement plus sensibles aux prix et plus attentifs aux choix qui s’offrent à eux. Ils prennent leur temps, ils comparent pour voir quelles sont leurs options et ils ne font pas d’offre sur la première maison qu’ils visitent.»
Selon Mathieu Laberge, économiste en chef de la Société canadienne d’hypothèques et de logement, un facteur clé qui déterminera l’ampleur et le moment du rebond du marché de la revente est dans quelle mesure les revenus pourront rattraper la hausse des prix.
Il indique que la demande refoulée s’accumule, mais que l’économie reste «très incertaine compte tenu de tout ce qui se passe à l’échelle mondiale».
«Je pense que nous nous y sommes un peu habitués. La confiance s’installe un peu plus au Canada, mais nous ne sommes pas encore sortis d’affaire», prévient M. Laberge.
«En période d’incertitude, les gens regardent les indicateurs économiques et se demandent: “Vais-je garder mon emploi? Mes revenus augmenteront-ils suffisamment pour que je puisse réellement contracter ce prêt hypothécaire et le rembourser sans compromettre mon niveau de vie?”»
M. Kavcic considère qu’il y a des raisons d’être optimiste, compte tenu de la résilience de l’économie canadienne face aux perturbations commerciales et aux conflits mondiaux. Il estime que le marché immobilier se rapproche des «niveaux raisonnables» de valorisation.
«Il y aura des poches de consolidation, simplement en raison de la dynamique de l’offre et de la demande. Mais dans l’ensemble, il s’agit d’un énorme marché haussier de l’immobilier qui doit maintenant être corrigé. Nous n’en sommes pas encore là, mais nous en sommes beaucoup plus proches qu’au début de l’année 2022», affirme-t-il.
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