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"5 000 € de revenus, et nous n'avons pas pu acheter la maison de nos parents" Immobilier : pourquoi les 30-40 ans ne peuvent plus s’offrir la maison de leur enfance ? Endettés sur 25 ans, Camille et Stéphane n’ont toutefois pas réussi à acheter une maison aussi cossue que celles de leurs parents. Leur histoire est celle du fossé immobilier français.
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Camille et Stéphane, respectivement âgés de 35 et 37 ans, sont devenus propriétaires il y a deux ans d’une maison près de Fréjus, dans le Var. "C’est une maison de 110 mètres carrés, située sur un terrain de 800 mètres carrés, dans un quartier résidentiel et calme. Nous l’avons achetée 530 000 euros : c’est une somme qui nous a donné le tournis puisque nous étions primo-accédants ! Mais étant donné les prix du marché immobilier dans le Var, nous savions que c’était un budget minimal", explique Camille. Pour financer ce premier achat, le couple s’est endetté sur 25 ans auprès de sa banque.
L’octroi du financement n’a pas été simple, car la somme à emprunter était importante. "Même si nous sommes tous les deux en CDI et que nous gagnons bien notre vie, nous n’avions pas d’apport… Ce qui n’a pas facilité les choses", se souvient la jeune femme, qui travaille en tant que chargée de recrutement au sein d’une PME. Elle et son mari, Stéphane, commercial dans le BTP, touchent une rémunération globale de près de 5 000 euros nets par mois.
Malgré leurs revenus confortables – la moitié des salariés du privé touchent moins de 2 200 euros nets par mois – Camille et Stéphane n’auraient jamais pu s’endetter pour acheter une maison plus grande ou plus cossue. Comme par exemple, celles de leurs parents respectifs, eux aussi installés dans le Var. "Mes parents habitent une maison à Cogolin, qui est aujourd’hui estimée à 850 000 euros. Cela fait 40 ans qu’ils sont dedans, c’est la maison de mon enfance ! Ils l’ont achetée en 1986, à la naissance de mon frère, pour l’équivalent, aujourd’hui, de 210 000 euros", raconte Camille. Quant aux parents de Stéphane, ils habitent une maison dans l’arrière-pays, près de Fayence, où les prix au mètre carré sont un peu moins élevés que ceux du littoral. "Leur maison de 150 mètres carrés vaut environ 600 000 euros", confie Camille. Jamais ce jeune couple n’aurait pu financer une maison similaire à celle de leurs parents. "Et pourtant, nos salaires sont aujourd’hui plus importants que les leurs à leur époque", relève-t-elle. Leur niveau de vie est, selon elle, "bien inférieur" à celui de leurs parents au même âge, du fait de l’inflation et de l’évolution du coût du logement, malgré des taux d’intérêt plus bas.
Ce débat générationnel, Pierre Jean Meyssan, notaire à Bordeaux, qui participe à certains travaux de l’Institut Montaigne, l’entend souvent. "Les jeunes de 30 ans ont le sentiment que leur entrée dans le cycle immobilier est plus compliquée que celui de leurs parents. À juste titre, même si ce n’est pas vrai partout en France, où il y a un marché à deux vitesses. Dans les années 1990, on faisait construire sa maison en périphérie des villes et on la revendait lorsque la famille évoluait, pour éventuellement en faire construire une autre ou acheter. Aujourd’hui, les terrains à bâtir sont devenus extrêmement rares et chers dans les métropoles régionales et le prix de l’immobilier a beaucoup augmenté. Comparé à leurs parents, les jeunes se heurtent, en plus, à d’autres obstacles, comme le durcissement des conditions d’attribution de crédit des banques. Celles-ci demandent de l’apport, qui est à la fois difficile et long à constituer", explique-t-il.
D’après l’Insee, entre 1996 et 2021, le salaire net moyen en équivalent temps plein a augmenté de 15,6 % dans le secteur privé, en euros constants (c’est-à-dire corrigé de l’inflation). Mais, dans le même temps, les prix immobiliers ont explosé. Un rapport publié en août 2025 par l’Institut Montaigne indique que les prix immobiliers ont bondi de 88 % en 20 ans, à l’échelle nationale. Par conséquent, "il faut désormais mobiliser 15 ans de revenus pour acheter 100 mètres carrés, en France. Versus 10 ans en 2000", indique l’Institut Montaigne. Assez logiquement, l’âge moyen du premier achat immobilier recule : il atteint aujourd’hui plus de 33 ans, contre 30 ans en 1990, selon l’Institut. "Le mode de vie des jeunes y est également pour quelque chose. Aujourd’hui, le travail n’a plus la même place dans leur vie. Contrairement à leurs parents, ils accordent aussi beaucoup d’importance aux loisirs, aux voyages…, qui sont des activités coûteuses, qui peuvent potentiellement entamer leurs capacités d’emprunt", conclut Pierre Jean Meyssan.
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