Bertrand Malquier vient d'être élu maire de Narbonne avec 59,16 % des voix dans une triangulaire de second tour. Il nous a accordé un entretien pour évoquer son élection, le pont des Marchands, Nouveau Narbonne, le futur complexe sportif, l'insécurité et bien évidemment le Racing…
Publié le 2 avril 2026 à 15h45 · Modifié le 3 avril 2026 à 07h11
On sort d’une séquence électorale qui vous a plutôt été favorable. Qu’en retenez-vous ? La voix manquante au premier tour ? Le taux d’abstention au second ? Le score du RN ? Celui de la gauche ? Les plus de 12 000 suffrages sur votre nom ?
La voix manquante, c’est anecdotique. Ce que je retiens, c’est le score du premier tour. Dans un contexte avec six listes, on arrive à réunir un électeur sur deux. C’est la confirmation que notre projet d’avenir convient à une majorité des électeurs. Manquer l’élection au premier tour pour une voix me va bien finalement. Cela a offert une médiatisation qui n’est pas pour me déplaire. L’essentiel, c’est qu’on parle de Narbonne. Et pour autre chose que des incendies, des inondations ou des problématiques du quotidien. Parler de Narbonne, participer à l’attractivité dans une période où on commence à réserver ses vacances de Pâques et d’été, c’est très bien. J’ai toujours cette logique commerçante quand je parle de ma ville, j’essaie de la vendre au mieux.
Bertrand Malquier a revêtu l’écharpe de maire de Narbonne
C’est d’ailleurs une critique que vous adressent régulièrement vos adversaires : être professionnel de l’immobilier et maire de la ville en même temps…
La critique pourrait exister si je servais mes intérêts. La société familiale que j’ai présidée, et je dois parler au passé, effectue environ 5% de son chiffre d’affaires sur Narbonne. Et 95% à l’extérieur, dont 50% dans l’Hérault et 30% dans les Pyrénées-Orientales. Il n’y a pas de conflit d’intérêt. Surtout que je suis administrateur de biens. Mon métier, ce n’est pas la vente de maisons. Je ne suis ni dans le négoce ni dans la promotion immobilière.
« J’ai voulu aller chercher des compétences là où j’avais identifié des points de faiblesse »
Pour la première fois, c’est vous seul qui avez constitué la liste Nouveau Narbonne 2026… C’est un exercice qui vous a plu ?
Non. C’est un exercice que j’ai trouvé difficile. J’ai voulu renouveler l’équipe pour aller chercher des compétences là où, sur mes trois premières années de maire, j’avais identifié des points de faiblesse, des endroits où il fallait nous améliorer. En fonction des candidatures que j’ai reçues, j’ai arbitré. J’ai reçu 304 profils, je les ai tous rencontrés. Soit par échange téléphonique, soit physiquement.
L’exercice a été difficile. J’ai consacré le mois de décembre à recevoir des personnes que je n’allais pas renouveler. Il faut faire la part des choses entre le côté amical d’une relation, parfois complice même, et l’intérêt de la ville, l’intérêt général. Alors il a fallu dire à certains « ton expertise n’est pas suffisante » ou « ton investissement ne correspond pas à ce que j’attends ». Sur le mois de décembre, j’ai eu des moments difficiles moralement.
« Pour la première fois dans l’histoire de Nouveau Narbonne, aucun ancien colistier ne s’est engagé sur une autre liste
Mais globalement tout le monde l’a bien accepté puisque je constate que pour la première fois dans l’histoire de Nouveau Narbonne, aucun ancien colistier ne s’est engagé sur une autre liste.
Qu’est-ce que cette nouvelle équipe a en plus et qui manquait à la précédente majorité ?
Je donne un exemple. Depuis le tragique décès du docteur Jean-Pierre Courrèges, j’avais repris, avec Jean-Paul César, la compétence sur la prévention de la santé, l’accès aux soins… on a galéré tous les deux à comprendre les rouages, les mécanismes. J’avais besoin d’aller chercher des médecins, de trouver des personnes dans le domaine du médical qui puissent apporter cette relation directe avec les personnels soignants, avec l’hôpital public, la clinique privée. Et de suite, quand ces profils sont entrés dans la campagne, j’ai vu, qu’ils percutaient rapidement, ils ont des idées, ils relancent leur carnet de camaraderie…
« Le maire est responsable de tout mais n’a les pouvoirs de rien »
La campagne de 1971 n’est pas la campagne de 1995 qui n’est pas la campagne de 2026. Aujourd’hui, il faut apporter des réponses sur l’accès aux soins ou le vieillissement des populations. Sur la sécurité aussi qui est plus difficilement palpable, parce qu’il y a un problème d’insécurité, de société qui déraille, qui ne va pas. Il faut taper du poing. Mais il y a aussi une exagération. Quand on voit certains villages où il ne s’est jamais rien passé et où le premier score est celui du Rassemblement national, cela ne correspond pas à une réalité, c’est une perception qui est souvent déformée par une vision médiatique nationale.
