Vendredi 17 avril Fête des Anicet
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Alors que les députés examinent une proposition de loi pour lutter contre le narcotrafic, « ici Provence » a enquêté sur le blanchiment d’argent du trafic de drogue. Si les gros dealers investissent à l’étranger, une partie de l’argent sale est aussi placée dans l’économie réelle.
Une plongée dans le narcotrafic à Marseille et en Provence. En plein examen à l’Assemblée nationale d’une proposition de loi trans-partisane déjà adoptée au Sénat, pour lutter contre le trafic de drogue, « ici Provence » a enquêté sur le blanchiment de l’argent sale sur place, dans l’économie réelle.
Le chiffre d’affaires du narcotrafic est évalué entre trois et six milliards d’euros par an, selon les autorités françaises.
Cet argent sale est blanchi à l’étranger par les très gros réseaux. Mais les trafiquants à la tête de points de vente plus modestes, investissent sur place, notamment dans l’immobilier et un certain type de commerces qu’on voit fleurir un peu partout dans nos villes.
« Il y a des épiceries de nuit, des salons esthétiques, des salles de jeu, des chichas, des garages ». Myriam*, qui habite depuis 25 ans dans les quartiers nord de Marseille, témoigne sur « ici Provence » du changement dans les rues. « C’est un massacre. Ils mettent leurs enseignes, des luminaires. Et pardonnez-moi, je suis moi-même étrangère, mais on se croirait au bled ».
« Ça pullule un peu partout, renchérit la Marseillaise. Dans les poubelles de snacks, j’ai trouvé des cartons de cuisses de poulet. Ils les jettent à la poubelle pour justifier une activité. Tout ça, c’est quoi ? C’est le blanchiment d’argent !«  Quand elle passe devant certains commerces de son quartier, Myriam s’interroge toujours : « Je me demande comment vivent les barbiers ! Il n’y a pas grand monde, deux, trois personnes, mais ils sont entre eux ! »
Elle estime que « tous les quartiers nord sont gangrénés » et s’interroge « comment peut-on laisser faire ça ? ». Selon Myriam « beaucoup de gens ont déménagé à cause de ces commerces. Les politiques ont fermé les yeux pour avoir une paix sociale. J’interpelle les pouvoirs publics pour leur dire de ne plus fermer les yeux sur ça ».
Interrogé par « ici Provence », le préfet de police des Bouches-du-Rhône (Pierre-Édouard Colliex est sur le départ de Marseille. Il vient d’être nommé préfet du Jura. NDLR) convient de la réalité du blanchiment dans l’économie réelle de Marseille : « Il est évident que certains commerces ont un équilibre économique assez mystérieux. Tous ne vendent pas de quoi alimenter du personnel payé plus cher la nuit. Et donc il y a un certain nombre de commerces dans cette situation ».
Parmi les commerces montrés du doigt, les alimentations ou épiceries de nuit pour lesquelles le préfet de police a pris un arrêté de fermeture temporaire entre 22h et 6h. La mesure, validée par la justice, est valable dans deux secteurs du centre-ville à partir du 21 mars 2025 et pour un mois. Certaines activités de proximité accusées de nuisances par les riverains, sont aussi soupçonnées de vendre des cigarettes de contrebande, du protoxyde d’azote et de dissimuler un trafic de stupéfiants.
Conscient de la situation, Pierre-Édouard Colliex assure que l’État lutte avec ses armes contre ce blanchiment : « Nous faisons des enquêtes. Ce sont des enquêtes longues, compliquées, c’est un travail qui dure. On ne va pas éliminer d’un coup de baguette magique ce blanchiment. C’est l’un des axes principaux, à Marseille et dans le département, le trafic de stupéfiants. On est en phase et en ligne avec l’autorité judiciaire et l’autorité préfectorale ».
Selon le procureur de la République à Marseille, « 40 millions d’euros » issus du blanchiment du trafic de drogue ont été saisis en 2024. « C’est plus que le budget annuel du tribunal de la ville« , précise le préfet de police.
Cette somme importante illustre l’ampleur du blanchiment sur le territoire, mais ne représente que « la partie émergée de l’iceberg«  selon une source à « ici Provence » qui estime le blanchiment de l’argent sale à « plusieurs dizaines de millions d’euros » dans l’économie réelle dans la région.
« Le trafic de stupéfiants apporte énormément d’argent et de liquidités à placer », explique Me Gaëtan Poitevin à « ici Provence ». Installé depuis huit ans à Marseille, l’avocat pénaliste est spécialisé dans les affaires de narcotrafic qui représentent « environ 80% de l’activité. La moitié de mes clients sont poursuivis pour du blanchiment. Quand j’ai commencé, c’était à peine deux ou trois sur dix ».
L’avocat marseillais détaille le principe du blanchiment dans l’économie réelle : « Les trafiquants utilisent une structure, soit immobilière, soit commerciale, pour amener de l’argent sale et le faire ressortir propre. C’est le principe de la lessiveuse« .
