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Montbéliard- « Proximité Sochaux, belle opportunité au centre du triangle Strasbourg-Dijon-Berne, ancien site industriel à vendre ». Cette petite annonce, photo aérienne à l’appui, a été mise en ligne le 12 février à 18 h 19 sur le site « leboncoin.fr ».
Forcément, ça surprend. Ça étonne, parce que c’est l’endroit où on s’attend le moins à tomber sur pareil bien à vendre. Dans cette grande foire en ligne où l’on trouve de tout, une baignoire balnéo et les gants de vélo Hello Kitty à 5 €, une station de musculation et un verre à dents en porcelaine de Limoges à 6 €, la vente d’un site industriel sonne un peu comme « cherchez l’intrus ». Ça n’en est pas un. Et c’est du lourd. 57.000 m² de foncier dont 18.000 m² de bâtiments industriels, pas moins. 2.649.500 €, pas plus. Et elle se trouve où cette giga affaire ? À proximité de Sochaux. Illico on pense à PSA Peugeot-Citroën, qui vient tout juste de se séparer de 23 hectares (PSA Nord) dont Pays de Montbéliard agglomération (avec d’autres partenaires) s’est porté acquéreur la semaine dernière.
Sauf qu’il ne s’agit pas du site sochalien sur le cliché. Un infime détail permet de situer le lieu : un bout de piste aérienne. Ça ne peut être que l’aérodrome de Courcelles. Bingo. Le site à vendre est son voisin mais implanté à Arbouans, commune de 1.100 âmes, nichée à deux pas de Montbéliard. Il s’agit de l’ancienne SED (Société Est développement), spécialisée dans la fabrication de pièces métalliques, inoccupée depuis 2009. Le propriétaire est un industriel du Havre.
C’est à ce point de l’histoire que l’affaire se corse. Le maire d’Arbouans Nathalie Hugenschmitt tombait des nues, hier matin, en apprenant que l’usine était mise en vente sur Leboncoin. « Simplement parce que via l’EPF (établissement public foncier), la commune est en négociations avec le propriétaire pour racheter le site. Les négociations portent sur une somme de 1,2 M€, pas le double comme dans l’annonce. Ça n’a pas de sens. Nous attendons les résultats d’une étude liée à la dépollution du site pour poursuivre les négociations, avançons à petits pas, avec beaucoup de prudence. Autant l’enjeu est grand pour le village en raison de l’importance de la réserve foncière, autant ce dossier est sensible ».
Pour le moins. Aux municipales de 2008, il a coûté son fauteuil d’élu au maire sortant. Les 6 hectares avec bâtiments sont à vendre pour 8 M€ par l’industriel du Havre. Le maire d’alors compte acheter le foncier, y construire 500 logements dont « 19 blocs de quatre étages ». Un projet qui effraye les Ours (le nom des habitants d’Arbouans). Ils expriment leur colère via les urnes. Le maire sortant est déboulonné. Du même coup, la reconversion du site industriel capote. Depuis, il est toujours en vente. « L’urbanisation à outrance, personne n’en voulait. A fortiori dans un petit village », se souvient Nathalie Hugenschmitt, opposante au projet, propulsée dans le fauteuil de maire avec 78 % des suffrages. Depuis, une vingtaine d’acheteurs potentiels « au moins » se sont fait connaître. « Avec de beaux projets comme la construction de petites maisons canadiennes », précise le maire. « Aucune vente n’a abouti. Au motif d’un désaccord sur le prix entre le propriétaire et les acheteurs. Et comme par hasard, ce dossier refait surface juste avant les municipales sur un site public de petites annonces ! Extraordinaire. Le propriétaire du Havre est vraiment un joueur… »
Le premier bâtiment date du XIXe siècle. Au fil des décennies et de tranches successives, le site s’est agrandi. En 1914, les bâtiments étaient occupés par un hôpital militaire avant de retrouver leur vocation industrielle. Sous l’enseigne SMA puis SED dans les années 80 avec le rachat du site par un industriel du Havre. Pour le franc symbolique sous réserve de maintenir l’activité pendant au moins 10 ans. En même temps, il sauve une centaine d’emplois. Dix ans plus tard, l’activité périclite. Les bâtiments sont alors loués à Eiffage métallique qui, en 2009, déménage sur le site de PCI le long de l’A36. Depuis, le site d’Arbouans est inoccupé, cherche acquéreur. La commune d’Arbouans souhaiterait l’acheter « à un prix décent » pour l’urbaniser « dans un cadre privilégiant la verdure ».