Vous parlez de la sécurité. C’est un sujet à Narbonne ? Est-ce que Narbonne est une ville sûre ? Est-ce que Narbonne 2026 est plus sûre que Narbonne 2020 ?
La réalité, c’est qu’on a d’excellents résultats. On a de meilleurs résultats que Perpignan, Carcassonne ou Béziers. C’est lié aux anticipations. Tout ce qu’on a fait jusqu’à présent, c’est parce qu’on a accéléré le recrutement et la présence de policiers municipaux sur le terrain.
Il faut anticiper la mauvaise évolution de la société, qui est une réalité. Je sors à l’instant (mercredi 1er avril, NDLR) d’un groupement local de traitement de la délinquance (GLTD), avec le procureur de la République et différents intervenants. Ce matin, il y a eu un démantèlement d’un point de trafic de stupéfiants. Un kilo de cocaïne saisie, 10 000 € de numéraire, cinq personnes interpellées et placées en garde à vue.
Ces coups de filet se succèdent mais le problème c’est le consommateur. Il n’y a jamais eu autant de consommateurs de cocaïne ou de produits stupéfiants. Tout cela nuit à la pacification de l’espace public, et donc notre objectif c’est de harceler par la présence policière et casser le trafic.
« Ça ne m’intéresse pas de faire du buzz, sans suite derrière »
Est-ce qu’il faut une police municipale anti-stups à Narbonne ?
Ça ne m’intéresse pas de faire du buzz, sans suite derrière. Aujourd’hui, la réalité, c’est que le maire est responsable de tout, mais n’a les pouvoirs de rien. La loi va évoluer, dans les prochains jours, on va pouvoir dresser des amendes forfaitaires délictuelles, AFD, à 500 € dans le cadre de la loi narcotrafic. On va dissuader un peu le consommateur. Quand il va prendre 500 balles, une fois, deux fois… Il comprendra.
Mais surtout, ce qui fonctionne, c’est le partenariat. C’est travailler avec le parquet, avec la police nationale, avec la gendarmerie, avec la Caisse d’allocations familiales. Appuyer sur les sanctions. Et c’est ce travail qu’on a maillé à Narbonne depuis trois ans.
La sécurité, ce n’est pas de la com’, c’est vraiment un travail de fond au quotidien.
Sur le sujet tranquillité publique, vous avez dressé un premier bilan de l’arrêté anti-trottinette ?
Il est déjà visuel. Ça soulage. Les bons utilisateurs ont très bien compris qu’ils pouvaient marcher à côté de leur trottinette sans difficulté. Les trottinettes servaient aussi pour alimenter, entre Cité et Bourg, un trafic de stupéfiants. Là aussi, on dissuade.
Et depuis qu’on a pris cet arrêté – qui est appliqué parce que derrière il faut contrôler, verbaliser – on n’a plus de piétons renversés, on a moins d’accidents et on a surtout moins de « bombes » qui traversent l’hypercentre pour aller d’un point à l’autre.
Pont des Marchands : « Nous passons aux expropriations. J’ai écrit aux propriétaires la semaine dernière. »
Restons sur l’hypercentre, où en est le dossier pont des Marchands ?
Le pont des Marchands est en péril et l’imbrication des immeubles oblige à mener le chantier d’un bloc. La seule solution, c’est que nous rachetions les immeubles pour que la puissance publique pilote les travaux. Il y avait deux phases sur ce dossier. La phase amiable, avec des négociations de gré à gré pour acheter les immeubles en fonction de l’évaluation des prix des Domaines. La majorité des propriétaires a accepté et une minorité a refusé. On est entré alors avec eux dans une seconde phase, la déclaration d’utilité publique (DUP) justifiant la nécessité de coordonner l’action de rénovation par la puissance publique et le rachat se fait alors à l’euro symbolique.
