Le porte-avions « Charles de Gaulle » a accosté ce samedi matin à Toulon, au terme de 166 jours de mission. Déployé de l’Atlantique Nord au détroit d’Ormuz face à la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, il ramène près de 2 000 marins.
Les personnels du pont d’envol forment une haie d’honneur aux quatre derniers Rafale catapultés. Ce samedi matin, après cinq mois et demi d’une mission qui l’a conduit de l’Atlantique Nord jusqu’au bord d’un conflit mondial, le « Charles de Gaulle » a accosté à Toulon, son port d’attache, ramenant près de 2 000 marins sur le sol français.
Parti le 27 janvier de Toulon, le fleuron de la Marine nationale devait initialement rentrer fin mai. Mais la géopolitique en a décidé autrement, allongeant la mission de près d’un mois et demi. Le bâtiment avait d’abord participé à l’exercice interallié Orion dans l’Atlantique Nord, mobilisant plus de 12 500 hommes au plus fort des manœuvres, avant de se déployer en mer Baltique dans le cadre d’entraînements liés à la sécurité dans l’Arctique.
Le 3 mars, quatre jours après le déclenchement de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, Emmanuel Macron ordonnait le redéploiement du groupe aéronaval vers la Méditerranée orientale, où Chypre venait d’être visée par des drones iraniens. « Face au débordement de la guerre en Iran et au Liban, au Proche-Orient, il nous a été ordonné de changer de zone de déploiement », relate le capitaine de vaisseau Édouard, sous-chef des opérations du groupe aéronaval. Six mille kilomètres parcourus en six jours, tout en maintenant l’activité des vols.
Le 6 mai, le « Charles de Gaulle » franchissait le canal de Suez pour se repositionner dans le golfe d’Oman, aux portes du détroit d’Ormuz. Le blocage de ce passage stratégique par l’Iran avait paralysé des milliers de tankers et provoqué une flambée mondiale des prix du pétrole et du gaz. Aux côtés du Royaume-Uni en co-leadership, la France a tenu une posture défensive, sans rejoindre les opérations offensives américaines.
« On était parti pour faire acte de présence dans le Grand Nord, on n’avait pas prévu de rentrer dans un conflit », reconnaît l’enseigne de vaisseau Matthieu, pilote de Rafale. Au total, 3 400 appontages et plus de 5 000 heures de vol ont été réalisés, une mission qualifiée d’« extraordinaire au sens propre du terme » par le capitaine de vaisseau Guillin, chef de l’état-major du groupe aéronaval.
Ce déploiement est la deuxième mission la plus longue jamais conduite par le « Charles de Gaulle » depuis son entrée en service il y a 25 ans. « Elle nous a entraînés sur six mers et deux océans dans des conditions climatiques et stratégiques extrêmement différentes », résume le contre-amiral Thibault de Possesse, commandant le groupe aéronaval, pour qui ce déploiement revêt un caractère « exceptionnel ».
Des conditions éprouvantes : « À Djibouti, en mer Rouge, c’est plus de 70 degrés sur le pont d’envol. Lorsqu’on était dans l’Atlantique Nord, on avait -4, de l’eau à -1 degré », détaille le capitaine de vaisseau Thomas Puga, commandant le porte-avions.
C’est la relative détente diplomatique entre Washington et Téhéran, scellée par un mémorandum d’accord signé le 17 juin, qui a ouvert la voie au retour. Le vendredi 3 juillet, Emmanuel Macron annonçait que, compte tenu de « l’évolution favorable » de la situation, le « Charles de Gaulle » « rejoi (gnait) son port d’attache à Toulon ». La France maintient deux chasseurs de mines, deux frégates et un avion de patrouille maritime dans la zone, « prêts à contribuer, avec nos partenaires, à la pleine reprise de la navigation et à garantir la sécurité du trafic dans le détroit d’Ormuz ».
Ce samedi matin sur le quai, les retrouvailles ont eu lieu loin des objectifs des photographes, conformément au souhait des familles. « On est tous contents de rentrer à la maison », lâchait plus tôt dans la matinée le second maître Oriana, 26 ans, chargée de diriger les avions sur le pont d’envol, avant d’ajouter : « Je me suis sentie utile, je me suis engagée pour ça, mais là j’en ai marre. »
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