Le parc social est encore inégalement réparti en France et reste « très concentré » dans certains quartiers, malgré les avancées observées depuis les annnées 2000 et l’introduction de la loi Solidarité et renouvellement urbain, qui a déjà permis de réaliser deux programmes de réhabilitation urbaine, constate l’Insee dans une étude publiée ce mardi 2 juin. L’Institut a étudié quelques 34 unités urbaines françaises de plus de 200.000 habitants entre 2006 et 2020, soit 83% des logements sociaux de cette catégorie, et a également reccueilli des données ciblées jusqu’en 2025. Il en ressort que des inégalités persistent non seulement entre les quartiers modestes et plus aisés, mais aussi dans la répartition même du parc social.
Ce dernier contribue pourant bien à « la mixité sociale au sein des quartiers, surtout dans les quartiers aisés où il est présent », insiste l’auteur, Jean-Bernard Salomond. Sans les logements sociaux dans les quartiers aisés, la ségrégation résidentielle serait 11% plus élevée. Elle s’est, en plus, « accentuée depuis 2004 dans la plupart des grandes villes », relève l’étude.
Selon l’étude, deux principaux facteurs contribuent à « limiter l’effet que pourrait avoir le parc social sur la mixité ». Le premier concerne la très forte concentration du parc social dans certains quartiers des grandes aires urbaines, où se sont d’ailleurs formées des « poches de pauvreté ».
Par ailleurs, en 2020, 45% des logements sociaux étaient « concentrés », c’est-à-dire qu’ils correspondaient à la part minimale de logements à relocaliser dans des zones peu pourvues, afin de rééquilibrer leur répartition sur le territoire. Ce taux a certes baissé de 9 points depuis 2006. Mais il reste très élevé dans certaines aires urbaines, comme la métropole d’Aix-Marseille (55%), au Havre (54%), à Toulon (53%) et à Paris (53%), alors qu’il est plus faible à Toulouse (36%), à Douai-Lens (36%) ou encore à Valenciennes (34%).
Sur cet ensemble, l’Institut souligne également que plus d’un tiers des 5,4 millions de logements sociaux aujourd’hui en service ont été construits entre 1960 et 1975, « période marquée par l’édification de grands ensembles, souvent implantés en périphérie des villes‑centres ». Ces logements sont, plus que d’autres, soumis à des problématiques énergétiques, d’isolation, mais aussi de mixité sociale.
L’autre enjeu principal concerne les inégalités au sein même du parc social. Les locataires e logements sociaux vivant dans des quartiers modestes sont en effet « en moyenne les plus pauvres », note l’Insee, tandis que ceux résidant dans les quartiers aisés sont en moyenne « un peu moins modestes ».
L’auteur rappelle que les 10% des habitants du parc social les plus modestes ont un revenu « inférieur à 9.610 euros par an », tandis que les 10% des habitants les moins modestes du parc social ont un niveau de vie « supérieur à 25.880 euros par an », soit 2,7 fois plus.
Plusieurs facteurs expliquent cette inégale répartition des locataires HLM. Les logements avec des niveaux de loyer plus faibles, plus anciens et situés en quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV), sont à la fois « plus souvent loués par des ménages modestes » et également « plus fréquents dans les quartiers modestes ». Par ailleurs, les commissions d’attribution peuvent « orienter les attributions vers des ménages moins modestes ou vers certaines professions, suivant le type de logement et sa localisation ». Les logements sociaux des quartiers aisés sont en effet plus souvent des logements intermédiaires (PLUS, PLS), aux niveaux de loyer plus élevés.
Enfin, les ménages les moins modestes du parc social déménagent plus fréquemment, « ce qui participe à la polarisation du parc ». Ces derniers disposent plus souvent d’alternatives pour se loger dans le parc privé et peuvent donc « orienter leur demande de logements vers des quartiers plus aisés », contrairement aux ménages les plus modestes. Selon l’auteur, une répartition homogène des locataires au sein du parc social en fonction de leur niveau de vie réduirait la ségrégation résidentielle « de 14% en moyenne ».
Lire aussi -> « Le parc social grossit, mais sa répartition est différente »: en 10 ans, la France compte 11% de logements sociaux en plus, mais l’offre ne répond plus à la demande des plus précaires
Cette étude intervient alors que le gouvernement souhaite lancer un troisième programme national de renouvellement urbain (Anru), après ceux lancés par Jean-Louis Borloo en 2003 puis par Manuel Valls en 2014, chacun d’une durée de dix ans. Ce troisième programme doit porter « sur la période 2030 et 2040 » et sera proposé dans le projet de loi sur le logement porté par le gouvernement. Ce dernier compte le présenter en première lecture d’ici à cet été.
Le gouvernement avait alors précisé qu’il organisera, d’ici à l’automne 2026, des « tours de table » avec les principaux financeurs (bailleurs sociaux, Action Logement), précisant qu’il devra alors avoir identifié une liste de 150 quartiers, « qu’il s’agisse de quartiers prioritaires de la ville (QPV), de villes moyennes ou des Outre-mer ».
« Un ANRU 3 que l’on pourrait appeler un ANRU 360, tant il a pour vocation de s’intéresser à toutes les problématiques urbaines et sociales », avait alors souligné le ministre de la Ville et du Logement Vincent Jeanbrun. « Il devra traiter les grands maux », avait également soutenu Sébastien Lecornu. « Notamment la question du narcotrafic, avec l’aménagement des commerces, des cages d’escaliers », mais aussi celle « de la rénovation énergétique du parc social ».
DIRECT. Disparition de Lyhanna: lancement d'une enquête administrative sur "d'éventuels dysfonctionnements" après une plainte déposée en 2025
© Copyright 2006-2026 BFMTV.com. Tous droits réservés. Site édité par NextInteractive