Charlotte Gainsbourg devant la Maison Gainsbourg à Paris le 14 septembre 2023ALAIN JOCARD © 2019 AFP
Le feuilleton judiciaire de la Maison Gainsbourg connaît-il enfin son épilogue? Le 8 janvier 2026, le tribunal des affaires économiques de Paris a rendu sa décision: Philippe Dabi, dirigeant des laboratoires Bioclinic et à la tête d’une fortune estimée à 100 millions d’euros par Challenges, remporte la bataille face à Dominique Dutreix, ancien associé de Charlotte Gainsbourg devenu son adversaire judiciaire. Le lieu culturel dédié à Serge Gainsbourg, son ancien appartement, au 5 bis rue de Verneuil dans le 7e arrondissement de Paris, a ainsi été repris, via sa holding Avoda, pour 850.000 euros, selon L’Informé.
Le tribunal a donc écarté le plan de continuation présenté par Dominique Dutreix ainsi que celui de Charlotte Gainsbourg, déclaré irrecevable, pour privilégier le projet de celui qui se présente comme un « ami » de l’actrice. Ce dernier prévoit la création d’une structure juridique dédiée où Charlotte Gainsbourg détiendrait des parts. Une entité qui remplacerait ensuite la holding Avoda à la tête du musée.
L’entrepreneur justifie cette approche par deux arguments: l’impossibilité de faire vivre le lieu sans l’héritière de Serge Gainsbourg, et la nécessité de préserver le partenariat avec Yves Saint Laurent, reposant justement sur l’aura de Charlotte Gainsbourg. Ce contrat, qui représente 2,9 millions d’euros sur cinq ans et expire en 2027, repose sur la présence de l’ambassadrice de la marque.
Le projet de Maison Gainsbourg, Charlotte le porte depuis l’âge de 19 ans, quand elle a racheté la demeure paternelle en renonçant à une partie des droits d’auteur du chanteur. L’hôtel particulier où l’artiste a vécu pendant 22 ans jusqu’à sa mort en 1991 est resté figé dans le temps. Le musée reconstitue ainsi l’univers du chanteur grâce à des objets personnels.
Complet depuis son ouverture en septembre 2023, le lieu, qui a obtenu le label « Maison des illustres », reconnaissance de son importance patrimoniale, a déjà accueilli plus de 200.000 visiteurs. Mais la structure s’est retrouvée en cessation de paiement en août 2024, soit moins d’un an après son ouverture. Le redressement judiciaire a été prononcé un mois plus tard par le tribunal de commerce de Paris.
Au cœur du conflit se trouve Dominique Dutreix, promoteur immobilier à la tête de la société Coffim. En décembre 2019, Charlotte Gainsbourg et lui signent un accord de partenariat: l’actrice apporte les murs quand l’homme d’affaires fournit les financements et les fonds propres nécessaires au démarrage. Celui-ci devait se rémunérer une fois la société bénéficiaire. Mais cette collaboration ne se passe pas comme prévu.
L’héritière de Serge Gainsbourg dénonce une gestion opaque de la part de son associé, l’accusant d’avoir prélevé des sommes importantes dans la trésorerie. « Il a siphonné la trésorerie de la société au moment où elle avait besoin de se développer », affirme Me Jean Aittouarès, l’avocat de l’actrice auprès des Echos. Ce dernier s’est défendu, par la voix de son avocat Me Alexandre Merveille, déclarant qu’il aurait avancé cette somme avant l’octroi de prêts bancaires. Et qu’il aurait, ainsi, simplement récupéré son dû.
Une justification qui n’a pas convaincu le tribunal de commerce. Dominique Dutreix avait été condamné à verser 1,5 million d’euros – le montant a été revu à la baisse en appel, se chiffrant à 1 million d’euros. Dans le détail, l’homme d’affaires devait rembourser 482.000 euros pour ponctions irrégulières et ajouter 505.000 euros au titre des avances promises dans l’accord de partenariat.
Le promoteur immobilier, déjà condamné à une peine avec sursis dans l’affaire Elf, avait alors formé un pourvoi en cassation. Plusieurs autres procédures opposent encore les deux anciens associés, dont une pour abus de bien social.
La désignation du repreneur a connu de multiples reports. Une audience initialement prévue le 24 septembre 2025 avait été ajournée, le tribunal prolongeant la période d’observation de quatre mois. Une nouvelle échéance en octobre n’avait pas abouti à la nomination d’un gestionnaire.
Philippe Dabi avait d’abord proposé 300.000 euros en septembre avant de porter son offre à 850.000 euros. Son dossier inclut le maintien des contrats avec les prestataires existants, notamment la société Arteum qui gère les aspects culturels du musée.
La reprise englobe également Le Gainsbarre, bar et restaurant situés au 14-16 bis rue de Verneuil, face à la maison historique du 5 bis. Ben Attal, fils aîné de Charlotte Gainsbourg et d’Yvan Attal, a repris en 2025 la gestion de cet établissement anciennement exploité par Paris Society, filiale d’Accor. Des plaintes pour nuisances sonores liées à des soirées tardives avaient, par ailleurs, émaillé cette transition. La mairie du 7e arrondissement a dû rappeler à l’ordre le petit-fils de Serge Gainsbourg.
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