Barlamane /Fr
Des documents rendus publics par le département de la justice des États-Unis et examinés par l’agence Reuters établissent que Jeffrey Epstein a ordonné, dans les dix jours ayant précédé son arrestation en juillet 2019, des transferts totalisant environ 27,7 millions de dollars en vue d’acquérir le palais Bin Ennakhil à Marrakech, un projet mentionné depuis 2011. Ni ces pièces judiciaires ni l’enquête de Reuters ne suggèrent qu’il aurait envisagé de se réfugier au Maroc, un projet invraisemblable né d’une confusion longtemps entretenue comme Barlamane.com l’a démontré. Les faits exposés concernent des mouvements de fonds, leur annulation partielle et leur signalement aux autorités financières américaines, sans qu’apparaisse la preuve d’un projet d’exil, qui n’est évoquée nulle part.
L’enquête précise que la société de courtage Charles Schwab a ouvert en avril 2019 trois comptes pour des sociétés liées à M. Epstein, dont Southern Trust, entreprise décrite comme cherchant à acheter le bien immobilier marocain. Les documents indiquent que Southern Trust «tentait d’acheter l’opulent palais Bin Ennakhil à Marrakech» et que la maison de courtage a «traité des fonds pour Epstein pendant plusieurs mois à une période où il faisait l’objet d’une attention publique intense».
Le 26 juin 2019, Southern Trust a donné instruction de transférer 11,15 millions d’euros, soit environ 12,7 millions de dollars, à un intermédiaire immobilier établi à Marrakech. Le rapport mentionne que Charles Schwab a reçu l’ordre de «virer 11,15 millions d’euros (…) pour l’achat», avant qu’une demande d’annulation ne soit formulée le lendemain au motif que les conditions n’étaient pas jugées «acceptables». L’établissement est parvenu à interrompre l’opération, les fonds devant être recrédités le 10 juillet.
Deux jours avant l’arrestation de M. Epstein, soit le 4 juillet 2019, un nouvel ordre de virement a été signé pour un montant de 14,95 millions de dollars en faveur du même intermédiaire. Le rapport d’activité suspecte transmis le 13 juillet au réseau de lutte contre la criminalité financière (FinCEN) du département du Trésor indique que le compte ne disposait pas des liquidités suffisantes, la restitution des fonds précédemment transférés n’étant pas encore intervenue. Le signalement précise que l’établissement bancaire avait «des préoccupations liées à des tentatives de virements à des fins immobilières, au regard de la couverture médiatique défavorable entourant Jeffrey Epstein» et qu’il nourrissait des inquiétudes quant à un possible «risque de fuite avant une audience relative à une demande de mise en liberté sous caution».
Le document transmis aux autorités fédérales ajoute que «l’enquête résulte d’un signalement interne» et expose les circonstances ayant conduit à la décision de clore la relation bancaire. L’agence Reuters relève que ces opérations se sont déroulées alors que la Deutsche Bank procédait à la fermeture de comptes liés à M. Epstein.
Les pièces judiciaires établissent des tentatives répétées d’acquisition immobilière d’un montant substantiel. Elles décrivent des ordres de transfert, leur annulation, puis leur déclaration aux autorités compétentes. Elles ne démontrent ni organisation matérielle d’un départ ni préparation attestée d’un refuge à l’étranger.
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