CARTE. Après les déserts médicaux, le désert des bistrots ?

A Epernay dans la Marne, ils sont presque une dizaine de patrons de bistrot à céder leur fonds de commerce à d’éventuels repreneurs. Objectif : rajeunir les gérants pour renouveler les clients.

Après les déserts médicaux, le désert des bistrots ? Force est d’admettre en tout cas qu’en centre-ville, ça va. Mais que sur les faubourgs, bonjour les dégâts ! Rien que sur l’avenue Foch, deux cafés sont à vendre. Le premier, au numéro 31, propre et sans travaux à prévoir, appartient à Céline Rousseau. « Je tiens le Paus’Café depuis dix ans. Aujourd’hui j’ai envie de faire autre chose, de changer de vie, de projets » raconte la taulière, 39 ans, qui travaille en duo avec sa maman. « Au moins, ici, pas de salarié à reprendre ! » adresse-t-elle à tout futur acquéreur. Car des acheteurs, il s’en est suivi plusieurs depuis quatre ans que son bar-tabac-PMU est à vendre. « Oui, il y a des personnes motivées. Mais le problème, c’est l’apport financier. Les banques refusent de prêter », déplore-t-elle entre deux clients, fumeurs fous ou gratteurs invétérés. Valeur de son fonds : 200 000 euros. 30 000 de moins qu’au début des négociations.
Un peu plus loin sur le Bon Coin, on trouve un autre café à céder dans l’avenue : celui du Moulin de la Goësse. Le numéro indiqué nous conduit à Brigitte Neveu, agent immobilier. « Le gérant veut prendre sa retraite. Il sait qu’il faut anticiper pour espérer vendre en 3-4 ans et accompagner son successeur. Car patron de bar, ça ne s’improvise pas. Il faut suivre des stages pour gérer le tabac, la Française des Jeux, etc. » Et selon Brigitte, ce bar de quartier et de paris sportifs, pas très sexy a priori et où elle « n’irait pas spontanément boire seule un café », possède quand même des atouts. « Il y a un parking juste en face et une terrasse pour l’été. Pourquoi ne pas imaginer faire de la petite restauration ? Ou même un salon de thé, un bar à thème, que sais-je encore… Il y a du potentiel pour grossir le chiffre et la clientèle ». Valeur : 159 000 euros.
Autre adresse, alors que le café des Sports près de l’hôpital est lui aussi à vendre et même déjà fermé, le bar-brasserie chez Mino, roi des paris à gogo, bat son plein place des Martyrs de la Résistance. « J’ai 66 ans, je travaille depuis l’âge de 14 ans » commence le patron, qui œuvre avec sa femme et une employée notamment à l’heure du déjeuner où l’on vous sert à manger. « Je dois être l’un des plus vieux d’Épernay, présent depuis 1993. » Et pour lui comme pour notre agent immobilier, c’est l’ouverture du commerce qui fait sa qualité et, au-delà, la qualité de vie du quartier. « On peut très bien se contenter de faire 35 heures à l’usine. Mais quand on tient un commerce, il faut bosser. Pour moi, c’était un rêve de gamin ».
Alors, qui pour reprendre l’affaire de Mino ? Même constat que les autres, les banques font défaut et les apports manquent. « Pourtant, ne serait-ce qu’avec les commissions des jeux, l’affaire peut être rentabilisée en sept ans ». Coût de son bistrot : 109 000 euros. « Il faut du sang neuf, poursuit Brigitte Neveu. Il faut aider les jeunes, les former au métier du bar et les mettre derrière le comptoir pour rajeunir la clientèle des lieux. C’est un cercle vertueux »
Retour chez Céline Rousseau, au Paus’Café, qui dit parvenir à se tirer un salaire honnête d’autant que son loyer n’excède pas 450 euros. « C’est une affaire qui tourne, à condition de ne pas compter ses heures. Le métier reste fatigant, de 7 à 21 heures, ça fait des grosses journées ». Sans compter que les choses ont quand même changé en dix ans : le pouvoir d’achat a baissé, le tabac augmente et les gens boivent moins. Et puis… « Il faut être prêt à discuter avec les clients ! Ici, on ressent leur solitude mais heureusement, j’ai une télé. Ça permet de commenter l’actualité. ». Le dernier secret, peut-être le plus évident, c’est de faire « un peu de tout. Presse, tabac, jeux, dépannage… Il faut se battre, rester sérieux et proposer des animations : beaujolais nouveau, bières de Noël, etc. ». Sachez enfin que côté prix, tout se négocie. Si un acheteur est intéressé, qu’il se manifeste. On montrera les bilans après.
Si l’on en croit une récente étude du Crédoc pour Heineken, depuis six ans, « le chiffre d’affaires des cafés en France a reculé de 10 %, soit une perte annuelle de 170 millions d’euros « . « Ces chiffres sont issus des données comptables de l’Insee », indique Pascale Hébel, directrice du département consommation au Crédoc. Les effectifs de la filière accusent un recul annuel de 5 % et le nombre de cafés rapporté au nombre d’habitants est en repli de 4 %.
Sur cette carte, réalisée par nos confrères du Dataspot du Télégramme, on voit clairement où se situe la France des bistrots… et où les troquets de village ont fermé leurs portes. Pour zoomer et regarder votre région de plus près, cliquez sur l’image ci-dessous:

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