Espagne – Agence de presse Ekhbary
Le marché immobilier espagnol a réalisé une performance exceptionnelle en 2025, enregistrant plus de 700 000 opérations d’achat-vente de logements. Ce chiffre remarquable représente la meilleure année en 18 ans, rappelant l’activité vigoureuse observée pour la dernière fois en 2007, juste avant l’éclatement de la bulle immobilière. Cependant, ce qui est particulièrement surprenant dans cette reprise, c’est que l’impulsion ne provient pas des grands centres urbains traditionnels à fort volume, mais plutôt des régions de « l’Espagne intérieure », souvent négligées et confrontées historiquement au phénomène de la dépopulation et au sous-investissement.
Les données régionales soulignent clairement ce changement de paradigme. La Castille-et-León, par exemple, a enregistré la plus forte augmentation des ventes de logements, avec une hausse de 18,9 %, ce qui représente plus de 5 800 transactions supplémentaires. Non loin derrière, la Castille-La Manche a connu une augmentation de 17,8 %, soit 5 347 ventes supplémentaires, pour un total de 35 379 logements. La Rioja, bien que son marché global soit plus petit, a progressé de 16,3 % cette année, tout comme l’Estrémadure qui a augmenté de 16,1 % pour atteindre 12 814 transactions. L’Aragon a également contribué à cette tendance avec une hausse de 15,7 %, totalisant 19 036 opérations sur l’ensemble de l’année.
Cette tendance est encore plus accentuée au niveau provincial. Zamora se distingue avec une augmentation impressionnante de 39,4 % des opérations d’achat-vente, atteignant 2 208 transactions, contre 1 584 en 2024. Almería suit avec une hausse de 31 %, et Albacete connaît une croissance de 25,7 % pour atteindre 4 796 ventes. La liste des provinces à forte croissance se poursuit avec Ciudad Real (25,1 %), León (23,8 %) et Ourense (23 %), soulignant une revitalisation généralisée des zones moins densément peuplées.
Fondamentalement, cette résurgence des régions intérieures est souvent liée à des efforts concertés pour repeupler les zones rurales touchées par le phénomène de la « despoblación » (dépopulation). Les collaborations public-privé jouent un rôle crucial à cet égard. À Paredes de Nava, une ville de Palencia, la mairie a activé 45 logements locatifs. Avec le soutien de TuTecho, une société d’investissement immobilier (SOCIMI) spécialisée dans la fourniture de logements aux personnes sans abri, qui a pris en charge 11 unités, il y a un plan ambitieux pour ramener 2 000 nouveaux habitants dans la ville. Cette initiative tire parti de l’immigration et propose des logements à faible coût, démontrant des approches innovantes pour la revitalisation rurale.
Inversement, les grands centres urbains comme l’Andalousie et la Catalogne, bien qu’en croissance, ont enregistré des augmentations plus modestes de 14,7 % et 13,9 % respectivement. La Communauté de Madrid, traditionnellement un moteur économique, a affiché une augmentation étonnamment faible de 4,8 %, ce qui en fait l’une des six seules communautés autonomes à avoir connu une croissance inférieure à la moyenne nationale de 11,5 %. Les experts attribuent le rythme plus lent de Madrid principalement à un grave manque d’offre de logements, ce qui pousse les acheteurs potentiels vers les villes périphériques et exacerbe les listes d’attente.
Malgré la forte demande, les portails immobiliers prévoient une normalisation des volumes d’achat-vente cette année. María Matos, porte-parole de Fotocasa, pointe un déficit important de logements, estimé par la Banque d’Espagne à 700 000 unités, comme un facteur clé de la hausse des prix. Cette tendance, explique-t-elle, « conduira une partie de la demande à reporter sa décision d’achat, même si dans de nombreux cas, les mensualités hypothécaires restent inférieures au coût du loyer ». Francisco Iñareta, porte-parole d’Idealista, est d’accord, observant que l’activité de vente s’est ralentie avant l’été, bien qu’il s’attende à ce que la croissance des opérations se maintienne au début de l’année.
Au-delà des chiffres de ventes immédiats, Ferrant Font, directeur des études chez Pisos.com, souligne le besoin critique de consensus réglementaires stables et de politiques à moyen et long terme pour stimuler la production de logements, couvrant à la fois les marchés locatifs et de vente. Un nombre stupéfiant de 6,9 millions de logements sur près de 10 millions prévus dans les plans urbains restent en suspens, bloqués par des processus administratifs qualifiés d’« interminables » et une incertitude juridique importante pour le secteur de la construction et de la promotion. Cet obstacle n’affecte pas seulement les logements libres, mais diminue également le stock de logements protégés, le rendant moins rentable pour les promoteurs et aggravant la pénurie pour les populations les plus vulnérables. La question demeure de savoir si les Sociétés à Responsabilité Limitée impliquées dans la construction fourniront des garanties pour les dépôts, ou si une répétition de la crise de 2008, où les projets ont été laissés sans valeur, est une préoccupation.
Agence de presse Ekhbary
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