La ville de Paris est au coeur d’une polémique sur le coût de la création d’une vingtaine de logements sociaux dans le très chic triangle d’or, à deux pas des Champs-Elysées.
A combien s’élève la facture pour la ville de Paris ? A deux pas des Champs-Elysées, entre un palace et un magasin Hermès, 23 logements sociaux verront bientôt le jour. Au 37, avenue George-V, au cœur du très chic VIIIe arrondissement, l’immeuble haussmannien sonne creux. Si la Ville a acquis le bâtiment en 2008, les lieux sont sans vie depuis. La livraison de 30 logements, dont 7 privés, est désormais prévue au plus tôt pour 2027. Mais l’annonce du début des travaux a fait émerger une polémique sur le coût supposé de l’opération : 48 millions d’euros. Un chiffre qui fait bondir certains internautes. « 2 millions d’euros par logement social », « Ce que vous faites avec l’argent des Parisiens est purement scandaleux », pouvait-on lire sur les réseaux sociaux. Mais les calculs de certains internautes sont parfois très approximatifs. En réalité, la facture n’est pas aussi salée pour la ville de Paris.
L’opération remonte à 2008, lorsque la municipalité, encore dirigée par Bertrand Delanoë, a racheté l’immeuble pour 17 millions d’euros, grâce à son droit de préemption. « L’immeuble en valait plus du double, c’est une bonne gestion de l’argent de la Ville », défend aujourd’hui Jacques Baudrier, adjoint au logement d’Anne Hidalgo. Prévu par le Code de l’urbanisme, le droit de préemption permet à la Ville d’avoir la priorité sur l’achat de certains biens immobiliers.
Mais pendant près d’une décennie, une bataille juridique fait rage sur les titres de propriété du 37, avenue George-V. La situation se débloque en 2023. La Ville revend cette année-là le bien à Paris Habitat, le principal bailleur social parisien, pour environ 40 millions d’euros. Une transaction qui, selon l’adjoint communiste, profite à la mairie : « Si l’on ajoute aux 17 millions versés en 2008 les 5 millions d’euros de subvention à Paris Habitat, le coût pour la Ville est de 22 millions d’euros, et nous récupérons 40 millions »
Les 7 millions d’euros de travaux seront aussi financés par Paris Habitat, qui collectera les loyers et bénéficiera du gain de la vente des 7 appartements privés. Autrement dit, les 48 millions d’euros évoqués en ligne pour la construction des logemets sociaux correspondent au coût global du projet pour Paris Habitat, et non à une dépense nette pour la Ville. La somme comprend également la création de deux commerces de 560 m2 et d’un cabinet médical.
Une justification qui laisse sceptique Jean-Baptiste Olivier, élu LR du XIIIe arrondissement et administrateur de Paris Habitat : « C’est du bonneteau. Qui finance Paris Habitat ? C’est la ville de Paris. Elle se porte garante des milliards d’emprunts de l’organisme. Tout ça, c’est l’argent des Parisiens. »
« L’opération est équilibrée pour Paris Habitat et extrêmement rentable pour la ville de Paris », rétorque de son côté Jacques Baudrier. Le montage de l’opération de l’avenue George-V n’a rien de nouveau. En effet, depuis plusieurs années, la Ville a mis en place une stratégie – certes coûteuse – d’acquisition d’immeubles suivant ce même modèle de financement. Un autre exemple récent l’atteste : dans le XIIe arrondissement, le rachat d’un immeuble et la création de 154 logements sociaux s’élevaient à 113 millions d’euros. Ici, la municipalité avait accordé une subvention de 35 millions d’euros à la Régie Immobilière de la ville de Paris (RIVP).
La capitale court après un objectif qu’elle s’est elle-même fixée : atteindre 30 % de logements sociaux d’ici à 2035. Or, dans la capitale, le foncier disponible est une denrée rare. Les opportunités pour construire des bâtiments neufs sont presque inexistantes. La municipalité se tourne donc vers le rachat et la transformation de bâtiments existants pour produire du logement social. Ces acquisitions se font très souvent via l’intermédiaire de bailleurs sociaux, largement financés par la municipalité.
Depuis 2023, la mairie de Paris n’a pas hésité à sortir son chéquier. Pas moins d’1,1 milliard d’euros a été investi par la ville et les bailleurs sociaux afin d’acheter de l’immobilier résidentiel, selon un rapport de la société de conseil Newmark. Sur ces 2 dernières années, ce sont ainsi 84 actifs immobiliers qui ont été acquis ou préemptés par des acteurs publics parisiens, soit près de la moitié de tous les investissements en immobilier résidentiel à Paris. Résultat : 2 000 logements sociaux ont été programmés grâce à ces opérations. Et l’équipe d’Anne Hidalgo ne compte pas s’arrêter là. Sur la période 2025-2027, 1,4 milliard d’euros sont prévus pour continuer de produire et rénover du logement social.
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