Ce qui frappe, quand le lourd portail s’ouvre, c’est le sentiment de pénétrer une bulle temporelle. Derrière nous, l’impasse Émile et l’ombre du majestueux massif de la Colle noire. Devant : une bâtisse provençale où le rectangle est la règle ; l’espace et la lumière, un manifeste.
Des lignes d’une grande modernité, La villa l’Artaude, connue aussi sous le nom de villa de Mandrot, a pourtant été construite en 1931 au Pradet. À la baguette : Charles-Edouard Jeanneret, dit Le Corbusier. L’architecte le plus connu du XXe siècle.
« C’est sa seule construction dans le Var », précise Dorone Seror, représentant de l’agence immobilière Architecture de collection. La société a mandat pour vendre ce bien rarissime, niché sur les hauteurs du Pradet.
Montant demandé : 2,35 millions d’euros. Ici, ni piscine à débordement, ni vue mer. Pas de luxe ostentatoire mais une villa de 200 m2 classée monument historique, car dessinée par l’une des figures les plus emblématiques du Mouvement moderne.
L’actuel propriétaire de la villa, un Suisse qui l’a héritée de son père, souhaite se séparer de sa résidence secondaire. La question de l’argent n’est pas sa principale préoccupation, assure Dorone Seror. « Il y a vraiment le souci, pour lui comme pour nous, de la transmission. De trouver un acquéreur qui aura la volonté de faire vivre un patrimoine, et conscience de prendre possession d’un endroit d’exception. » À plus d’un titre.
Rares ont été les villas construites par le penseur visionnaire de l’habitat collectif. Autre spécificité de celle-ci : l’utilisation de moellons ou de pierres du Var en parements, mais aussi l’aménagement d’une sorte de patio à l’avant marquent la volonté de Le Corbusier de s’imprégner de tradition méditerranéenne. De s’ancrer en Provence. Une étrangeté chez ce chantre de l’esthétique universelle.
« On est bien sur un objet unique, une œuvre située », assure Aurélien Vernant, directeur d’Architecture de collection et historien de l’art. « C’est très différent des villas blanches de la “période puriste” de Le Corbusier, qu’il avait conçues sur un modèle et une esthétique industriels. »
La bâtisse n’en respecte pas moins quelques-uns des principes modernistes de l’architecte suisse : le plan libre, les longues fenêtres ou le toit plat. « Elle s’inscrit dans une période transitoire chez Le Corbusier », poursuit Aurélien Vernant. « Plus qu’une maison, c’est une œuvre d’art à vivre et à habiter. Qu’il soit ou non un collectionneur d’architecture, le futur acquéreur achètera un joyau de l’œuvre corbuséenne. »
Il lui faudra tout de même investir aussi entre 350.000 et un million d’euros pour restaurer le lieu, ses aménagements datés et ses huisseries abîmées. Et profiter de ses trois chambres, de cette cheminée en pierre ou de cette curieuse baignoire creusée dans le sol.
Tout en veillant – classement oblige – à respecter les prescriptions de la direction régionale des affaires culturelles. Le prix pour s’insérer « dans un récit historique incarné, qui vous précède et vous dépassera ».
Celui, purement chronologique, de la villa n’est pas banal non plus. Construite à la demande de la comtesse Hélène de Mandrot, une riche mécène, la résidence de vacances a d’abord été jugée inconfortable par sa propriétaire, avant qu’elle ne la cède à sa bonne.
Celle-ci, peu au fait de la chose architecturale, l’avait transformée… en poulailler ! Au passage, deux sculptures de Lipchitz disposées dans le jardin disparurent. Retrouvé dans un état pitoyable dans les années 70, la villa l’Artaude a alors subi une cure de jouvence. En attendant la prochaine.
Vous pouvez le désactiver pour soutenir la rédaction du groupe Nice-Matin qui travaille tous les jours pour vous délivrer une information de qualité et vous raconter l’actualité de la Côte d’Azur
Et nous, on s’engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.
Si vous souhaitez conserver votre Adblock vous pouvez regarder une seule publicité vidéo afin de débloquer l’accès au site lors de votre session

Un cookie pour nous soutenir
Nous avons besoin de vos cookies pour vous offrir une expérience de lecture optimale et vous proposer des publicités personnalisées.
Accepter les cookies, c’est permettre grâce aux revenus complémentaires de soutenir le travail de nos 180 journalistes qui veillent au quotidien à vous offrir une information de qualité et diversifiée. Ainsi, vous pourrez accéder librement au site.
Vous pouvez choisir de refuser les cookies en vous connectant ou en vous abonnant.
Merci de la part de toute notre rédaction 🙏

source

Catégorisé: