Alors que le tourisme européen a ralenti aux Etats-Unis l’an dernier, les achats de maisons en Espagne par des acquéreurs américains ont quant à eux augmenté en 2025, de l’ordre de 3% en l’espace d’un an. Sur un marché longtemps dominé par les Britanniques et les Européens du Nord, ces acquéreurs venus d’outre-Atlantique ont renforcé leur présence l’an dernier. Et pour cause: cela s’explique en partie, selon les agents immobiliers, par une défiance de ces acheteurs envers les politiques du président Donald Trump, mais aussi par la sécurité qu’offre le marché européen face à l’imprévisibilité géopolitique.
Les acheteurs américains représentaient, l’an dernier, 2% de l’ensemble des achats immobiliers en Espagne, parmi 19% d’acquéreurs étrangers selon les données publiées le 9 avril par le Conseil général des notaires espagnols. C’est plus que selon le Conseil des registraires (ex-conservateurs des hypothèques d’Espagne), qui relevait 13,58% d’acquéreurs étrangers entre janvier et septembre 2025.
Les Britanniques restent le groupe le plus important d’acheteurs étrangers, avec environ 8% du total selon les notaires. Mais leurs achats ont baissé de 16% au cours des six dernières années, contrastant avec le triplement des transactions réalisées par les acheteurs américains au cours de la même période.
Cette vague d’achats américains en Espagne intervient dans un contexte de discorde croissante entre Washington et Madrid sur fond de guerre en Iran. Le président du gouvernement espagnol, le socialiste Pedro Sanchez, est devenu l’un des critiques occidentaux les plus virulents de l’administration Trump, qualifiant d’illégale guerre déclenchée par Washington contre l’Iran le 28 février.
Fin mars, l’Espagne a fermé son espace aérien aux avions américains participant aux frappes contre l’Iran après avoir déjà refusé l’utilisation de ses bases dans le cadre de ce conflit. Donald Trump avait alors déclaré que les Etats-Unis allaient mettre fin à tous leurs échanges commerciaux avec l’Espagne.
Les experts immobiliers ont déclaré que l’Espagne exerçait un attrait particulier auprès des citoyens américains hispanophones d’origine latino-américaine.
Selon le promoteur immobilier GILMAR, les acheteurs américains sont devenus l’année dernière le premier groupe de clients étrangers dans la région très prisée de la Costa del Sol, dans le sud de l’Espagne (entre la pointe de Tarifa et le cap de Gata), dépassant les Britanniques.
La vigueur du dollar a été un autre facteur favorisant les achats américains, et les analystes estiment que la demande sous-jacente devrait être suffisamment forte pour maintenir la tendance à la hausse même si la devise américaine devait s’affaiblir face à l’euro.
L’Espagne reste à ce jour une destination de choix pour les investisseurs étrangers. Ses prix attractifs et sa qualité de vie attirent les acquéreurs dotés d’un apport important. Le segment luxe aussi en bénéficie. Ainsi, selon le cabinet Barnes, Madrid occupe, pour la deuxième année consécutive, la première place comme ville la plus attractive au monde pour les grandes fortunes.
Les prix dans certains quartiers de la capitale espagnole atteignent aujourd’hui les 19.000 euros au mètre carré. Outre Madrid, d’autres destinations gagnent en notoriété, comme Marbella (chez les plus jeunes), Mallorca (destination « quatre saisons ») et Barcelone selon le cabinet.
Mais depuis l’an dernier, le gouvernement propose d’instaurer plusieurs mesures afin de limiter les achats par des résidents étrangers, au nombre de 27.000 en 2023. Parmi elles, il soumet une taxe (non adoptée) pouvant aller jusqu’à 100% pour les non-résidents étrangers hors UE, dans le but de lutter contre la crise du logement et la spéculation immobilière.
« La vieille Europe reprend du dynamisme, notamment en Espagne, en Italie et en France »
Selon Laurent Demeure, président de Coldwell Banker Europa Realty, les marchés européens de l’immobilier « pime » (luxe) voient leur demande augmenter depuis le début du conflit au Moyen-Orient, a-t-il souligné le 18 mars dans l’émission de BFM Business « Les experts de l’immo ».
« Les clients (ayant investis dans les pays du Golfe, ndlr) se posent des questions et sont en train de réimporter leurs actifs sur l’Europe », a-t-il indiqué.
« La destination « terre d’accueil », c’est Monaco. (…) Notre bureau de Dubaï, avec qui nous sommes en connexion permanente, nous envoie un certain nombre de clients qui veulent rééquilibrer leurs investissements en revenant vers la « vieille Europe », dans laquelle des zones se détachent, comme Monaco », explique-t-il.
Alors que Dubaï reposait davantage sur de l’immobilier « spéculatif », l’Europe représente davantage un marché « prudentiel », selon Laurent Demeure.
« Les destinations de sécurité, ce sont d’abord les grandes capitales européennes, et Paris a le leadership là-dessus. L’Espagne, l’Italie et la France sont les zones dans lesquelles les capitaux sont réintroduits, notamment sur de l’immobilier conservateur, de l’immobilier de prime-location, de l’immobilier liquide. C’est par exemple Marbella ou Madrid en Espagne, mais aussi Paris, Cannes ou Saint-Tropez pour la France. Pour l’Italie, c’est Milan ou Forte di Marmi ».
DIRECT. Guerre au Moyen-Orient: l'hommage national à l'adjudant Florian Montorio en cours à Montauban
© Copyright 2006-2026 BFMTV.com. Tous droits réservés. Site édité par NextInteractive