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Sous la plage, les pavés! En étalant sa serviette sur le sable fin du Mourillon, le bleu pour horizon, dur d’imaginer que de bras de fer politiques en blocages administratifs, en passant par l’apparition de « zadistes » avant l’heure, la naissance des plages artificielles toulonnaises s’est faite dans la douleur.
Entre la présentation du premier projet et la création du rivage tel qu’on le connaît, vingt-cinq années se seront écoulées!
« Il est des batailles épuisantes, l’aménagement du littoral mourillonnais en fait partie », concédera le maire Maurice Arreckx en 1985, alors que la carte postale s’est enfin figée.
Et pourtant, à la fin des années 50, tout est parti d’un constat simple: Toulon n’a qu’une seule petite plage accessible à tous, celle du Lido; la Mitre étant réservée aux militaires.
Alors que le tourisme est en plein essor, la ville a intérêt à développer ses atouts balnéaires. Une solution s’impose. Il faut gagner du terrain sur la mer en contrebas du boulevard Frédéric-Mistral, remblayer, endiguer…
C’est en 1959 que la Chambre de commerce, à la baguette, dévoile ses esquisses. Les habitants du quartier sont horrifiés: l’ensablement concernerait le littoral depuis La Mitre jusqu’à Méjean, avec casinos et tours de 20 étages construits devant leurs vieux immeubles!
Le projet de complexe touristique et résidentiel, dont la rentabilité permettrait de financer l’opération, est sobrement intitulé « Le Copacabana toulonnais »…
Malgré l’hostilité des riverains, le comblement est lancé en 1963. Jusqu’à cent camions par jour déchargent leur cargaison au Mourillon. Parfois réalisés avec des déchets du BTP, dix hectares sont gagnés sur la mer. La première anse voit le jour en 1966… mais l’eau y est trouble à cause du sable de carrière aux particules argileuses.
À l’aube des années 70, le projet est modifié. Exit les tours. Mais plus de 1.000 logements, un centre commercial, un port de plaisance et un hôtel sont encore envisagés.
Entre la CCI, propriétaire des terrains endigués, et la municipalité, « le torchon brûle », écrit Anne Sohier-Meyrueis (1). Il faudra, en 1973, une loi destinée à combattre le bétonnage des cotes pour stopper les ardeurs de la chambre consulaire.
Sur ce site qui fait penser à un terrain vague, un troisième programme est imaginé par la Ville en 1974. Des équipements balnéaires, des jardins ou un théâtre de verdure sont prévus.
Tout comme une quatre voies à la place du boulevard Frédéric-Mistral ou un parking en silo!
Commence alors ce que l’on appelle « la guerre des posidonies ». L’Union des associations pour la défense du littoral mourillonnais se constitue, avec le CIL du quartier et son président Alexandre Briano en fers de lance.
L’opposition s’exprime sur l’aménagement des terre-pleins et, surtout, sur les conséquences environnementales de l’endigage de l’actuelle anse Tabarly, zone censée accueillir le port de plaisance.
En septembre 1978, des manifestants campent sur la plage pendant cinq jours et s’enchaînent aux bulldozers! Mais, ni l’occupation, ni un recours devant le tribunal n’empêcheront les engins d’accomplir leur œuvre.
Si la Ville achève bien la cinquième anse entre 1979 et 1980, elle décide toutefois de revoir la copie. Des précautions sont aussi prises lors de l’enrochement.
Une tentative de réintroduction de posidonies est même réalisée. En 1984, après des dizaines de millions de francs dépensés, les 22 hectares gagnés sur la mer sont enfin aménagés, avec l’apparition d’un grand espace vert, de la base nautique, des aires de jeux et des restaurants.
« Aujourd’hui, personne ne semble regretter le doublement du boulevard Frédéric-Mistral et son silo à voitures, ni la piste pour motard un moment envisagé » écrit Anne Sohier-Meyrueis.
L’énorme succès populaire des lieux valait bien, sans doute, un accouchement aussi difficile.
1. Dans Le Mourillon et l’histoire de Toulon, édité par l’Académie du Var.
L’ancien président du CIl du Mourillon (1970-2000) a été à la tête de la contestation contre l’aménagement des plages. Rencontre.
Que pensez-vous des actuelles plages du Mourillon?
Pour les Toulonnais, c’est bien, il y a de la verdure, de l’espace libre. C’est loin de la bétonisation prévue à l’origine. Et j’ai la prétention de croire que l’on y est pour quelque chose.
Qu’avez-vous « sauvé »?
S’il y a aujourd’hui un parking gratuit et pas un ensemble immobilier, c’est grâce à nous. Pareil pour l’absence de quatre voies sur le littoral. Mais nous n’avons pas tout pu sauver. Var-matin l’a écrit à l’époque: plus de 200 hectares d’herbiers marins ont été détruits.
Ça vous laisse un goût amer?
Nos manifestations ont sensibilisé les gens à l’environnement. En 1982, l’endigage inconsidéré a été interdit. Et les posidonies sont protégées depuis 1988. Preuve qu’on a eu raison de se battre.
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