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Alors que la saison estivale se termine à peine, la saison d’hiver se profile déjà, avec une question dans tous les esprits dans les stations de ski : comment absorber la folle augmentation des coûts de l’électricité sans pénaliser l’expérience client, afin de ne pas mettre les stations en danger ?
Alors que le secteur a déjà été durement éprouvé par deux années de crise sanitaire, l’équilibre des trésoreries fait en effet les frais de l’envolée des prix de l’électricité (le 26 août, le mégawattheure franchissait le seuil des 1.000 euros). Une situation qui pourrait même empêcher l’ouverture de certaines stations.
Si la réflexion sur une nécessaire sobriété énergétique a déjà été lancée dans certaines stations depuis plusieurs années, elle se trouve accélérée par le contexte géopolitique. Le gouvernement a sommé toutes les entreprises françaises de réduire de 10% leurs consommations. Alors chaque station, dirigée par un exploitant en délégation de service public, fourbit sa stratégie et évalue les pistes de travail. Mais les possibles solutions à déployer dans les stations de ski et l’accès à ces solutions présentent des disparités selon les stations.
Dans les Pyrénées-Orientales, Jacques Alvarez est le directeur de la station de ski Font-Romeu-Pyrénées 2000, chez Altiservice (qui gère également la station de Saint-Lary-Soulan, dans les Hautes-Pyrénées). Font-Romeu-Pyrénées 2000, c’est la 3e station des Pyrénées françaises, avec 43 pistes de ski alpin et 110 kms de pistes de ski de fond, et une fréquentation de 515.000 journées/skieurs en ski alpin et 25.000 en ski de fonds. Soit un chiffre d’affaires de 14 millions d’euros l’hiver dernier, fruit des forfaits de remontées mécaniques. La station emploie 200 personnes en hiver (dont 35 permanents) et annonce quelque 1.000 emplois indirects. Et Jacques Alvarez le rappelle : « 1 euro dépensé sur les remontées mécaniques, c’est 7 euros de retombées dans l’économie locale ».
Outre les économies sur le chauffage et l’éclairage des bâtiments de la station, il explore toutes les pistes qui pourraient faire baisser la facture d’électricité.
« Le poids de l’énergie, c’est 8% du chiffre d’affaires environ, et aujourd’hui, on est déjà presque au double par rapport aux années précédentes, indique-t-il. C’est un enjeu depuis longtemps : nous nous sommes engagés il y a dix ans la certification ISO 50001 pour réduire nos consommations électriques et de carburant. En dix ans, nous les avons réduites de 30%. Et il y a deux ans, toutes les stations de ski se sont engagées sur 16 éco-engagements, notamment sur les économies d’énergie. L’énergie n’est pas la plus facile à engager mais c’est la plus facile à admettre car elle touche à notre porte-monnaie… Plus de la moitié de notre facture électricité, ce sont les remontées mécaniques. Nous avons adapté leur vitesse en fonction de la fréquentation : cela rajoute une à deux minutes sur la montée mais cela génère une économie conséquente. »
Jacques Alvarez déclare avoir également déjà redistribué les remontées mécaniques de la station, passant de 30 à 23, « tout en augmentant le nombre de personnes de 20.000 à 30.000 ».
Avec les annonces du gouvernement de baisser de 10% supplémentaires, le dirigeant dit essayer d’aller plus loin sur les remontées mécaniques, « avec des indicateurs des flux pour être encore plus pointus sur l’adaptation de la vitesse ».
« Nous avons nommé il y a quelques mois un responsable de l’énergie et nous avons élaboré un plan d’action alimenté au jour le jour, ajoute-t-il. Par exemple, nous travaillons avec les fabricants sur les systèmes de caméras qui filment la file d’attente pour indiquer le nombre de personnes qui attendent pour prendre la remontée mécanique. Mais ce ne sera peut-être pas prêt pour décembre… La semaine dernière, nous avons investi 250.000 euros dans une solution qui va équiper les dameuses de GPS embarqué afin de mesurer la hauteur de neige au centimètre près et de ne produire que la neige nécessaire, ce qui permettra aussi de réduire les volumes d’eau. Le GPS permet aussi d’optimiser le circuit des dameuses et donc leurs déplacements, avec une économie de 20% de carburant. Cette solution a déjà fait se preuves dans le BTP… »
Quid des canons à neige ? « Ils ont été renouvelés, avec une diminution de 3 à 4 fois en consommations énergétique », répond le dirigeant, qui indique produire autour de 400.000 m3 par an de neige de culture « pour garantir les dates d’ouverture et l’emploi ». Les prélèvements étant plafonnés par une convention au titre de la loi sur l’eau, la station de Font-Romeu-Pyrénées 2000 dispose d’un droit de 540.000 m3 de neige de culture « mais on n’y arrive jamais, notamment grâce à notre capacité à travailler la neige avec les dameuses pour faire que le manteau neigeux résiste mieux dans le temps ».
