Cadre paisible, souvent verdoyant, solidité patrimoniale, d’Aix-en-Provence à Lille, en passant par Lyon, Bordeaux et Nantes, les adresses d’exception gardent la cote. Mais un certain pragmatisme reprend le dessus. Acheteurs traquant la moindre remise et refusant les travaux, vendeurs contraints de lâcher du lest pour aller vite, le marché retrouve son équilibre.
S’il est un quartier aixois qui fait l’unanimité, c’est bien Mazarin. « Il se distingue par ses hôtels particuliers en pierre blonde aux portes cochères sculptées, ses immeubles du XVIIIe siècle, ses fontaines, ses rues au pavage soigné, son ambiance village hors du temps à deux pas du centre-ville », vante Benoît Bert, chez Consultants Immobilier. Un art de vivre recherché, qui se paie au prix fort. « Les logements classiques, sans parking, se vendent autour de 8 000 €/m², chiffre Nicolas Ginon, chez Daniel Féau. Mais les meilleurs biens, refaits dans les règles de l’art, peuvent franchir la barre des 10 000, voire des 12 000 €/m². »
Et de prévenir : « L’ère où tout se vendait à n’importe quel prix est révolue, les acquéreurs sont désormais très regardants. » Un hôtel particulier de 150 m² situé du côté du palais de justice, mais proposé au prix du secteur Mazarin (10 000 €/m²), peine à trouver preneur. Les biens non surévalués, en revanche, peuvent partir très vite, surtout s’ils sont habitables sans travaux. « Dans un hôtel particulier du centre historique, un 180 m² en excellent état, avec ascenseur et terrasse, ce qui est très rare à Aix, s’est vendu en une semaine à 1,7 million d’euros », révèle Sandrine Di Ruscio, chez Barnes. Son confrère Éric Brandenburg, d’Émile Garcin, confirme cette particularité : « En plein quartier Mazarin, un hôtel particulier du XVIIe siècle avec jardin s’est vendu plus de 5 millions, tout simplement parce qu’il a été refait à neuf. À Aix, la plupart des acquéreurs ne veulent plus faire de travaux. »
La ville propose aussi des maisons clés en main, cédées le plus souvent entre 8 000 et 9 000 €/m². Autre pépite, proposée à un peu moins de 2,5 millions d’euros : une demeure du XVIIIe de 310 m² sur deux niveaux, avec dépendances, en excellent état, agrémentée d’une piscine, d’un parc et d’un jardin, le tout à quelques minutes du centre-ville.
Les alentours d’Aix offrent de belles opportunités aux amateurs de maison. À condition d’y mettre le prix. « Aux Pinchinats, ou encore vers Puyricard, il n’y a rien au-dessous de 1,5 million d’euros. Si le ticket moyen tourne autour de 2,5 millions d’euros, les plus belles bastides avec un parc, notamment si elles donnent sur la montagne Saint-Victoire, peuvent atteindre 7, 8 voire 10 millions d’euros », assure Benoît Bert. « Vers Le Tholonet, charmant village situé sur la route Cézanne, la seule classée de France, une bastide rénovée du XVIIe siècle, de 600 m² sur un parc arboré, est partie à 7 millions d’euros », signale Victor Pecnard, chez Sotheby’s. Lorsque des travaux sont nécessaires, les prix deviennent plus abordables. « À Saint-Marc-Jaumegarde, à l’ouest des Pinchinats, une bastide de 700 m² dans son jus, avec 10 000 m² de terrain, a trouvé preneur à 4 millions d’euros », remarque Gaël Chenevier, d’Espaces atypiques.
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« Dans la capitale des Gaules, le marché du haut de gamme, du luxe, prend place dans le 6e arrondissement, mais aussi sur la presqu’île, sur la colline de la Croix-Rousse ou encore à Montchat, apprécié pour ses maisons et son ambiance village », confie Anthony Giovannai, chez Engel & Völkers. Dans le très chic 6e, comptez de 5 500 à 7 000 €/m2, voire plus de 8 000 €/m2, au sein des beaux immeubles haussmanniens ou des très chics bâtiments contemporains situés le long du boulevard des Belges et aux abords du parc de la Tête d’Or. Où un 110 m² en parfait état, avec 35 m² de terrasse et une superbe vue, a même atteint 10 000 €/m². « Nous avons réalisé une vente à plus de 11 000 €/m² pour un hôtel particulier rénové au voisinage immédiat du parc », souffle Thomas Vantorre, chez Barnes.
Dans le quartier Confluence, un Américain a revendu à des Lyonnais un 85 m² neuf avec vue panoramique sur la ville pour 7 000 €/m².
À deux pas de là, près des quais du Rhône, l’attrayant quartier Foch « abrite des immeubles bourgeois en pierre de taille avec balcons ouvragés, grandes entrées, belles surfaces avec parquet en point de Hongrie, moulures…, note Xavier Moreux, d’Espaces atypiques. Il faut prévoir ici en moyenne de 6 000 à 7 000 €/m2. » Le must (étage élevé, balcon, parfait état), y dépasse même 10 000 €/m².
