Comme dans toute la France, les températures sur le thermomètre sont descendues en négatif. En Gironde, un seul gymnase a été réquisitionné pour élargir les hébergements d’urgence sur l’agglomération bordelaise. Billet de Petra Bernus, candidate de Révolution Permanente aux élections de Bordeaux.
Petra Bernus, étudiante infirmière
9 janvier
Crédits photo : France radio
Il a neigé à Bordeaux cette semaine. Mais la magie de la neige s’est vite estompée pour laisser place à une inquiétude bien plus profonde : celle de toutes celles et ceux, toujours plus nombreux, qui dorment dans la rue. En ces moments-là, on mesure cruellement ce que signifie avoir un toit, du chauffage, un lit.
Et pourtant, face à cette urgence, la réponse des institutions est ridicule. Il a fallu que le mercure passe sous zéro pour que la préfecture daigne activer le plan « Grand Froid ». Depuis le 3 janvier, elle annonce l’ouverture d’un gymnase au Grand Parc, offrant 75 lits collés les uns aux autres… il a fermé aujourd’hui – la tempête Goretti de ce vendredi a bon dos.
Une annonce faite en grande pompe, comme s’il s’agissait d’un effort exceptionnel. Mais comment peut-on sérieusement se féliciter d’un tel dispositif, quand la Nuit de la Solidarité recensait déjà plus de 650 personnes sans abri à Bordeaux, un chiffre que les associations de terrain disent largement sous-évalué (en vérité ce serait 2 000 personnes dans le besoin) ?
Si ces températures sont déjà difficiles à vivre, au travail, chez soi, quand on fait des économies sur le chauffage, elles sont invivables dans la rue. Et pour preuve, au moins 7 personnes sont décédées dans la rue depuis le début de la vague de Grand Froid. Au-delà de ces conditions exceptionnelles de météo, personne ne devrait être la rue tout court, et on ne devrait pas attendre que le thermomètre s’emballe pour se préoccuper du logement. Il faut le dire : il est inacceptable qu’il y ait encore des familles et des personnes dans la rue, quand on connaît le nombre de logements vacants dans le centre-ville.
Ce qui choque le plus, c’est l’hypocrisie flagrante des autorités locales. Le maire de Bordeaux reconnaît que l’urgence sociale ne saurait être saisonnière, tout en se félicitant du dispositif actuel. Pourtant, le bilan municipal est loin d’être reluisant : expulsions de familles, évacuations de lieux de vie, mises à la rue menées main dans la main avec la préfecture. À Bordeaux comme dans les communes voisines, des enfants ont été jetés dehors, parfois à quelques jours de la trêve hivernale. On ne peut pas, d’un côté, s’applaudir de l’ouverture temporaire d’un gymnase, et de l’autre, expulser toute l’année des personnes de leur logement. Jusqu’à quand on va supporter de vivre dans une ville où des individus, dont des enfants, dorment dans la rue ?
Les associations — Les Gratuits, La Maraude du Cœur, Les Robins de la Rue, et bien d’autres — dénoncent une situation honteuse dans un communiqué commun. Et elles ont raison. Pendant que des personnes, des familles, parfois avec des enfants, dorment dehors, ce sont 30 000 logements qui sont vacants dans la métropole.
À Bordeaux, ce n’est pas seulement le nombre de personnes contraintes de dormir à la rue qui augmente. Entre 2016 et 2022, le nombre de logements vacants a bondi de 12,5 %, une progression quatre fois plus rapide que la moyenne nationale, selon l’INSEE.
Poursuivons avec les chiffres : en 2022, toujours d’après l’INSEE, 19,3 % des logements sont en situation de suroccupation, c’est-à-dire qu’ils comportent moins de pièces que nécessaire pour les ménages qui y vivent. À l’échelle nationale, cette proportion n’est que de 9,6 %.
Cette situation est une aberration à laquelle il faut mettre fin. Bien sûr, la question de la réquisition des logements vides doit être posée — en premier lieu celle des bâtiments publics, pour lesquels il est tout simplement scandaleux que cela n’ait pas déjà été fait et dont il n’existe même pas une radiographie précise. C’est-à-dire la place qu’occupe le logement dans l’ordre des priorités de la mairie EELV.
Plus encore, c’est la question des expropriations de logements vacants privés qu’il faut assumer clairement. Contrairement à ce qu’affirme le candidat de La France insoumise, Nordine Raymond, il n’y a aucune difficulté à trouver une utilité aux 30 000 logements vacants de la métropole.
Poser la question de la réquisition, s’attaquer à la propriété privée de bailleurs, de spéculateurs ou de marchands de sommeil n’est pas seulement nécessaire pour loger dignement celles et ceux qui en ont besoin : c’est indispensable pour engager une véritable lutte contre la spéculation immobilière.
Aujourd’hui, les spéculateurs rendent Bordeaux invivable. Les prix explosent, les immeubles sont laissés à l’abandon, et il n’est même plus exceptionnel d’entendre parler d’effondrements de bâtiments ou de chutes de pierres sur de grandes avenues piétonnes.
Réquisitionner ne suffira pas, il faut un grand plan d’investissement : qu’ils soient vides ou occupés, les logements doivent être rénovés. Et pour cela, on ne peut pas compter sur des pouvoirs publics ni sur un gouvernement qui gèrent et organisent eux-mêmes la crise du logement. Seul un contrôle exercé par les classes populaires et les travailleurs eux-mêmes, à travers des travaux de rénovation décidés et pilotés par des comités de quartiers et d’habitants, peut apporter une réponse réelle, immédiate et à la hauteur de la crise sociale que nous traversons. En attendant, la lutte pour le droit fondamental qu’est celui d’avoir un toit continue, et visiblement en 2026, il va falloir continuer de se battre pour le faire valoir, malgré les belles promesses de nombre d’institutions de l’État.
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