À Narbonne, une nouvelle étape décisive pour le sauvetage du pont des Marchands
La DUP a été signée par le préfet le 9 mars. Nous passons donc aux expropriations. J’ai écrit aux propriétaires la semaine dernière. Ils ont tous reçu le courrier. S’ils font des référés, ils seront sûrement examinés début juin, au plus tard. On sera donc rapidement propriétaire du pont des Marchands et on pourra lancer les travaux et habiller nos façades pour les rendre plus esthétiques et que la zone de chalandise ne soit pas une zone morte. On va travailler au fur et à mesure des saisons pendant tout le temps des travaux. On va créer des animations pour que le drain circulatoire soit permanent.
Comprenez-vous la réticence de certains propriétaires à céder leur bien ?
On ne fait que suivre un protocole légal. Ce n’est pas moi qui fais l’estimation. Ce sont les Domaines. France Domaine nous laisse une toute petite marge de manœuvre. Je ne suis pas là pour donner mon avis personnel. Je suis là pour défendre l’intérêt général. Le pont des Marchands, ce n’est pas qu’un simple pont habité, c’est un drain qui inonde les deux parties de l’hypercentre, côté Cité et côté Bourg.
On aménage les façades pour cacher la nuisance des travaux et se servir de cette difficulté, de ce mauvais épisode, pour en faire une plus-value pour la suite, pour Narbonne, pour les 100 prochaines années. Moi, je vois le pont des Marchands, demain, comme un complément des Halles, comme un lieu d’attractivité, avec des façades rénovées, colorées, une mise en valeur par un son et lumière, un lieu qui sera visité. Et non plus comme quelque chose que l’on subit depuis 20 ans par des dégradations successives et des mises en danger de la vie d’autrui.
« Un nouveau lieu d’art et d’exposition »
Pour rester sur l’urbanisme qui se dégrade, quel devenir désormais pour le Palais du travail ?
Le sujet, je l’ai posé pendant la campagne. La solution où le levier de subventions serait le plus important, c’est d’en faire un lieu culturel. Ça s’appelle le Palais des sports, des arts et du travail. De l’art, il n’y en a plus. À part des expositions sporadiques. On a questionné dans le programme : pourquoi ne pas faire comme la reconversion de la piscine de Roubaix, un nouveau lieu d’art et d’exposition qui entrerait dans le maillage art déco de l’hypercentre avec la sous-préfecture, le tribunal de commerce, et en faire un lieu d’exposition permanent.
N’aurait-il pas fallu prévoir une solution d’un palais des sports plus moderne bien avant de devoir fermer la piscine du Palais de travail puisque ce vieillissement de la structure était connu depuis très longtemps ?
Le problème, c’est qu’on écrit avec les réalités budgétaires qui sont les nôtres au moment donné. On a une réalité qui est différente aujourd’hui avec une augmentation de la population, on a des consommateurs de loisirs qui arrivent à Narbonne de l’extérieur et on n’a pas assez de salles, on n’a pas assez de piscines, de gymnases, etc. Aujourd’hui, débuter des travaux importants sur le Palais du travail, c’est condamner un gymnase, une salle des fêtes et une piscine. On va donc lancer la construction, avec l’Agglomération, sur la zone Est d’un nouveau complexe. Sans ça, on ne peut rien faire nulle part. Je suis le plus jeune des maires, mais je suis l’héritier de cet état de fait.
Pourquoi avoir choisi la zone Est pour ce nouveau palais des sports ?
Parce qu’il y a des accès simples avec la nouvelle rocade et avec l’échangeur autoroutier. Et on a une facilité de stationnement parce qu’on a la mutualisation du nouvel EcoParK, 895 places de stationnement à venir. On a aussi un foncier un peu plus libre.
N’y a-t-il pas un risque de décentrer l’activité culturelle, sportive, commerciale de la ville de Narbonne sur cette partie-là aux dépens du centre-ville ?
À Narbonne, quand Maître Hubert Mouly est devenu maire en 1971, il y avait 38 000 habitants. Il y en a presque le double aujourd’hui. Et il y a deux ou trois fois plus de voitures et de personnes qui sont dépendantes de la centralité. Narbonne, c’est aussi une ville qui accueille plusieurs millions de visiteurs chaque année.
Tout ce monde converge vers le centre-ville qui est saturé. Donc il ne faut plus penser la ville avec une hyper-centralité mais comprendre que la mobilité c’est aujourd’hui la Citadine notamment (navette électrique gratuite, NDLR) et le transport interurbain. La Citadine, demain, elle ira jusqu’à l’Arena : le 4 juillet 2026. On ne sera plus qu’à 50 mètres de ce nouveau complexe. Cette navette est belle, agréable et gratuite et elle évite de surcharger le trafic automobile.
