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«On est une famille qui souffre. Cette escroquerie, on l’a vécue comme un viol. On a même invité le prévenu à prendre un café chez nous. Cette voiture (une Mercedes GLA vendue 28 900 €), c’était la consécration de 20 ans d’économies. On n’est pas des gens riches. Vous n’avez aucune empathie, c’est une honte ! »
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La voix cassée par l’émotion, cette quinquagénaire du Havre venue témoigner hier sans avocat à la barre du tribunal d’Angoulême, a gonflé la longue liste des victimes d’escrocs qui opéraient en bande, à travers toute la France, entre 2018 et 2019, d’Angoulême à Paris en passant par Dax ou Pau. Leur spécialité : les grosses voitures, de type SUV et de marque allemande, traquées sur Le Boncoin.
À la barre, trois prévenus, deux hommes de 30 ans, l’un détenu, au casier judiciaire conséquent, l’autre sous contrôle judiciaire, et une infirmière de 26 ans, l’épouse du premier. Pour donner un résumé « digeste », le président s’est concentré sur le mode opératoire particulièrement bien huilé des prévenus. Plus que sur le détail chronologique de 25 procédures, qui concernent autant de voitures de luxe vendues par leurs propriétaires entre 25 000 et 30 000€, et revendues, entre 6 000 et 8 000 € par les prévenus.
L’organisateur présumé, né dans le Val d’Oise, d’origine malienne, achetait le lundi un téléphone prépayé pour ne pas laisser de trace. C’est avec celui-ci qu’il appelait les futures victimes, vendeuses de véhicules « qui s’écoulent facilement sur le territoire africain ». Sur le terrain, au contact, c’est son copain d’enfance, sachant parler l’arabe et « qui présentait bien », qui prenait le relais sous de fausses identités qui mettaient en confiance. Tantôt Nicolas Clovis, Henri Farinier ou Benoît Ratelet, avec « un look de commercial affable, sans jamais discuter du prix ».
Les rendez-vous avaient lieu dans des gares, le samedi pour que la transaction avec un faux chèque ne soit pas décelée de suite. « Un processus poussé loin dans la rapidité puisque les véhicules étaient convoyés au Maroc dans les 48 heures suivant leur acquisition », a souligné Élise Bozzolo, procureure. Grâce à leur GPS, plusieurs de ces véhicules ont pu être localisés, mais pas rétrocédés, car saisis dans le cadre de trafics de stupéfiants. Une organisation en réseau, selon la procureure « avec des gens au-dessus d’eux, des faussaires, des petits du quartier, qui les accompagnaient parfois ».
De quoi requérir à l’encontre des deux prévenus les plus impliqués des peines de prison ferme (5 ans pour « l’organisateur » en état de récidive et 15 000 € d’amende et 4 ans avec mandat de dépôt pour le vendeur de terrain et « transporteur »), ainsi que 6 mois de sursis pour l’épouse entraînée « par amour » à participer à quatre « ventes », ne comprenant, a-t-elle soutenu à la barre, qu’à la troisième leur caractère douteux.
Les victimes, représentées par une dizaine d’avocats ou venues seules, avaient souscrit pour la plupart des locations avec option d’achat qu’elles n’avaient pas fini de payer. Leurs avocats ont décrit les dépressions, lourds préjudices financiers et profond désarroi engendré, s’étonnant de la « désinvolture » des prévenus, qui ont attendu la fin du procès pour exprimer un peu plus distinctement leur « honte » face aux victimes en souffrance.