« Nous avons re-signé la délégation de service public pour 25 ans, avec un plan d’investissement de 30 millions d’euros, et l’étude ClimSnow (qui estime les projections d’enneigement, NDLR) démontre qu’avec les conditions d’enneigement actuelles, notre travail et les perspectives d’enneigement, le domaine n’est pas en danger. »
Enfin, autre piste envisagée pour l’hiver prochain : l’adaptation des horaires d’ouverture : « faire une saison plus courte mais plus efficace. On est en train de calculer ce que ça nous coûterait de rester ouvert plus longtemps… ».
Les prix des forfaits de ski risquent de pâtir du coût de l’énergie en se voyant chargé de quelques euros supplémentaires pour compenser l’augmentation des charges…
« L’inflation en général a toujours un impact sur le prix des forfaits », répond Jacques Alvarez.
Non loin de là, la station des Angles (90 ha, 11 millions d’euros de chiffre d’affaires) s’inscrit sur le même chemin.
« Le poids de l’énergie pèse 6 à 7 % du chiffre d’affaires environ, déclare le directeur Jérôme Meunier. Nous n’avons pas attendu pour être attentifs à la question de l’énergie : nous sommes dans une démarche d’économie d’énergie depuis quinze ans environ, avec des outils de monitoring notamment et un plan de damage qui nous a permis de passer de neuf dameuses à six. Nous allons être encore plus attentifs. Par exemple, réduire la vitesse des remontées mécaniques. »
Mais il met en garde : « On représente un poids social et économiques qu’il faut préserver ».
Difficile de demander des mesures qui nécessitent des investissements onéreux dans des équipements à des stations plus petites.
La petite station du Mont-Aigoual, dans le Gard, qui emploie cinq permanents (et jusqu’à 15 saisonniers en saison d’hiver), offre 15 pistes de ski alpin, 30 kms de ski de fond, 20 km de pistes de raquettes. Elle accueille 250 à 500 personnes par jour, jusqu’à 1.400 les jours de bel enneigement. Selon Laurent Monge-Cadet, délégataire du service public depuis avril 2021, « le chiffre d’affaires 2022 sera de 650.000 euros mais devrait être de 800.000 euros ».
« Nous sommes en sursis permanent depuis le Covid, souligne-t-il. Nous sommes soutenus par banque et par la communauté de communes Causses Aigoual Cévennes, mais là, c’est le coup de semonce ! Notre facture d’électricité, c’est 40.000 euros par an habituellement, et on va basculer à 160.000 euros. C’est insoutenable ! »
Pourtant, s’il est lucide et inquiet, Laurent Monge-Cadet n’est pas désespéré. D’autant que comme il le dit volontiers, « gérer les problèmes, c’est l’ADN de la station ! ».
«  En l’état actuel des choses, le risque de ne pas ouvrir cet hiver existe, mais on cherche des solutions. Un travail est fait par la collectivité sur le projet de rénovation énergétique des bâtiments la station d’ici 2024. Nous sommes en train de renégocier notre contrat de fourniture d’électricité, même si c’est compliqué. Et on regarde si on peut avoir le soutien de la Région pour passer le cap… »
Sur les pistes, la station doit composer avec des dameuses qui datent de 2009 pour certaines, et n’a pas les moyens d’investir sur des dameuses écologiques. Si elle compte 45 canons à neige, ils ne fonctionnent plus depuis janvier 2022, un incendie ayant endommagé l’usine à neige, ce qui contraindra la station à se contenter de l’enneigement naturel jusqu’à la remise en route de l’usine, à une date indéterminée.
« On ne peut que réduire les périodes d’ouverture, doit se résoudre Laurent Monge-Cadet. Par exemple, réduire aux week-end et aux scolaires, et ouvrir le moins de remontées mécaniques, une sur deux. »
Dans ce dossier “Sobriété énergétique”, lire également :
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