Le Palais du travail, c’est vrai, on peut y venir à pied… quand on habite le centre-ville. Mais ce n’est pas la réalité de tout le monde. Et les gens vont essentiellement à la piscine le soir, ce n’est pas des activités qui permettent le maintien du commerce du centre-ville. Quand on sort de la piscine à 20 h, on ne va pas faire du lèche-vitrine. Je préfère maintenir le service des passeports et des cartes d’identité en hyper-centre parce qu’avec cette activité, les gens font vivre le commerce.
« La place de Narbonne, c’est en ProD2 »
Pour rester sur le sport, vous avez la volonté de donner de l’autonomie au Racing club narbonnais… Qu’est-ce que cela signifie ?
Très simplement, aujourd’hui, la Racing est un club dépendant d’une poignée d’actionnaires et des subventions publiques. Pour beaucoup de ces actionnaires, ils investissent à fonds perdus. Par passion. Cette dépendance fait que, par définition, il n’y a rien de durable. Unilatéralement, un actionnaire peut dire « J’arrête ». Ce qui mettrait en difficulté le club. L’idée, c’est que chaque fonds investi puisse permettre de construire et de capitaliser. Ce qu’on cherche, c’est placer des actifs dans la société, dans la SASP.
Ce n’est pas à nous de créer les actifs, c’est aux actionnaires. Nous, on est là pour leur en faciliter l’accès. Donc demain, on va pouvoir leur vendre des terrains qu’on va déclasser des domaines publics pour permettre à ces actionnaires de construire une clinique du sport, de créer des hébergements pour les joueurs. Mais on n’a rien inventé. C’est ce même modèle que l’on retrouve au Stade toulousain, qu’on duplique à une échelle dix fois moins importante. C’est le virage de la professionnalisation.
« La montée ne se joue pas que sur le plan sportif, elle doit être financière aussi »
Quelle est la place de Narbonne aujourd’hui dans le rugby français ?
Elle n’est pas loin de là où on est, c’est la ProD2.
La ProD2 pour faire comme Carcassonne, l’ascenseur ?
Carcassonne n’avait pas le gabarit financier pour accéder à la ProD2. On est dans l’ère du professionnalisme. C’est fini l’époque où avec deux individualités tu réussissais une saison. Donc, malheureusement, la montée ne se joue pas que sur le plan sportif, elle doit être financière autant que sportive. Et quand on n’est pas équipé sur les deux registres, ça ne marche pas.
Narbonne a réussi à se structurer autour de ce pool d’actionnaires. Et avec l’apport de 1,7 ou 1,8 M€ de droits télé en cas de montée en ProD2, on peut déjà construire un budget plus compétitif que celui de Carcassonne. Donc la place de Narbonne, c’est en ProD2. Et, encore une fois, on a aujourd’hui les actionnaires qui vont permettre de stabiliser ce club par une nouvelle assise financière, en contrepartie de la création des actifs.
« Mon seul moteur, c’est Narbonne »
La place du Racing dans le rugby national, c’est en ProD2, celle de Bertrand Malquier au niveau de la politique nationale ?
Ah non, non ! Moi je n’ai aucune ambition de politique nationale. Je n’ai ni ambition départementale, ni régionale, ni nationale. Je ne supporte pas du tout les politiques. Ça ne m’intéresse pas.
Et si on tourne la question différemment, est-ce qu’un Bertrand Malquier avec des responsabilités nationales ne pourrait pas apporter plus à Narbonne ?
Je ne le pense pas. Telle qu’elle est faite aujourd’hui, la politique ne me plaît pas. Quand j’étais plus jeune, je pouvais être entraîné, porté par des personnalités, par des charismes, mais j’ai été très déçu par la façon d’exercer le pouvoir. Manque de courage politique, manque de connexion avec les réalités du terrain. Les ors de la République sont néfastes et déconnectent le politique, quel qu’il soit, quel que soit son milieu, quelle que soit son origine, quelle que soit sa construction personnelle.
Mon seul moteur, c’est Narbonne. J’ai un amour viscéral pour mon territoire, j’ai du mal à partir. Quand je m’en vais, trois jours, ça me manque. J’adore être chez moi. J’adore être à Narbonne, sur les Barques. J’adore mon quotidien, mon café, aller dans les halles, parler avec mes copains, aller voir le rugby, ma famille. Et je sais que si j’avais fait un autre choix de vie, j’aurais perdu tout ça.
