Émilie Vayssier, mère de deux enfants en Lozère, se bat contre la fermeture annoncée d’une des deux classes de la petite école rurale voisine dans le département le moins peuplé de France. Alors que le dossier est bloqué, elle a décidé d’écrire directement au président de la République, « pour voir si on est vraiment délaissés jusqu’au bout ».
Elle a décidé de tenter le tout pour le tout. Samedi 1er mars 2025, Émilie Vayssier a pris « sa plume » pour écrire au président de la République Emmanuel Macron, non pas pour elle, mais bien pour ses filles. Car cette mère de famille, qui vit dans la petite commune lozérienne des Laubies, craint pour l’avenir de l’école de ses deux enfants.
Située dans le village voisin de Saint-Amans, elle compte actuellement deux classes, qui accueillent 18 élèves de la petite section au CM2. Mais dès la rentrée prochaine, l’une des deux classes de cette petite école rurale devrait être supprimée, à en croire la première version de la carte scolaire prévue pour septembre 2025.
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Cette situation inquiète très fortement Émilie Vayssier. Aujourd’hui, ses filles font déjà deux fois par jour « 19 minutes de trajet en prenant le car scolaire » pour rejoindre l’établissement. Mais ce qui attriste principalement la mère de famille, c’est que « si on ferme une classe, c’est une seule enseignante qui va devoir gérer huit niveaux, de la petite section au CM2« .
Une organisation qui signerait, selon elle, « la mort des villages« . « On ne peut pas attirer des parents avec une classe unique, ça ne fait rêver personne, et donc on sait très bien qu’à la fin, on va nous faire fermer l’école« , dénonce-t-elle. Et la situation semble aujourd’hui bloquée, car la rencontre entre « le directeur de l’académie et les parents d’élèves » n’a rien donné, selon la mère de famille. « Aujourd’hui, quand on explique cette situation, on n’est pas entendus« .
Ça commence par une classe, ça finit par une école, et c’est la mort des villages. On a besoin des écoles, même si on n’est pas nombreux.
Pour tenter de faire avancer le dossier, Émilie Vayssier a donc pris la décision de tenter de s’adresser directement à Emmanuel Macron. « Je me suis dit : pourquoi pas lui écrire pour faire réagir, et pour voir si on est vraiment délaissés jusqu’au bout« , explique-t-elle.
Dans la lettre, la mère de famille « supplie » le président de ne pas oublier « nos territoires de ruralités« , estimant que « nos enfants ont le droit de bénéficier d’un enseignement de qualité comme les autres. » Elle dit ne pas souhaiter faire de politique dans son courrier, mais simplement « faire part de sa problématique« .
Et si le président ne lui répondait pas ? « Je l’interpréterai comme un abandon total du milieu rural« , s’émeut Émilie Vayssier, la voix tremblante. « Cette lettre, c’est un peu en désespoir de cause, on n’écrit pas au président tous les jours. J’attends de voir si je suis entendue, parce que quand il y a des fermetures de classes comme ça, c’est à nous d’expliquer en face de nos enfants qu’ils n’auront pas leur maîtresse l’année prochaine« .
Ces gens-là, ils ne voient pas nos enfants, ce sont des chiffres pour eux. Du coup, nos enfants ne partent pas sur le même pied d’égalité entre la ruralité et les villes.
Les parents d’élèves de l’école de Saint-Amans n’ont en tout cas pas dit leur dernier mot. Depuis plusieurs jours, ils bloquent eux-mêmes régulièrement l’accès à l’école, « en nous relayant », rapporte Émilie Vayssier. Un bon moyen d’essayer de se faire entendre selon elle, puisque « comme on bloque, les maîtresses sont obligées à chaque fois d’appeler le rectorat pour dire que les parents ne sont pas d’accord. On veut montrer que même si on est une petite école, on est soudés« .
Ce mercredi 5 mars, c’est à l’échelle du département que les parents lozériens, rejoints dans leur combat par les syndicats enseignants, ont tenté de faire entendre leur voix. « C’est une grande manifestation à Mende« , rapporte la mère de famille, qui rappelle que de nombreuses autres classes sont menacées en Lozère.
Dans l’attente d’un éventuel retour de l’Élysée, Émilie Vayssier a évidemment pris part à la marche, aux côtés de nombreux autres membres de la communauté éducative lozérienne.
Elle espère que ce combat qu’elle mène avec les autres parents leur permettra de sortir de ce « cercle vicieux » qui illustre une désertification qui se poursuit encore.