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Il pose sur la ville le regard familier de l’un de ses habitants mais aussi l’œil perçant du professionnel. Fondateur du cabinet d’urbanisme Citadia conseil (sept agences en France dont celle de Toulon), Julien Meyrignac a acquis une solide réputation nationale. Aménagement du territoire et planification urbaine constituent son cœur de métier et les collectivités ses clients à 75 % . Du coup, quand l’urbaniste mise tout sur «la renaissance inéluctable du centre-ville de Toulon», on le suit.Paroles d’expert.
Pour vous qui travaillez dans toute la France, quelles sont les spécificités toulonnaises?
D’abord un site extraordinaire, cette bande de terre entre la mer, la rade et le Faron. Et sa population, mélangée et cosmopolite. Le centre-ville rénové n’a pas été «boboïsé» comme dans nombre de communes où l’on vit chacun de son côté.Les classes populaires sont toujours là. Bien sûr, il y a des difficultés, je ne suis pas naïf. Mais le climat social est très différent de ceux de Nice ou de Marseille. C’est la grande chance de Toulon.
Vous vivez à Toulon depuis 1994. Comment avez-vous vu évoluer la ville?
Malgré son potentiel, Toulon a été longtemps enfermée dans une crise urbaine importante qui a connu son paroxysme avec la mandature 1995-2001. Après, il a fallu résoudre de nombreux problèmes, retravailler les espaces publics, recréer du lien. Avec toute une série de chantiers un peu dispersés, on ne voyait pas trop où ça irait… Mais il ne fallait pas aller trop vite. Aujourd’hui, tout ce travail préparatoire a payé.Le réinvestissement du centre-ville se concrétise autour la connaissance et l’enseignement, entre les deux pôles à l’est et l’ouest, avec une vie étudiante en train de se structurer. Le centre-ville retrouve de l’attractivité. D’abord passée par la reconquête des espaces publics et des places de la Liberté, de l’Opéra et de l’Équerre.Puis par l’économie.Et cette attractivité retrouvée va renforcer l’attractivité résidentielle.
Le centre-ville, c’est vraiment reparti?
Je suis intimement persuadé de la renaissance du centre-ville. Les gens reviennent y habiter. Les installations de Nespresso et de Monoprix ont été des signaux forts. Il y a des petits restaurants partout qui se mettent à ouvrir aussi le soir. Des boutiques qu’on ne voit pas ailleurs. Un foisonnement de festivals, etc. Une grande librairie en plein centre, pas toutes les villes en ont! Il manque juste le côté «fun». Ce qu’on retient de Montpellier ou d’Aix, c’est le monde dans les rues le soir… De ce côté-là, oui, il y a encore un pas à franchir. Mais les conditions sont réunies.Et petit à petit, la population étudiante fera masse. N’oublions pas ce qu’était le centre de Toulon il y a quinze ans… Et la place de l’Équerre rénovée va avoir un effet d’entraînement, ouvrir le centre ancien vers l’ouest. Du coup, il va falloir maintenant s’interroger sur la place d’Armes…
Et dans cinq ou dix ans, où en sera-t-on?
Déjà, là où les «vieux» Toulonnais raisonnent encore en terme de basse et haute-ville, séparées par la «frontière» du boulevard de Strasbourg, les nouveaux venus ne voient qu’un tout. Dans une agglomération de 500 000 habitants, le centre ne peut que s’épaissir. Il doit se décorseter.Ce sera autour de La Rode, du Port Marchand, du Mourillon.Dans une dizaine d’années, cela formera sans doute un tout. Qui réunira toutes les fonctions attendues d’un centre-ville: se loger, travailler, se divertir.
Quel avenir dans ce tableau pour des quartiers comme Saint-Jean-du-Var ou le Pont-du-Las?
Ces deux quartiers ont toujours eu leur propre fonctionnement.D’ailleurs, la mosaïque de quartiers toulonnais est une grande force pour Toulon. Mais il faut apporter une attention particulière au Pont- du-Las et à Saint-Jean, territoires plus denses que les autres, très pénalisés par les transports et la circulation.Mais si le centre-ville redevient fort, ce qui est inéluctable, eux aussi reviendront forts.
En a-t-on fini avec la malédiction du centre Mayol, «tueur» de commerces traditionnels?
Pendant longtemps, les destins du centre commercial et du centre étaient liés.C’était une cocotte-minute avec un dialogue déséquilibré. Dans le schéma de l’époque: grande distribution et franchises. Je n’oppose pas les deux modèles mais désormais, Mayol a d’autres chats à fouetter avec la concurrence d’Internet. Qui peut dire quelles seront les habitudes d’achat dans cinq ou dix ans? En revanche, que vient-on chercher dans le centre-ville? Le marché, les petits restos, les services, les écoles, les crèches. Et une occasion de sortir de chez soi.Pas pour consommer à tout prix mais pour acheter ce qu’on ne trouve pas partout ailleurs.
Avez-vous des projets en cours à Toulon?
Nous travaillons en ce moment sur un projet de promenade qui permettrait de faire un tour complet du centre-ville, depuis la place d’Armes jusqu’au-dessus de la préfecture, Les Lices, le cours Lafayette et le port d’où repartirait la boucle. Dans un itinéraire sécurisé, balisé pour les piétons et les vélos.Toujours dans ce même objectif de décorseter le centre.
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