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Bertrand Malquier vient d'être élu maire de Narbonne avec 59,16 % des voix dans une triangulaire de second tour. Il nous a accordé un entretien pour évoquer son élection, le pont des Marchands, Nouveau Narbonne, le futur complexe sportif, l'insécurité et bien évidemment le Racing…
Publié le 2 avril 2026 à 15h45 · Modifié le 3 avril 2026 à 07h11
On sort d’une séquence électorale qui vous a plutôt été favorable. Qu’en retenez-vous ? La voix manquante au premier tour ? Le taux d’abstention au second ? Le score du RN ? Celui de la gauche ? Les plus de 12 000 suffrages sur votre nom ?
La voix manquante, c’est anecdotique. Ce que je retiens, c’est le score du premier tour. Dans un contexte avec six listes, on arrive à réunir un électeur sur deux. C’est la confirmation que notre projet d’avenir convient à une majorité des électeurs. Manquer l’élection au premier tour pour une voix me va bien finalement. Cela a offert une médiatisation qui n’est pas pour me déplaire. L’essentiel, c’est qu’on parle de Narbonne. Et pour autre chose que des incendies, des inondations ou des problématiques du quotidien. Parler de Narbonne, participer à l’attractivité dans une période où on commence à réserver ses vacances de Pâques et d’été, c’est très bien. J’ai toujours cette logique commerçante quand je parle de ma ville, j’essaie de la vendre au mieux.
Bertrand Malquier a revêtu l’écharpe de maire de Narbonne
C’est d’ailleurs une critique que vous adressent régulièrement vos adversaires : être professionnel de l’immobilier et maire de la ville en même temps…
La critique pourrait exister si je servais mes intérêts. La société familiale que j’ai présidée, et je dois parler au passé, effectue environ 5% de son chiffre d’affaires sur Narbonne. Et 95% à l’extérieur, dont 50% dans l’Hérault et 30% dans les Pyrénées-Orientales. Il n’y a pas de conflit d’intérêt. Surtout que je suis administrateur de biens. Mon métier, ce n’est pas la vente de maisons. Je ne suis ni dans le négoce ni dans la promotion immobilière.
« J’ai voulu aller chercher des compétences là où j’avais identifié des points de faiblesse »
Pour la première fois, c’est vous seul qui avez constitué la liste Nouveau Narbonne 2026… C’est un exercice qui vous a plu ?
Non. C’est un exercice que j’ai trouvé difficile. J’ai voulu renouveler l’équipe pour aller chercher des compétences là où, sur mes trois premières années de maire, j’avais identifié des points de faiblesse, des endroits où il fallait nous améliorer. En fonction des candidatures que j’ai reçues, j’ai arbitré. J’ai reçu 304 profils, je les ai tous rencontrés. Soit par échange téléphonique, soit physiquement.
L’exercice a été difficile. J’ai consacré le mois de décembre à recevoir des personnes que je n’allais pas renouveler. Il faut faire la part des choses entre le côté amical d’une relation, parfois complice même, et l’intérêt de la ville, l’intérêt général. Alors il a fallu dire à certains « ton expertise n’est pas suffisante » ou « ton investissement ne correspond pas à ce que j’attends ». Sur le mois de décembre, j’ai eu des moments difficiles moralement.
« Pour la première fois dans l’histoire de Nouveau Narbonne, aucun ancien colistier ne s’est engagé sur une autre liste
Mais globalement tout le monde l’a bien accepté puisque je constate que pour la première fois dans l’histoire de Nouveau Narbonne, aucun ancien colistier ne s’est engagé sur une autre liste.
Qu’est-ce que cette nouvelle équipe a en plus et qui manquait à la précédente majorité ?
Je donne un exemple. Depuis le tragique décès du docteur Jean-Pierre Courrèges, j’avais repris, avec Jean-Paul César, la compétence sur la prévention de la santé, l’accès aux soins… on a galéré tous les deux à comprendre les rouages, les mécanismes. J’avais besoin d’aller chercher des médecins, de trouver des personnes dans le domaine du médical qui puissent apporter cette relation directe avec les personnels soignants, avec l’hôpital public, la clinique privée. Et de suite, quand ces profils sont entrés dans la campagne, j’ai vu, qu’ils percutaient rapidement, ils ont des idées, ils relancent leur carnet de camaraderie…
« Le maire est responsable de tout mais n’a les pouvoirs de rien »
La campagne de 1971 n’est pas la campagne de 1995 qui n’est pas la campagne de 2026. Aujourd’hui, il faut apporter des réponses sur l’accès aux soins ou le vieillissement des populations. Sur la sécurité aussi qui est plus difficilement palpable, parce qu’il y a un problème d’insécurité, de société qui déraille, qui ne va pas. Il faut taper du poing. Mais il y a aussi une exagération. Quand on voit certains villages où il ne s’est jamais rien passé et où le premier score est celui du Rassemblement national, cela ne correspond pas à une réalité, c’est une perception qui est souvent déformée par une vision médiatique nationale.
