Au XIXe siècle, la Côte d’Azur se métamorphose avec l’essor du tourisme.
Aristocrates, industriels et financiers y font bâtir des résidences spectaculaires, à mesure que le littoral devient un espace de pouvoir, de représentation sociale et d’influence.
Le cap Martin s’habille de villas sophistiquées commandées par les grandes fortunes européennes [lire par ailleurs].
La villa « L’Aiglon », à Roquebrune-Cap-Martin, en est un exemple. Construite en 1891, l’ancienne demeure de Camille Blanc (1847-1927), directeur de la Société des Bains de Mer (SBM) et premier maire de Beausoleil, est en vente depuis quelques années au prix de 29,5 millions d’euros.
Sa famille a bâti sa fortune dans la finance et les maisons de jeux. À Monaco, les frères François et Louis Blanc vont faire du casino un moteur économique inédit pour la Principauté.
Camille est le fils aîné de François. Il prend la tête de la SBM après le décès de Marie Hensel, sa belle-mère.
À la direction des affaires, il poursuit l’œuvre de son père en accompagnant la construction d’établissements emblématiques comme les hôtels de Paris et du Métropole, qui contribuent à asseoir la réputation internationale de Monaco.
Administrateur habile, parfaitement introduit dans le « Tout-Paris » de la Belle Époque, il fréquente les cercles du luxe naissant — automobile, concours hippiques, villégiature hivernale — qui servent aussi de vitrines promotionnelles à ses activités.
La politique l’intrigue. En 1900, il devient maire de La Turbie et contribue à créer la commune de Beausoleil, dont il deviendra le premier maire en 1904.
Son parcours est toutefois marqué par des controverses. Il est accusé de pratiques électorales douteuses et de jeux d’influence dans une commune largement dépendante de la toute-puissante SBM.
Pour ériger sa villa, Camille Blanc fait appel à Henri Schmit, un architecte originaire de Reims adepte de l’éclectisme, qui est aussi directeur général des travaux d’architecte à la SBM.
L’empreinte de Schmit reste modeste à Roquebrune. L’architecte ne réalisera que deux projets situés à quelques mètres l’un de l’autre : la villa « Poulido » en 1890 et la villa « Varavilla » en 1891.
En revanche, il mènera de grands chantiers à Monaco. On lui doit, notamment, l’agrandissement de l’Hôtel de Paris et du Café de Paris en 1897, et la transformation de l’Opéra de Monte-Carlo entre 1897 et 1899.
En 1891, donc, les travaux de construction de la villa « Varavilla » commencent.
À rebours de ses contemporains qui privilégient le cap Martin, Camille Blanc l’érige sur un terrain de plus de 5 000 m2 situé sur le haut du chemin Bon Voyage (l’actuelle avenue Varavilla).
Une route aménagée quelques siècles plus tôt par Antoine Ier, afin d’avoir un accès routier lui permettant de rejoindre son palais princier à Carnolès.
Avec une vue imprenable sur la mer Méditerranée et Monaco. Elle comporte un rez-de-chaussée avec terrasse, deux étages surmontés d’un belvédère formant un troisième étage.
Et est érigée dans un parc planté d’arbres d’agrément, de pelouses et de rochers. Une configuration qui évoluera au fil du XXe siècle.
Aujourd’hui, la propriété s’étend sur un terrain de plus de 2 600 m2 qui abrite une résidence principale avec une surface de 686 m2 répartie sur cinq niveaux, une maison de gardien de 205 m2, une piscine et un grand garage fermé.
Ses vastes salons de réception avec cheminées en marbre, escaliers monumentaux, vitraux, hauteurs sous plafond généreuses, suites hiérarchisées aux étages témoignent des influences de la Belle Époque sur son architecture.
Les archives municipales de Beausoleil et Roquebrune conservent peu de documents évoquant sa construction, ses rénovations ou les événements mondains qui s’y sont déroulés.
On trouve cependant des actes notariés évoquant sa vente en 1924 au profit de Leonid Davidoff, un banquier industriel russe habitant Monaco, pour la somme d’1,5 million de francs.
Une date clé puisqu’en 1925, Camille Blanc se retire de la vie politique pour des raisons de santé. Il meurt en 1927 à Beaulieu-sur-Mer, sans enfant.
Leonid Davidoff gardera la propriété tout au long de sa vie. Après sa mort en 1941, la villa « L’Aiglon » est vendue par ses héritiers à la société cannoise Omnium immobilier méditerranéen pour un montant d’1,2 million de francs.
Son état est assez dégradé. Les architectes estiment le coût de sa rénovation à 500 000 francs.
D’après le site internet de la société immobilière Savills, la propriété sera rachetée par ses propriétaires actuels au début des années 1980. Un vaste projet de rénovation sera engagé pour redonner à la demeure son luxe d’antan.
Aujourd’hui proposée à la vente pour 29,5 millions d’euros par la prestigieuse agence Sotheby’s International Realty, la villa « L’Aiglon » est le témoin silencieux d’un âge où la Riviera s’est construite à la croisée de l’argent, du pouvoir et d’un paysage de carte postale.
Un décor où, d’après Stephen Liegeard(*), « la nature semble avoir tout prévu pour séduire : la mer, la montagne, la lumière et le silence ».
(*) La Côte d’Azur (1887).
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Entre 1880 et 1914, la Belle Époque transforme profondément le paysage urbain de la Riviera. Villas, hôtels et palaces mêlent références classiques, influences italiennes, Art nouveau naissant et innovations techniques (acier, verre, béton).
À Roquebrune-Cap-Martin, plusieurs demeures témoignent de cette période : la Villa Cyrnos, construite pour la princesse Eugénie, veuve de Napoléon III, inscrite au titre des Monuments historiques ; la Villa Saint Tryphon bâtie pour le banquier Albert Kahn ; la Villa Del Mare construite par l’architecte Hans-Georg Tersling pour le compte d’Osborn O’Hagan qui y organisait des concerts ; ou encore L’Éclaircie…
Ces demeures s’arrachent à prix d’or sur le marché de l’ultra-luxe. Au cours du premier semestre 2025, la villa « Cap Rocher » s’est vendue 59 millions d’euros, la villa « Tryphon », située le long de l’avenue Douine, est partie à 44,5 millions d’euros. En 2024, une autre villa du cap Martin,
« L’Éclaircie » avait été achetée par un ancien courtier en douane russe reconverti dans l’immobilier pour la bagatelle de 40,9 millions d’euros. Un héritage architectural dont la valeur n’a cessé de croître.
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Un nom très symbolique
D’après la société Savills, la villa aurait hérité de son nom en référence au cadre majestueux et sa position dominante au-dessus de la Principauté.
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