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Vendredi 11 octobre, Nîmes est devenu cité mistralienne. L’occasion de rappeler les liens entre la ville gardoise et les défenseurs de la langue d’oc.
Ce vendredi 11 octobre, en mairie, la ville de Nîmes est officiellement devenue cité mistralienne, ce qui n’est pas étonnant puisque l’esprit de Frédéric Mistral, premier écrivain à recevoir le prix Nobel de littérature pour son œuvre en langue régionale en 1904, souffle encore dans la préfecture du Gard.
Après tout, même si cela peut faire bondir un peu du côté d’Arles, Nîmes prend aussi des accents provençaux et la population pourrait reprendre en chœur le Coupo santo mais aussi la devise de Mistral : « Lou Soulèu me fai canta / Le soleil me fait chanter. »
Mais quel est le lien entre Nîmes et le Félibrige, fondé par Mistral et ses amis le 21 mai 1854 pour défendre et promouvoir la langue d’oc ? L’élu municipal Daniel-Jean Valade, membre de l’Académie de Nîmes, estime que « nous sommes une même patrie linguistique. Ça va du nord de l’Espagne au sud de la Loire et au nord de l’Italie. Cette fameuse langue d’oc est européenne, universelle. La langue d’oc a même de grands spécialistes dans les universités roumaines et allemandes. »
Le conseiller municipal ajoute que « Mistral et ses amis ont établi, pour le félibrige, une graphie et une grammaire provençales. Aujourd’hui, il y a deux courants : la graphie mistralienne en Provence et une autre languedocienne, codifiée, valorisée et revendiquée politiquement par l’université de Montpellier. C’est une civilisation, une langue depuis le XIIIe siècle à nos jours. »

Daniel-Jean Valade regrette que cette langue d’oc et la culture régionale ne soit pas autant mises en avant par l’Éducation nationale. « Le collège Révolution a proposé son enseignement en langue d’oc durant quelques années », note l’élu qui souligne le travail des calendretas (langue occitane).
À Nîmes, cette culture est aussi entretenue par la société félibrienne La Tour Magne, par l’Institut d’études occitanes qui organise des conférences, tient une université d’été dans la préfecture gardoise, sans oublier la levée des tridents pour défendre les cultures taurines, la langue d’oc organisée le 14 novembre 2021 sur l’Esplanade. « Le taureau est très proche de tout ça. Nous avions commémoré ce rassemblement du 17 novembre 1921 avec des milliers de participants et de spectateurs », se souvient Daniel-Jean Valade.
Le 14 octobre 1894, le célèbre écrivain provençal sera ovationné dans les arènes nîmoises pour avoir défendu la corrida avec mise à mort, celle autorisée par la Ville mais interdite par arrêté ministériel. Un engagement qui a une certaine résonance aujourd’hui et renforce l’attachement des aficionados et défenseurs des traditions à Frédéric Mistral.
L’histoire personnelle de celui-ci est liée à Nîmes (lire par ailleurs), notamment lorsqu’il assure pour la première fois en public la lecture de son poème en langue d’oc Mirèio ou Mireille, celle qui inspirera en 1864 l’adaptation en opéra de Charles Gounod.
Parmi les 50 majoraux qui composent le consistoire du Félibrige, dix-neuf Gardois sont recensés, le dernier nommé étant un Nîmois David Ribes, président de l’association La Tour Magne. Là même où cette association, à l’initiative de Daniel-Jean Valade, avait inauguré une stèle au pied du monument pour rendre hommage à l’un des fondateurs du Félibrige. C’est à ce endroit qu’il avait allumé le saint-signal. Ce qui a renforcé cette idée que Nîmes ne pouvait être que cité mistralienne.
A Nîmes, il existe une rue qui porte le nom de Frédéric Mistral près du boulevard Jean-Jaurès et un lycée. Outre la stèle au pied de la Tour Magne inaugurée en 2004 en hommage à l'écrivain, prix Nobel de littérature cent ans plus tôt, d'autres plaques rappellent son passage : celle à l'Hôtel de ville, là même où il passa avec succès son baccalauréat littéraire en 1847, sans oublier le souvenir de l'ancien hôtel Le Petit Saint-Jean dans le secteur des Carmes.
Dans le cadre du bac, c'est là où il séjourna. Dans ses Mémoires et récits (à relire aux éditions A l'asard Bautezar !), Mistral se rappelle de ses moments de joie : "Toutes les fois que je vais à Nîmes et je vois de loin l'enseigne du Petit Saint-jean, ce moment de ma jeunesse reparaît à mes yeux dans toute sa clarté et je pense avec plaisir à ces braves gens qui, pour la première fois, me firent connaître la bonhomie du peuple et de la popularité."
Deux autres plaques de l'Académie de Nîmes en 1930 évoquent au 2 rue Briçonnet ses passages fréquents avant son mariage au salon littéraire tenue par une amie (et peut-être davantage) Don Adriano, là où il "rêva, chanta, retrempa son génie aux sources éternelles de la poésie".
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