Vous parlez de la sécurité. C’est un sujet à Narbonne ? Est-ce que Narbonne est une ville sûre ? Est-ce que Narbonne 2026 est plus sûre que Narbonne 2020 ?
La réalité, c’est qu’on a d’excellents résultats. On a de meilleurs résultats que Perpignan, Carcassonne ou Béziers. C’est lié aux anticipations. Tout ce qu’on a fait jusqu’à présent, c’est parce qu’on a accéléré le recrutement et la présence de policiers municipaux sur le terrain.
Il faut anticiper la mauvaise évolution de la société, qui est une réalité. Je sors à l’instant (mercredi 1er avril, NDLR) d’un groupement local de traitement de la délinquance (GLTD), avec le procureur de la République et différents intervenants. Ce matin, il y a eu un démantèlement d’un point de trafic de stupéfiants. Un kilo de cocaïne saisie, 10 000 € de numéraire, cinq personnes interpellées et placées en garde à vue.
Ces coups de filet se succèdent mais le problème c’est le consommateur. Il n’y a jamais eu autant de consommateurs de cocaïne ou de produits stupéfiants. Tout cela nuit à la pacification de l’espace public, et donc notre objectif c’est de harceler par la présence policière et casser le trafic.
« Ça ne m’intéresse pas de faire du buzz, sans suite derrière »
Est-ce qu’il faut une police municipale anti-stups à Narbonne ?
Ça ne m’intéresse pas de faire du buzz, sans suite derrière. Aujourd’hui, la réalité, c’est que le maire est responsable de tout, mais n’a les pouvoirs de rien. La loi va évoluer, dans les prochains jours, on va pouvoir dresser des amendes forfaitaires délictuelles, AFD, à 500 € dans le cadre de la loi narcotrafic. On va dissuader un peu le consommateur. Quand il va prendre 500 balles, une fois, deux fois… Il comprendra.
Mais surtout, ce qui fonctionne, c’est le partenariat. C’est travailler avec le parquet, avec la police nationale, avec la gendarmerie, avec la Caisse d’allocations familiales. Appuyer sur les sanctions. Et c’est ce travail qu’on a maillé à Narbonne depuis trois ans.
La sécurité, ce n’est pas de la com’, c’est vraiment un travail de fond au quotidien.
Sur le sujet tranquillité publique, vous avez dressé un premier bilan de l’arrêté anti-trottinette ?
Il est déjà visuel. Ça soulage. Les bons utilisateurs ont très bien compris qu’ils pouvaient marcher à côté de leur trottinette sans difficulté. Les trottinettes servaient aussi pour alimenter, entre Cité et Bourg, un trafic de stupéfiants. Là aussi, on dissuade.
Et depuis qu’on a pris cet arrêté – qui est appliqué parce que derrière il faut contrôler, verbaliser – on n’a plus de piétons renversés, on a moins d’accidents et on a surtout moins de « bombes » qui traversent l’hypercentre pour aller d’un point à l’autre.
Pont des Marchands : « Nous passons aux expropriations. J’ai écrit aux propriétaires la semaine dernière. »
Restons sur l’hypercentre, où en est le dossier pont des Marchands ?
Le pont des Marchands est en péril et l’imbrication des immeubles oblige à mener le chantier d’un bloc. La seule solution, c’est que nous rachetions les immeubles pour que la puissance publique pilote les travaux. Il y avait deux phases sur ce dossier. La phase amiable, avec des négociations de gré à gré pour acheter les immeubles en fonction de l’évaluation des prix des Domaines. La majorité des propriétaires a accepté et une minorité a refusé. On est entré alors avec eux dans une seconde phase, la déclaration d’utilité publique (DUP) justifiant la nécessité de coordonner l’action de rénovation par la puissance publique et le rachat se fait alors à l’euro symbolique.