Pour acheter un fonds de commerce, le trafiquant ou plus souvent un gérant de paille en qui il a confiance, contracte un prêt bancaire auprès d’un organisme pas très regardant. « Plus le commerce est pourri, indique une de nos sources, plus l’affaire est rentable ». Une fois le commerce acquis, d’importants travaux sont réalisés afin d’embellir le commerce, le rendre attractif.
Le chantier est financé par l’argent du trafic. Les entreprises complices, généralement familiales ou communautaires, sont payées en liquide, les salariés ne sont pas déclarés. « Ce qui facilite l’omerta, la loi du silence » souligne Gaëtan Poitevin. À ce stade, le gérant de paille doit gonfler artificiellement son chiffre d’affaires à l’aide de fausses factures et des comptes truqués souvent certifiés par des comptables corrompus.
Sur « ici Provence », le président de la Fédération BTP des Bouches-du-Rhône ne conteste pas la réalité, mais Cyril Sauvat estime que les entreprises adhérentes ne sont pas concernées : « On est dans deux mondes qui s’ignorent. Ce ne sont pas nos adhérents. Ce sont des entreprises qui durent un à trois ans maximum ».
Dans ce court laps de temps, l’entreprise qui sert à blanchir répond à des marchés qu’elle obtient par des offres anormalement basses. « Ça peut être 25%, 30%, 40% en dessous du prix du marché. Et ce n’est pas envisageable que de l’argent public puisse être utilisé pour des marchés complètement décorrélés des vrais prix ».
Selon Cyril Sauvat, le secteur subit aussi « des menaces, du racket à l’embauche sur certains chantiers en périphérie de Marseille ». Le phénomène n’est pas nouveau, mais la mauvaise réputation de la ville lui colle à la peau. « Parfois, des entreprises extérieures arrivent et nous disent, on est racketté, c’est normal. Mais on leur dit, non, ce n’est pas normal !' »
Pour lutter contre ces pressions et extorsions de fonds, la FBTP 13 a mis en place depuis près de vingt ans le dispositif « ras-le-vol », en lien avec la police, la justice et la préfecture. Avec succès, selon Cyril Sauvat, qui profite de l’occasion pour rappeler son utilité : « Ce dispositif permet vraiment de limiter ces rackets voire de les supprimer. Ainsi, des chantiers, encore une fois dans des milieux très hostiles, se déroulent admirablement bien ».
Après deux-trois ans d’activité fictive, la « lessiveuse » est revendue avec une plus-value et de l’argent propre. C’est le procédé de l’achat-revente. L’acheteur peut parfois être un commerçant honnête. Dans ce cas, il est victime d’une escroquerie en achetant un fonds dont le chiffre d’affaires ne correspond pas à l’activité réelle.
Mais plus généralement, l’acheteur est un autre blanchisseur qui va à son tour agrandir l’affaire ou acheter d’autres magasins voisins. C’est ainsi que des rues entières sont occupées par des commerces de même nature.
On l’a dit, le plus souvent, les types de commerces utilisés pour blanchir l’argent sale, sont des snacks, restaurants, mais aussi des magasins d’esthétique comme des ongleries et des barbiers ou encore des commerces de téléphonie. Dans ces commerces, souvent des petites surfaces, le règlement des produits et services se fait majoritairement voire exclusivement en espèces.
Selon l’avocat pénaliste Gaëtan Poitevin, leur activité réelle est quasiment invérifiable : « Sauf à mettre un agent de police devant le pas de porte et de contrôler le nombre de clients que vous avez par jour, c’est une comptabilité qu’on peut rapidement et efficacement tronquer. »
Par ce principe de blanchiment, des dizaines de millions d’euros sont investis dans les fonds de commerce et l’immobilier à Marseille et dans la région. « La criminalité a changé, explique Gaëtan Poitevin, avant on utilisait ses liquidités pour des plaisirs faciles, pour acheter du luxe, voyager, acheter des belles voitures, des belles montres. Aujourd’hui, les trafiquants savent bien qu’en plaçant l’argent de la drogue, il y a une implantation locale et ils peuvent perdurer avec une criminalité de plus en plus organisée et structurée. »
Pour mieux s’implanter dans l’économie réelle et poursuivre leurs affaires, cette criminalité n’hésite plus à « corrompre des corps de métiers qui n’étaient pas forcément des corrompus. C’est-à-dire, la banque, la comptabilité, détaille l’avocat pénaliste à « ici Provence ». « Ces gens sont, a minima, complices de l’activité de blanchiment et ça, c’est assez nouveau ».
« Quand vous vendez une voiture 80.000 euros à quelqu’un qui a 20 ans, il est évident que ça pose la question de la complicité. Quand vous prêtez de l’argent pour que quelqu’un achète un fonds de commerce alors qu’il est très jeune et au RSA, ça pose la question d’une éventuelle complicité. Quand vous êtes comptable ou expert-comptable et que vous validez des comptes d’une sandwicherie ou d’une alimentation générale qui déclare 70.000 euros de chiffre d’affaires alors qu’il y a trois clients par jour, ça pose aussi la question de la complicité. »
* Prénom modifié
Marseille
19/03/2025
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19/03/2025
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