Depuis le bord de l’allée, il est impossible de le distinguer. Pour l’apercevoir, il faut emprunter une voie privée menant à un îlot verdoyant presque irréel au cœur de Paris : le square de l’Avenue-Foch. C’est sur cette coquette place du XVIe arrondissement, où les Bentleys côtoient les Rolls-Royce, que trône un hôtel particulier d’exception, à quelques encablures de l’ambassade de Hongrie. Construite au début du XXe siècle, cette bâtisse, actuellement en vente au prix vertigineux de 48 millions d’euros, a de quoi laisser sans voix.
Bien sûr, ses volumes, sa localisation et ses caractéristiques y sont pour beaucoup – 672 m2 de superficie, 150 m2 de jardin, onze pièces, quatre salles de bains entre autres –, mais pas seulement. Ce bien de très haut standing, dont les travaux de rénovation sont en phase de finalisation, fut la propriété de l’écrivain Marcel Pagnol qui y vécut de 1956 à sa mort, 18 ans plus tard.
Il n’est pas rare de voir fleurir ici et là, dans les catalogues de prestigieuses maisons de ventes, des demeures ayant appartenu à d’illustres personnalités tels que des acteurs, des chanteurs, des auteurs, des couturiers ou encore des têtes couronnées.
Au Mée-sur-Seine, commune de 20000 âmes située à une cinquantaine de kilomètres au sud de Paris, une imposante maison aux murs blancs attire les curieux depuis plusieurs semaines. Élevé au XVIIIe siècle, le manoir du Mée a vu défiler la crème de la crème : d’abord propriété de Karl Lagerfeld, lequel y réalise plusieurs shootings pour Chanel, elle passe ensuite aux mains de son amie très chère, la princesse Caroline de Hanovre. La demeure de 500 m², dont la valeur atteint 2,7 millions d’euros, cherche aujourd’hui un nouveau propriétaire.
Bien plus extravagant, le château d’Armainvilliers, à cheval sur deux communes de Seine-et-Marne, est sans conteste le bien le plus fou sur le marché. Affichée au prix pharaonique de 180 millions d’euros, cette propriété de tous les superlatifs, acquise en 1984 par le roi Hassan II qui la rénove entièrement, s’étend sur 9000 m² et compte 40 chambres, deux étangs, 36 dépendances, un haras…
Et que dire de La Paisible, l’ancienne résidence d’Audrey Hepburn dans le canton suisse de Vaud ? Avec ses 21 pièces, 12 chambres et huit salles de bains, cette demeure pleine de charme aux volets vert d’eau pourrait faire la joie d’un nouvel acquéreur moyennant la confortable somme de 12 500 000 CHF, soit 13,7 millions d’euros.
Sur le Grand Canal, à Venise, Christie’s vient aussi de mettre en vente une demeure légendaire du XVe siècle peinte par Monet, le Palazzo Dario, réputé maudit en raison des fins tragiques de certains de ses propriétaires. Si vous n’avez pas peur des fantômes et souhaitez conjurer le sort, il vous faudra tout de même débourser 21 millions d’euros. Désirable sur le papier, cette ex-appartenance peut-elle jouer un rôle pour emporter l’adhésion des acquéreurs potentiels ?
"Il est difficile d’en quantifier le poids exact dans la décision d’achat, mais c’est invariablement quelque chose que les clients apprécient. Cela confère au bien un pedigree, une histoire, une dimension supplémentaire. Cela nourrit l’imaginaire et peut donner à l’acquéreur le sentiment de s’inscrire dans une continuité prestigieuse", assure Edouard du Breuil, président-directeur général de Propriétés Parisiennes Sotheby’s International Realty, agence chargée de vendre l’hôtel particulier de Marcel Pagnol.
S’il valorise la demeure et attise incontestablement la curiosité, cet élément prestigieux ne fait pas tout. "Ce n’est pas parce qu’il a appartenu à tel ou tel personnage célèbre que le bien va se vendre plus rapidement, tempère Brigitte Kahan, associée chez Kretz Family Real Estate. Il faut un projet précis et très solide derrière, surtout à ces montants-là !". La très médiatique agence familiale spécialisée dans l’immobilier de luxe en France et à l’international, dont les aventures font le bonheur de Netflix et TMC, connaît par cœur ce genre de ventes people XXL.
Dans son catalogue figure actuellement un luxueux duplex dans le très chic XVIe arrondissement de Paris dans lequel a vécu Brigitte Bardot. Au cœur d’un immeuble Art déco, cet appartement de 409 m2, ancienne propriété de la famille de Beauharnais, est proposé à 7,9 millions d’euros.
"Lors des visites, c’est un sujet qui revient naturellement, comme un élément qui participe à la projection et à l’intérêt pour la demeure. Les acheteurs posent des questions, cherchent à comprendre comment le lieu a été vécu, explique Alexis Feyfant-Ricaud, directeur de l’agence Pyla chargée de la vente du manoir du Mée. Je procède aussi à un screening important en amont afin d’éviter les visites de curiosité. L’idée est de ne faire venir que des profils réellement alignés avec le bien, ce qui réduit le volume, mais augmente nettement la qualité des échanges".
Destinées à une clientèle internationale fortunée, ces demeures à pedigree, coquettes ou totalement démesurées, peuvent aussi déclencher des coups de cœur. Dans ce cas précis, et même si la concurrence se bouscule, il est impossible de faire une offre supérieure au prix de vente fixé dans le mandat car cela n’est pas permis en France. Seule exception : les enchères.
En mars 2024, l’appartement au style futuriste de Karl Lagerfeld situé 17, quai Voltaire dans le VIIe arrondissement de la capitale, a été vendu 10 millions d’euros alors que sa mise à prix était fixée à 5,3 millions d’euros. Ce qui a décidé l’acquéreur à acheter ce bien de 260 m² ? "C’est forcément un mélange de la situation, de la surface, de qui l’a habité et la façon dont Karl Lagerfeld l’a transformé", expliquait Bertrand Savouré, notaire associé fondateur de l’étude Althémis, chargée de la vente, au journal Le Parisien.
Outre un nom célèbre, d’autres critères peuvent jouer dans l’acquisition d’un bien de ce genre. En Suisse, la dimension historique de la résidence d’Audrey Hepburn apparaît comme un atout considérable. "C’est une demeure classée niveau 2, donc on ne peut pas la démolir, y accoler diverses constructions, elle restera toujours telle qu’elle est aujourd’hui", note Hugo Gamboa, associé au sein de l’agence immobilière de luxe John Taylor.
Concernant l’hôtel particulier ayant appartenu à Marcel Pagnol, la rareté du bien fera sans doute pencher la balance. "Un hôtel particulier entièrement rénové, avec un tel niveau de standing, dans une adresse aussi recherchée, cela n’existe pratiquement pas sur le marché, conclut Edouard du Breuil. Les appartements rénovés sont courants, mais les maisons de cette envergure sont une exception".
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