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"Parisiens friqués" : en achetant leur maison en province, Bruno et Julie ne s'attendaient pas à un accueil aussi glacial Ils pensaient enfin réaliser leur rêve immobilier en devant propriétaires d’une maison de 130 m². Mais dès l’emménagement, le couple a découvert que le prix du logement ne faisait pas tout.
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Bruno et Julie ont quitté la région parisienne il y a cinq ans, lorsque cette dernière est tombée enceinte de son premier enfant. "Nous avions tous les deux envie d'élever nos enfants en dehors de la capitale et d'habiter dans une maison spacieuse, avec un jardin", explique Bruno. En 2019, le couple de cadres met donc son appartement d'environ 50 mètres carrés en vente. "Il est parti en l'espace de deux semaines, au prix de 492 000 euros", se souvient-il. Début 2020, Bruno, cadre administratif dans la fonction publique territoriale, obtient sa mutation à Bordeaux, où résident ses parents et ses frères. "C'était l'époque où les prix des appartements et des maisons explosaient, du fait – entre autres – de la venue des Parisiens suite à la crise sanitaire", raconte-t-il.
Une explication que le couple a entendue à maintes reprises. "Lorsque nous avons réalisé les premières visites de biens, les agents immobiliers nous disaient que les prix étaient devenus hors sol. Ils attribuaient cette hausse au dynamisme de la ville mais aussi à l'afflux de Parisiens ayant un fort pouvoir d'achat comparé aux populations locales. L'un d'eux nous a fait comprendre que les Parisiens n'étaient pas forcément les bienvenus dans la région et que leur intégration dans la vie locale pouvait être difficile. À l'époque, nous avons pris ses paroles à la légère, d'autant que les Bordelais que nous avions jusqu'ici rencontrés étaient conviviaux."
Qu'importe l'anti-parisianisme dont fait écho cet agent immobilier local, le couple poursuit ses recherches de biens et pose ses valises à Pessac – en périphérie de Bordeaux – à la fin de l'année 2020. "Nous avons acheté une maison de 130 mètres carrés au prix de 560 000 euros. C'est une maison ancienne, avec du charme, qui dispose d'un agréable jardin. Par contre, le voisinage est désagréable…", confie Bruno. Dès le jour de son emménagement, le couple fait la connaissance d'un de ses deux voisins les plus proches. "Je me souviens qu'avant même de nous dire bonjour, il nous a interpellé en nous disant 'Alors c'est vous les Parisiens ?'. Le ton était donné", indique-t-il.
Quelques jours après, le couple recroise ce voisin, qui vit dans une maison mitoyenne. "Il nous dit qu'à cause de nous, les locaux ne peuvent plus se loger et qu'ils sont obligés de s'éloigner davantage de Bordeaux. Il prend l'exemple de son fils, qui aurait pu devenir propriétaire à Pessac il y a dix ans, mais plus maintenant", raconte Bruno. Malheureusement pour ce couple de Parisiens, la réaction de ce voisin n'est pas isolée. "Avec nos autres voisins, ce n'est guère mieux. Même si nous faisons des efforts pour sociabiliser avec eux, nous sommes globalement vus d'un mauvais œil. On nous a collé une étiquette de 'Parisiens friqués' sur le front. Un jour, alors que je me plaignais à haute voix de la chaleur écrasante, l'un d'eux m'a proposé de retourner à Paris, en souriant", précise-t-il.
Les remarques désobligeantes des voisins sont devenues moins récurrentes avec le temps. Pour autant, le couple de Parisiens n'entretient toujours pas de bonnes relations de voisinage avec eux. "Nous ne nous rendons aucun service, nous ne nous prêtons aucun matériel, nous n'échangeons aucun mot lorsque nous nous apercevons depuis nos jardins… Au mieux, nous nous disons bonjour. C'est assez éloigné de la vision que j'avais de la vie en province", précise-t-il. Une situation que le couple regrette. "On dit souvent que Paris est une ville anonyme, au sein de laquelle les voisins d'un même immeuble ne se connaissent pas. En réalité, nos relations avec nos voisins étaient bien plus sympathiques lorsque nous habitions dans le 15e arrondissement", confie-t-il. À Pessac, d'autres Parisiens ont, depuis 2020, rejoint la même rue que Bruno et Julie. Ils ont, selon ces derniers, reçu le même accueil, froid. "Avec eux, nous nous entendons bien. Entre 'maudits Parisiens', on se comprend !", conclut le quadragénaire.
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