Ce 24 novembre 2025, une affaire d’escroquerie a été débattue pendant plus de cinq heures au tribunal judiciaire de Soissons. Deux infirmières libérales étaient suspectées d’avoir escroqué la caisse primaire d’assurance maladie de l’Aisne (CPAM) à Soissons du 19 novembre 2012 au 2 octobre 2015. Une affaire, plusieurs fois reportée, qui date de plus de 10 ans. Pour cette histoire, deux versions s’opposent.
D’abord, celle de la CPAM, qui a mené une enquête sur ces deux infirmières. Il est reproché à la première prévenue, 75 ans, actuellement atteinte d’un cancer et en Ehpad, d’avoir escroqué la CPAM via des actes surfacturés ou actes facturés alors que jamais réalisés. « Elle avait vraisemblablement moins de patients que la moyenne des autres infirmières, mais tarifait deux fois plus », souligne l’un des juges. Le préjudice global serait de 328 000 euros.
Il est à peu de chose près reproché la même chose à la deuxième prévenue, 51 ans. Le préjudice global monte à 58 000 euros pour elle, car réalisé sur une plage plus courte. Cette dernière ne reconnaît pas les faits qui lui sont reprochés. Elle dit connaître la première prévenue car elle a travaillé avec elle de janvier 2013 à février 2015. « J’étais sa remplaçante. Il n’y avait pas de contrat entre nous. Je la remplaçais entre 10 et 15 jours par mois. Elle plaçait les rendez-vous et s’occupait de la tarification », explique celle qui dit ne pas savoir de combien de personnes elle s’occupait par jour. Selon la CPAM, on parle d’une vingtaine de patients par jour et certaines tarifications étaient réalisées un an après, par la première prévenue. La CPAM parle d’une moyenne de 809 euros par patient et par an, contre une moyenne autour de 400 pour les autres infirmiers.
À partir de 2015, la deuxième prévenue est à son compte. « Je prenais plus de toilettes, je venais de démarrer donc je prenais tout le monde. Je ne comprends pas le problème d’avoir beaucoup de patients, une vingtaine entre 6 et 20 heures. Je ne vois pas où est le mal », dit la femme au bord des larmes. Sur l’année 2015, elle a réalisé 3 262 factures, deux fois plus que la moyenne de ses collègues.
Un client, interrogé par la CPAM, parle de petits pansements facturés comme de gros pansements et tarifés tous les jours alors qu’elle ne venait que tous les deux jours. « Je le voyais tous les jours. Il avait un cancer, je l’aidais dans son traitement », assure-t-elle. Entendue par la police le 14 décembre 2022, elle avait reconnu avoir surfacturé. « J’étais en état de sidération, j’aurai pu avouer un meurtre que je n’ai pas réalisé », explique-t-elle aux juges.
« Ma vie s’est arrêtée. Depuis cette affaire, j’ai changé ma manière d’aborder les patients. Je prends des photos de tout, je justifie tout. Cette plainte m’a fait douter de mon travail et de moi. Cette procédure fait que je veux m’arrêter. Je n’ai plus envie de prendre soin de l’autre. Je ne suis pas une escroc », affirme la quinquagénaire. La CPAM lui demande 10 000 euros de préjudice.
« C’est une manœuvre frauduleuse. Les faits paraissent caractérisés. Les arguments amenés par les prévenues ne permettent pas de renverser la version de l’accusation », affirme le substitut du procureur qui demande une peine d’amende de 20 000 euros pour la première prévenue et de 10 000 pour la deuxième.
L’avocat de cette deuxième prévenue plaide la relaxe et assure que « les escrocs sont du côté de la CPAM ». « Rendez-lui sa dignité, celle que l’enquête lui a volée. Cette femme est brisée. Aucun acte d’enquête n’a été diligenté dans ce dossier. Le ministère public a décidé de faire cause commune avec la CPAM », assure-t-il. L’avocat de la première prévenue demande que la CPAM soit sanctionnée. La décision sera rendue le 26 janvier 2026.
© Rossel & Cie – 2026
Conditions générales d’utilisation – Conditions générales de vente – Politique de cookies – Politique de Protection Vie privée – Mention légales – Gérer les cookies – Gérer Utiq