À Narbonne, une nouvelle étape décisive pour le sauvetage du pont des Marchands
La DUP a été signée par le préfet le 9 mars. Nous passons donc aux expropriations. J’ai écrit aux propriétaires la semaine dernière. Ils ont tous reçu le courrier. S’ils font des référés, ils seront sûrement examinés début juin, au plus tard. On sera donc rapidement propriétaire du pont des Marchands et on pourra lancer les travaux et habiller nos façades pour les rendre plus esthétiques et que la zone de chalandise ne soit pas une zone morte. On va travailler au fur et à mesure des saisons pendant tout le temps des travaux. On va créer des animations pour que le drain circulatoire soit permanent.
Comprenez-vous la réticence de certains propriétaires à céder leur bien ?
On ne fait que suivre un protocole légal. Ce n’est pas moi qui fais l’estimation. Ce sont les Domaines. France Domaine nous laisse une toute petite marge de manœuvre. Je ne suis pas là pour donner mon avis personnel. Je suis là pour défendre l’intérêt général. Le pont des Marchands, ce n’est pas qu’un simple pont habité, c’est un drain qui inonde les deux parties de l’hypercentre, côté Cité et côté Bourg.
On aménage les façades pour cacher la nuisance des travaux et se servir de cette difficulté, de ce mauvais épisode, pour en faire une plus-value pour la suite, pour Narbonne, pour les 100 prochaines années. Moi, je vois le pont des Marchands, demain, comme un complément des Halles, comme un lieu d’attractivité, avec des façades rénovées, colorées, une mise en valeur par un son et lumière, un lieu qui sera visité. Et non plus comme quelque chose que l’on subit depuis 20 ans par des dégradations successives et des mises en danger de la vie d’autrui.
« Un nouveau lieu d’art et d’exposition »
Pour rester sur l’urbanisme qui se dégrade, quel devenir désormais pour le Palais du travail ?
Le sujet, je l’ai posé pendant la campagne. La solution où le levier de subventions serait le plus important, c’est d’en faire un lieu culturel. Ça s’appelle le Palais des sports, des arts et du travail. De l’art, il n’y en a plus. À part des expositions sporadiques. On a questionné dans le programme : pourquoi ne pas faire comme la reconversion de la piscine de Roubaix, un nouveau lieu d’art et d’exposition qui entrerait dans le maillage art déco de l’hypercentre avec la sous-préfecture, le tribunal de commerce, et en faire un lieu d’exposition permanent.
N’aurait-il pas fallu prévoir une solution d’un palais des sports plus moderne bien avant de devoir fermer la piscine du Palais de travail puisque ce vieillissement de la structure était connu depuis très longtemps ?
Le problème, c’est qu’on écrit avec les réalités budgétaires qui sont les nôtres au moment donné. On a une réalité qui est différente aujourd’hui avec une augmentation de la population, on a des consommateurs de loisirs qui arrivent à Narbonne de l’extérieur et on n’a pas assez de salles, on n’a pas assez de piscines, de gymnases, etc. Aujourd’hui, débuter des travaux importants sur le Palais du travail, c’est condamner un gymnase, une salle des fêtes et une piscine. On va donc lancer la construction, avec l’Agglomération, sur la zone Est d’un nouveau complexe. Sans ça, on ne peut rien faire nulle part. Je suis le plus jeune des maires, mais je suis l’héritier de cet état de fait.
Pourquoi avoir choisi la zone Est pour ce nouveau palais des sports ?
Parce qu’il y a des accès simples avec la nouvelle rocade et avec l’échangeur autoroutier. Et on a une facilité de stationnement parce qu’on a la mutualisation du nouvel EcoParK, 895 places de stationnement à venir. On a aussi un foncier un peu plus libre.
N’y a-t-il pas un risque de décentrer l’activité culturelle, sportive, commerciale de la ville de Narbonne sur cette partie-là aux dépens du centre-ville ?
À Narbonne, quand Maître Hubert Mouly est devenu maire en 1971, il y avait 38 000 habitants. Il y en a presque le double aujourd’hui. Et il y a deux ou trois fois plus de voitures et de personnes qui sont dépendantes de la centralité. Narbonne, c’est aussi une ville qui accueille plusieurs millions de visiteurs chaque année.
Tout ce monde converge vers le centre-ville qui est saturé. Donc il ne faut plus penser la ville avec une hyper-centralité mais comprendre que la mobilité c’est aujourd’hui la Citadine notamment (navette électrique gratuite, NDLR) et le transport interurbain. La Citadine, demain, elle ira jusqu’à l’Arena : le 4 juillet 2026. On ne sera plus qu’à 50 mètres de ce nouveau complexe. Cette navette est belle, agréable et gratuite et elle évite de surcharger le trafic automobile.
