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« Il faut réenchanter la promenade des Anglais », lance Chloé, 32 ans, Niçoise d’adoption. « Il y fait trop chaud l’été, je fuis cette balade pourtant si agréable à d’autres saisons », évoque Claude, 69 ans, Niçoise depuis plusieurs générations. « Elle mérite plus d’arbres, plus de chaises bleues, des points d’eau et moins de voitures », égrène Nadia 53 ans, touriste fidèle.
La végétalisation de la Prom’ est une piste de réflexion du maire. Dans une interview à Nice-Matin, le 29 août, Christian Estrosi confiait: « On pourrait faire des morceaux en végétalisation totale et plus particulièrement devant les endroits urbanisés qui ont peu de caractère, devant les immeubles qui ont des façades un peu ingrates. »
En 2010, plusieurs architectes, urbanistes ou paysagistes de renom avaient travaillé sur un nouveau visage pour la Prom’. Nous en avons recontacté trois pour capter leur vision d’un bord de mer plus verdoyant. « Et si elle devenait une collection botanique, comme dans les parcs du XIXe siècle? », s’interroge l’architecte Rudy Ricciotti. « Les palmiers doivent être respectés, tempère son confrère Elias Torres. Le long de la mer, ce sont les premiers protagonistes car c’est une image historique. » « Il faut créer une scénographie globale de la Prom’, un geste urbanistique et paysager autour d’une écologie festive », souligne Alfred Peter, urbaniste-paysagiste.
Pour Rudy Ricciotti, « végétaliser la promenade des Anglais est assez naturel car elle est orientée plein sud. Il faut davantage d’ombre portée au sol. » L’architecte de 72 ans imagine une double dimension: bioclimatique et botanique. « Il faut planter des arbres à feuilles caduques qui laissent passer la lumière l’hiver. » Le lauréat du Grand prix national d’architecture émet aussi l’idée d’une introduction d’arbres fruitiers. « L’espace public doit être plus populaire, naturaliste et à destination des enfants. Il faut introduire une part de rêve. Alors pourquoi ne pas proposer des arbres dont les fruits seront cueillis par la population? »
Elias Torres, lauréat du Prix spécial de la biennale internationale d’architecture de Venise, voit dans la végétalisation de la Prom’ « une plantation d’arbres du côté des bâtiments aux façades contemporaines. Mais elle doit se faire en respectant les palmiers. Car envahir le balcon qui est offert aujourd’hui sur la mer n’est pas acceptable ». L’architecte de 80 ans imagine « le boisement par la multiplication de palmiers ».
Alfred Peter, nommé au Grand prix de l’urbanisme, « planterait tout ce qui pousse dans un climat méditerranéen: palmiers, pins, chênes verts, mûriers à feuilles de platane. En prenant en compte leur résistance aux embruns. » L’urbaniste-paysagiste de 67 ans pense que « la scénographie de la Prom’ doit se faire par segments: un segment quai des États-Unis à végétaliser avec parcimonie, un segment des grands hôtels où les façades doivent être bien dégagées pour les mettre en valeur, un segment résidentiel où les arbres pourraient être présents jusqu’au trottoir et un segment aéroport où la forêt urbaine pourrait être foisonnante ».
Reste que la végétalisation de la Prom’ est intimement liée à la diminution de la présence de la voiture. « Aujourd’hui, les trois voies côté mer pourraient être supprimées. Ça doublerait la surface de la partie piétonne », affirme Alfred Peter. Pour Elias Torres, « il faudrait enlever au moins une file de voitures de chaque côté et transformer cette autoroute urbaine en lieu de villégiature apaisé ».
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