Les biens avec travaux, eux, sont plus accessibles. Tel ce 240 m² à rénover, mais avec vue, parti à 4 800 €/m², quai Sarrail. Autres sites appréciés : la presqu’île, Ainay, la place Bellecour, où un 220 m² avec de grands volumes, à rénover, s’est vendu 5 700 €/m². « Dans le quartier Confluence, un Américain a revendu à des Lyonnais un 85 m² neuf avec vue panoramique sur la ville pour 7 000 €/m² », complète Romain Billard, chez Sotheby’s IR.
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Côté habitat individuel, la ville offre de belles opportunités qui peuvent filer très vite. Telle cette maison de ville de 200 m² sur la Croix-Rousse, partie à 2,5 millions d’euros. Dans le quartier Montchat, une demeure de 330 m² a coûté 1,4 million d’euros. « Perle rare du 8e arrondissement, sur le secteur Grange-Blanche, une villa de 300 m², refaite à neuf, avec un jardin, sest vendue un peu plus de 3 millions d’euros », relève Romain Billard.
« Les villages des monts d’Or, comme Saint-Cyr, restent recherchés, remarque Anthony Giovannai. Comptez ici de 5 600 à 6 500 €/m2 ». À Saint-Cyr, une maison de 207 m² avec jardin arboré et piscine a filé pour 1,665 million d’euros, tandis qu’une villa d’architecte de 200 m², avec une vue panoramique et 1 200 m² de terrain, s’affiche à 1,5 million d’euros.
Façades de pierre ouvragées du XVIIIe siècle, immeubles de quatre niveaux avec magnifiques étages nobles, boutiques, restaurants, biens avec belles hauteurs sous plafond et combo parquet-moulures-cheminées : bienvenue dans le triangle d’or bordelais ! « Délimité par les allées de Tourny, le cours Clemenceau et celui de l’Intendance, ce secteur reste le must de la capitale girondine », explique Béatrice Carli, chez Émile Garcin. « Ici, on achète autant un appartement qu’une adresse », ajoute Clément Kaufmann, d’Espaces atypiques. Les prix ? De 7 000 à 8 000 €/m², parfois plus de 9 000 €/m².
« Les valeurs record concernent les biens en étage élevé, refaits à neuf en gardant le charme de l’ancien, avec ascenseur, extérieurs et stationnement », détaille Carmen Milcent, de Sotheby’s IR. À comparer aux 4 500 €/m² de la moyenne bordelaise, chiffrée par Meilleurs Agents. Dans ce très huppé triangle d’or, un appartement rénové de 94 m² avec deux chambres, balcon, ascenseur et vue sur les allées de Tourny s’est vendu un peu moins de 10 000 €/m². Non loin de là, un 190 m² à refaire entièrement est parti à 5 000 €/m², le budget travaux atteignant 3 500 €/m² ! « Les biens à rénover subissent des décotes qui varient entre 8 et 15 %, les acquéreurs boudant de plus en plus des travaux fortement renchéris », explique Aymeric Sabatié-Garat, chez Barnes.
Juste à côté, dans le quartier médiéval, lui aussi prisé pour son patrimoine, comptez de 7 500 à 8 500 €/m² pour de l’ancien refait en étage élevé. Près de la place des Grands-Hommes, un duplex de 196 m² , avec terrasse et ascenseur, s’affiche à 2,15 millions d’euros. Autre secteur coté, le Jardin public et ses alentours. « Il offre verdure, bonnes écoles, maisons avec jardin ou grands appartements dans de superbes hôtels particuliers rénovés », indique Isabelle de Saint Marc, chez IAD. Les prix ? De 6 000 à 7 000 €, parfois davantage pour les biens avec extérieur, refaits à neuf.
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« Plus à l’ouest, vers le parc Bordelais et Caudéran, les familles plébiscitent des maisons avec jardin dans un paisible environnement, cédées de 7 000 à 8 000 €/m² », avance Béatrice Carli. Une échoppe (maison traditionnelle) de 112 m² avec piscine est partie à un peu moins de 900 000 €. Une autre, de 250 m² aux prestations anciennes conservées, avec jardin et parking, a frôlé 1,5 million d’euros. À Caudéran, une belle demeure de maître, de 490 m² à rafraîchir, sur 4 500 m² de terrain, a grimpé à 2,5 millions d’euros.
