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«Vend église ». Publiée il y a quelques mois sur leboncoin.fr, cette annonce peu banale a retenu l’attention de Patrick Schaudel, promoteur gradignanais qui aime faire du neuf avec du vieux : il a l’habitude de reprendre des châteaux, des entrepôts, qu’il transforme et qu’il loue. Mais une église, jusqu’ici, jamais.
L’édifice à…
L’édifice à saisir est une chapelle de 900 mètres carrés, dite du Christ Rédempteur. Elle surnage parmi les échoppes d’une petite rue de Talence, la rue Allard. Construite en 1907, elle appartient – comme les lieux de culte édifiés après 1905 et la loi de séparation de l’église et de l’État – non pas à la commune mais à l’archevêché. Lequel archevêché a choisi de vendre, plutôt que d’entamer une restauration dont le coût s’annonçait important.
Le bâtiment a été mis en vente, Patrick Schaudel et le diocèse ont récemment signé un sous-seing : la transaction s’élève à près de 1 million d’euros . Cette somme permettra à la paroisse d’entretenir la chapelle de la Sainte-Famille, dans le sud de Talence.
Un architecte travaille actuellement à la conversion du Christ Rédempteur en résidence, l’objectif étant d’y loger 16 appartements tout en conservant la façade, comme l’a demandé la mairie. « Cette église n’est pas inscrite sur un inventaire national, mais sa façade est protégée par un classement communal, Les Demeures remarquables, précise Alain Cazabonne, maire de Talence. Les habitants étaient attachés à la préservation de ce cachet. »
Parallèlement, l’archevêché a décidé de se séparer d’une autre des 15 églises lui appartenant dans l’agglomération : Notre-Dame de Lourdes, nichée en plein Bordeaux, rue Camille-Godard, à l’articulation des Chartrons et du Grand-Parc. Ce petit vaisseau de béton ne servait plus depuis des années. Plus de messes, sinon pour de rares obsèques.
Beaucoup de riverains ignorent même l’existence de Notre-Dame de Lourdes, quasi invisible. Elle a été aménagée en 1965, en retrait de la rue, derrière un mur parfaitement neutre, construit dans le prolongement des autres façades… Seule une croix signale la vocation du lieu. « Ceux qui ont bâti les églises de cette génération, dans les années 60, souhaitaient souvent privilégier l’intégration dans la cité, ne pas trop marquer de différence… », note un architecte. Notre-Dame de Lourdes devrait bientôt, elle aussi, céder la place à des logements. Elle est en passe d’être vendue, pour un montant d’environ 500 000 euros.
Le recul de la pratique chez les catholiques explique sans doute ce menu démembrement. Mais il s’agit aussi, pour l’archevêché, de se redéployer. Ainsi, l’argent dégagé par la vente de Notre-Dame de Lourdes financera l’édification d’une nouvelle église, dans le quartier Ginko, près du Lac, la première à être créée à Bordeaux depuis quarante ans.
Il n’est d’ailleurs pas rare que des édifices religieux trouvent de nouvelles vocations. Le cinéma Utopia fut une église (Saint-Simeon), l’ex-couvent des Carmes accueille désormais, rue Montgolfier, une maison de retraite…
Quant à l’ancienne église Saint-Rémi, elle fut désaffectée à la Révolution, et devint, tour à tour, magasin à fourrage, magasin des douanes, écurie, garage… puis, depuis 2000, un espace culturel.