Dans le 11e arrondissement de Paris, un immeuble insalubre du XIXe siècle va être transformé en logements sociaux après son acquisition par la municipalité via préemption. Une opération qui s’inscrit dans sa lutte contre la vacance immobilière.
C’est un chantier colossal qui se prépare au 127, rue du Faubourg Saint-Antoine, dans le 11e arrondissement de Paris. Ce jeudi 9 avril, les quelques locataires d’un immeuble insalubre du XIXe siècle ont ouvert leur porte au nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire, venu constater l’état déplorable des lieux et la réalité du quotidien des occupants. « Mis à part la façade, aucuns travaux n’ont été réalisés », lui souffle la concierge du bâtiment, Ana Bela, installée depuis 1986. Peinture décollée, humidité, isolant arraché, isolation déplorable… Cet immeuble comprenant 41 logements a progressivement vu ses locataires déserter, notamment depuis 2019, lorsque la bâtisse a été rachetée par un marchand de biens peu scrupuleux.
« Il a mandaté quelqu’un pour nous menacer, nous demander de déménager. Il nous en a fait voir de toutes les couleurs, mais on a résisté », lance Ana Bela, entourée des quatre autres locataires restants. « Par peur », aucune poursuite juridique n’a toutefois été engagée contre le propriétaire, nous confie-t-elle. « C’est de la délinquance au col blanc », tacle de son côté Emmanuel Grégoire, qui a fait de la lutte contre la spéculation et les logements inoccupés son cheval de bataille.

Cette visite n’est toutefois pas anodine. En effet, la ville de Paris a exercé son droit de préemption – un outil permettant d’être prioritaire dans l’achat d’un bien – afin de mettre la main sur le bâtiment en 2025 afin d’y construire des logements sociaux. Coût de l’acquisition : 15,5 millions d’euros pour 2 417 m² de surface habitable [soit 6 413 euros le m2, alors que le prix moyen du quartier est actuellement affiché à 10 492 euros le m2, selon MeilleurAgents ; ndlr] et 1 097 m² de surface commerciale. « Cette opération est symbolique car il s’agit du bâtiment le plus ancien que nous ayons acquis, mais aussi de celui affichant le taux de vacance le plus élevé, à 90 % », commente Jacques Baudrier, adjoint au maire de Paris en charge du logement. « Une partie du complexe a été construite au XVIIe siècle », complète Christine Laconde, directrice générale de la Régie Immobilière de la ville de Paris (RIVP), l’organisme qui pilote le projet.
L’objectif est ainsi de créer 44 logements sociaux, disponibles en 2030, dont quatre seront construits en surélévation, à l’arrière de la cour. 16 habitations seront dédiées aux plus précaires (PLAI) et 28 aux classes moyennes (15 PLUS et 13 PLS). « Les logements iront du T1 au T4 », le plus grand faisant 81 m2, souligne Christine Laconde.
Au total, le coût de ce projet est affiché à 20,4 millions d’euros dont 13 millions sont consacrés aux travaux. La municipalité participe également à hauteur de 6,4 millions d’euros via une subvention.
Même si cette acquisition est présentée comme emblématique en raison de l’ancienneté de l’immeuble, ce type d’opération immobilière n’est pas une exception. En 2025, la ville de Paris s’est emparée de 1 200 appartements pour en faire des logements sociaux. A titre d’exemple, la capitale a aussi mis la main – également via un droit de préemption – sur un immeuble situé au 76, rue de Lourmel, dans le 15e arrondissement, pour y créer 13 logements sociaux. Un projet évalué à 7,6 millions d’euros, dont 2,4 millions sont subventionnés par la municipalité. Cette dernière ambitionne d’ailleurs de créer 30 000 nouveaux logements sociaux d’ici à 2035, notamment en misant sur l’acquisition et la transformation de bureaux et logements vacants, alors que 320 000 personnes sont sur liste d’attente à Paris.
Selon l’Apur, 280 000 logements sont inoccupés dans la capitale, soit 9 % du parc. Et c’est en partie sur ce levier qu’Emmanuel Grégoire entend agir pour augmenter l’offre locative. « A compter de 2027, le montant de la taxe sur les logements vacants va doubler » promet-il. « Propriétaires de logements vacants, ne payez pas cette taxe mais louez votre bien ou vendez-le ! Vous ferez des heureux », renchérit Jacques Baudrier. De quoi faire grincer des dents les défenseurs des propriétaires.
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