L’adresse la plus élégante de la Venise de l’Ouest ? « Le quartier Monselet, entre la cathédrale et le parc de Procé, au cœur du secteur Haut-Pavés-Saint-Félix. Son paisible cadre verdoyant, qui cultive une certaine discrétion, accueille des hôtels particuliers et des maisons bourgeoises fin XIXe, début XXe », répond Étienne de Gibon, chez Barnes. Des atouts justifiant une cote moyenne de 5 250 €/m² pour de belles demeures traditionnelles avec jardin, contre 4 100 €/m² pour les maisons nantaises, d’après Meilleurs Agents. « Les plus beaux hôtels particuliers, très rares, peuvent dépasser 7 000 €/m² lorsqu’ils sont vendus entièrement rénovés », observe Laurent Surie, d’Espaces atypiques. L’un d’eux, de 400 m², à refaire mais avec un joli jardin, s’est vendu 2 millions d’euros.
Les amateurs d’appartements pourront prospecter du côté de Canclaux-Mellinet, la place Royale, la cathédrale… des quartiers agréables à vivre, proches du centre mais coupés de son agitation. « On y découvre, au sein de splendides copropriétés haussmanniennes bien gérées, de grandes surfaces avec parquet Versailles ou point de Hongrie, moulures, cheminées et 3,50 mètres de hauteur sous plafond », détaille Alexandre Escolle, chez Daniel Féau. Le budget requis ? De 5 500 à 6 000 €/m2.
« Mais davantage pour les biens les plus rares en parfait état, calcule Caroline Louboutin, chez Sotheby’s. Tel ce 80 m² avec 150 m² de terrasse, parti à 6 700 €/m². Dans ces immeubles raffinés, espaces extérieurs, ascenseurs et rares places de stationnement font grimper les enchères. » En cœur de ville, près de la place Aristide-Briand, un triplex de 250 m2 avec terrasse de 100 m2 et piscine est affiché à plus de 2 millions d’euros. Ce qui ne doit pas masquer les nombreuses opportunités nantaises. « Dans le quartier des Hauts-Pavés, à deux pas du centre, un appartement familial de 270 m² avec terrasse et ascenseur s’est vendu un peu moins de 1 million d’euros », illustre Étienne de Gibon. Au nord de Mellinet, une récente maison de caractère, totalisant 180 m² habitables agrémentés d’un jardin, s’est vendue 5 500 €/m².
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« Atmosphère de village chic, vues, charme, prix plus abordables, le quartier Chantenay-Sainte-Anne, sur la rive gauche de la Loire, devient très recherché et monte en gamme », confie Caroline Louboutin. Dans ce « Petit Montmartre », comme le surnomment les Nantais, de jolies maisons s’échangent autour de 4 500 €/m², cote ne pouvant que grimper au dire des professionnels.
Immeubles baroques de pierre et brique bâtis au XVIIIe siècle, maisons flamandes datant du XVIe, le Vieux-Lille surfe sur son patrimoine historique, toujours aussi couru. « Il suffit de pousser les portes pour découvrir la richesse de sa mosaïque de biens cachés, tous différents », vante Arthur Goerens, directeur de l’agence Junot. « Parquets, moulures, jardins secrets… Ces jolies surfaces aimantent les amoureux des belles pierres », complète Estelle Delhaye, d’Espaces atypiques. Comptez ici 5 000 €/m2, contre 3 400 €/m2 en moyenne dans la ville. « Prévoyez même plus de 6 000 €/m² pour les pépites sans gros travaux à engager », assure Nathalie Forest, de Sotheby’s IR.
À Saint-Maurice, les bâtisses des années 1930 font mouche auprès des familles aisées.
Les biens rénovés montent parfois plus haut : face au palais des Beaux-Arts, un appartement de 145 m² élégamment réhabilité s’est vendu 1,2 million d’euros. « Doté de trois terrasses avec vue panoramique en dernier étage, un splendide 160 m² refait à neuf, le long des quais, a atteint 1,5 million d’euros », explique Bruno Gras, chez Barnes.
Le haut de gamme s’étend au-delà du centre. À Saint-Maurice, les bâtisses des années 1930 font mouche auprès des familles aisées, telle cette maison de 250 m² proposée à 1,160 million d’euros. « Calme, verdure, Marcq-en-Barœul reste une valeur sûre. Une maison de ville datant des années 1930, mais en excellent état, avec garage et petit jardin, s’est vendue un peu plus de 5 000 €/m² », note Delphine Allard, d’IAD Prestige. Au Croisé-Laroche, une villa Art déco de 130 m2 est partie à 780 000 €, et un appartement avec vaste terrasse en étage élevé dans une copropriété de charme s’est vendu 7 000 €/m². »
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Autres communes à prospecter pour dénicher des perles rares, notamment de belles maisons avec jardins autour de 5 000 €/m² : Lambersart, La Madeleine ou encore Croix, connue pour la villa Cavrois, signée Mallet-Stevens, et ses demeures néogothiques. « C’est une adresse aussi chic que discrète, remarque Bruno Gras, cédée entre 4 500 et 5 000 €/m2, parfois davantage pour les magnifiques bien rénovés et au calme. »
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