Le Palais du travail, c’est vrai, on peut y venir à pied… quand on habite le centre-ville. Mais ce n’est pas la réalité de tout le monde. Et les gens vont essentiellement à la piscine le soir, ce n’est pas des activités qui permettent le maintien du commerce du centre-ville. Quand on sort de la piscine à 20 h, on ne va pas faire du lèche-vitrine. Je préfère maintenir le service des passeports et des cartes d’identité en hyper-centre parce qu’avec cette activité, les gens font vivre le commerce.
« La place de Narbonne, c’est en ProD2 »
Pour rester sur le sport, vous avez la volonté de donner de l’autonomie au Racing club narbonnais… Qu’est-ce que cela signifie ?
Très simplement, aujourd’hui, la Racing est un club dépendant d’une poignée d’actionnaires et des subventions publiques. Pour beaucoup de ces actionnaires, ils investissent à fonds perdus. Par passion. Cette dépendance fait que, par définition, il n’y a rien de durable. Unilatéralement, un actionnaire peut dire « J’arrête ». Ce qui mettrait en difficulté le club. L’idée, c’est que chaque fonds investi puisse permettre de construire et de capitaliser. Ce qu’on cherche, c’est placer des actifs dans la société, dans la SASP.
Ce n’est pas à nous de créer les actifs, c’est aux actionnaires. Nous, on est là pour leur en faciliter l’accès. Donc demain, on va pouvoir leur vendre des terrains qu’on va déclasser des domaines publics pour permettre à ces actionnaires de construire une clinique du sport, de créer des hébergements pour les joueurs. Mais on n’a rien inventé. C’est ce même modèle que l’on retrouve au Stade toulousain, qu’on duplique à une échelle dix fois moins importante. C’est le virage de la professionnalisation.
« La montée ne se joue pas que sur le plan sportif, elle doit être financière aussi »
Quelle est la place de Narbonne aujourd’hui dans le rugby français ?
Elle n’est pas loin de là où on est, c’est la ProD2.
La ProD2 pour faire comme Carcassonne, l’ascenseur ?
Carcassonne n’avait pas le gabarit financier pour accéder à la ProD2. On est dans l’ère du professionnalisme. C’est fini l’époque où avec deux individualités tu réussissais une saison. Donc, malheureusement, la montée ne se joue pas que sur le plan sportif, elle doit être financière autant que sportive. Et quand on n’est pas équipé sur les deux registres, ça ne marche pas.
Narbonne a réussi à se structurer autour de ce pool d’actionnaires. Et avec l’apport de 1,7 ou 1,8 M€ de droits télé en cas de montée en ProD2, on peut déjà construire un budget plus compétitif que celui de Carcassonne. Donc la place de Narbonne, c’est en ProD2. Et, encore une fois, on a aujourd’hui les actionnaires qui vont permettre de stabiliser ce club par une nouvelle assise financière, en contrepartie de la création des actifs.
« Mon seul moteur, c’est Narbonne »
La place du Racing dans le rugby national, c’est en ProD2, celle de Bertrand Malquier au niveau de la politique nationale ?
Ah non, non ! Moi je n’ai aucune ambition de politique nationale. Je n’ai ni ambition départementale, ni régionale, ni nationale. Je ne supporte pas du tout les politiques. Ça ne m’intéresse pas.
Et si on tourne la question différemment, est-ce qu’un Bertrand Malquier avec des responsabilités nationales ne pourrait pas apporter plus à Narbonne ?
Je ne le pense pas. Telle qu’elle est faite aujourd’hui, la politique ne me plaît pas. Quand j’étais plus jeune, je pouvais être entraîné, porté par des personnalités, par des charismes, mais j’ai été très déçu par la façon d’exercer le pouvoir. Manque de courage politique, manque de connexion avec les réalités du terrain. Les ors de la République sont néfastes et déconnectent le politique, quel qu’il soit, quel que soit son milieu, quelle que soit son origine, quelle que soit sa construction personnelle.
Mon seul moteur, c’est Narbonne. J’ai un amour viscéral pour mon territoire, j’ai du mal à partir. Quand je m’en vais, trois jours, ça me manque. J’adore être chez moi. J’adore être à Narbonne, sur les Barques. J’adore mon quotidien, mon café, aller dans les halles, parler avec mes copains, aller voir le rugby, ma famille. Et je sais que si j’avais fait un autre choix de vie, j’aurais perdu tout ça.
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