Le gigantesque incendie, qui fait de la cathédrale de Reims une grande brûlée de l’histoire au début de la Grande Guerre, suscite une indignation universelle.
Le 19 septembre 1914, le bombardement de l’artillerie allemande reprend au lever du jour sur Reims et, vers 15 heures, un obus explose sur l’échafaudage installé sur la tour nord de la cathédrale. Ce qui provoque un sinistre d’une ampleur stupéfiante, visible à des dizaines de kilomètres.
La toiture se transforme en brasier et les gargouilles vomissent du plomb en fusion tandis que les verrières éclatent sous l’intensité de la chaleur. Notre-Dame, l’église des sacres royaux enroulée de fumée et de braises, expire. Depuis Montchenot, Albert Londres, touché au cœur par l’ampleur du désastre, décrit ému ce qu’il voit. « Les panaches gris sales s’élevaient derrière les tours. Le sort de l’œuvre, qui depuis huit siècles émerveille le monde, nous tenaillait l’esprit. » L’effroi est partout : « Tête nue, les femmes montent vers les champs. Elles sauvent leurs fils de la mort. Elles sont en groupe, elles parlent haut. » Et le journaliste de donner le frisson : « Un enfant se contorsionne dans les bras de sa mère. Monsieur ! Ils lui ont donné la danse de saint Guy. »
Une tristesse indéfinissable s’empare des Rémois. Très vite, ils se redressent, s’emploient à préserver ce qui reste de cathédrale et ne pensent plus qu’à la relever.
Sur tous les continents, la presse s’empare du drame pour mieux montrer du doigt une Allemagne en guerre aux pratiques barbares. Le ministre des Affaires étrangères, Théophile Delcassé, a donné le ton : « Le gouvernement de la République a le devoir de dénoncer à l’indignation universelle cet acte révoltant de vandalisme qui, en livrant aux flammes un sanctuaire de notre histoire, dérobe à l’humanité une parcelle incomparable de son patrimoine artistique . »
Adrien Mithouart, président du conseil municipal de Paris, est auprès des Rémois et déclare : « L’acte sauvage a été accompli sans raisons militaires avec l’acharnement dans toute la bêtise de la haine. »
“Les Allemands se sont couverts d’une infamie immortelle ”
Le New York Herald fulmine : « Les sauvages continuent leurs dévastations imbéciles. » Le Daily Telegraph s’indigne : « C’est un acte allemand. Il n’y a plus rien à dire. » La Stampa avertit : « Le monde civilisé en souffrira comme d’un inconcevable délit. » La Presse relève : « Le kaiser a défié le monde. Il a défié Dieu dont il ne pourra plus jamais se recommander. » Anatole France conclut : « Ils se sont ainsi couverts d’une infamie immortelle et le nom allemand est devenu exécrable à tout l’univers. »
C’est promis, Notre-Dame ne restera pas un champ de ruines. Dès 1921, la restauration des voûtes et des fenêtres hautes est entamée. En 1927 et 1928, des travaux sont opérés sur la pile sud-est de l’arc triomphal déstabilisé. C’est grâce à l’injection massive de ciment comprimé que les médecins de la pierre parviennent à leurs fins.
À partir de 1930, on repose des verrières. Le 18 octobre 1937, il est temps de consacrer l’édifice presque retrouvé. Max Sainsaulieu, architecte honoraire des monuments historiques, prévient : « La restauration n’est pas terminée. » Il en appelle aux générations futures.
C’est pour célébrer la cathédrale ressuscitée que les Rémois se retrouvent sur son parvis pour les 8 et 9 juillet 1938. Ils fêtent la guérison du sanctuaire. L’archevêque, le cardinal Suhard, s’adresse au président de la République Albert Lebrun : « Nous croyons que le chef de l’État porte en lui-même le cœur de la France. Les deuils de la patrie sont tout d’abord ses deuils. Les joies de la patrie sont ses joies. Devant la cathédrale incendiée, le président Poincaré s’inclina. Fidèle à la tradition nationale, vous voulez aujourd’hui saluer le triomphe de la résurrection. La France entière vous applaudit. »
Notre-Dame de Reims n’est pas simplement la cathédrale du sacre des rois de France. Elle est aussi une vitrine des douleurs et des bonheurs qui ont ponctué la marche du temps. On y célèbre la fin de la Grande Guerre, la libération de Reims, la reddition nazie en 1945 mais elle est aussi un symbole de conversion avec la démarche du peintre Tsugouharu Foujita et de son épouse Kymio qui y sont baptisés le 14 octobre 1959.
Le 8 juillet 1962, c’est la réconciliation franco-allemande symbolisée par le général De Gaulle, président de la République et le chancelier allemand Konrad Adenauer, devant l’archevêque de Reims, Mgr François Marty, qui déclare : « La cathédrale de Reims vous accueille avec le sourire de son ange qui, par une attention de la Providence, a bravé toutes les destructions. » Le 22 septembre 1996, le pape Jean-Paul II se rend à Notre-Dame pour un temps pastoral alors qu’il est venu à Reims pour le XVe centenaire du baptême de Clovis et a présidé une messe devant 200 000 fidèles sur la BA 112 commandant Edmond-Marin-la-Meslée.
Le 28 juin 2004 le lieutenant canadien William Stuart Gerard, pilote d’un bombardier Halifax de la RAF et le lieutenant Frederik Kisker, pilote de chasse de la Luftwaffe qui se sont autodétruits au nord-est de Reims dans la nuit du 28 au 29 juin 1944, s’y réconcilient.
Le 8 juillet 2012, le président François Hollande et la chancelière Angela Merkel y célèbrent le cinquantième anniversaire de la réconciliation franco-allemande.
19 septembre 1914 : touchée par l’artillerie ennemie, Notre-Dame de Reims s’embrase, est défigurée et dévastée.
26 mai 1937 : le ministre de l’Instruction publique remet les clés de la cathédrale qui n’est que partiellement rendue aux cultes.
8 et 9 juillet 1938 : les Rémois célèbrent, en présence du président de la République, Albert Lebrun, la réouverture de tout le sanctuaire, point d’orgue de sa restauration.
8 juillet 1962 : Charles de Gaulle et Konrad Adenauer y scellent la réconciliation franco-allemande.
22 septembre 1996 : Jean-Paul II s’y exprime lors du XVe centenaire du baptême de Clovis.
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