« C’est tombé comme une guillotine. » Pascal Audinot a le cœur qui saigne depuis cet été. Malgré tous ses efforts, le dernier tripier de la Marne n’a pas réussi à sauver l’emblématique boucherie-charcuterie, ouverte par son grand-père en 1942.
Avenue d’Épernay, la boutique fermée pour congés d’été mi-juillet n’a finalement pas rouvert le 8 août comme prévu. L’institution rémoise a été placée en liquidation judiciaire. « Ça s’est fait vite, regrette le patron. J’ai dû appeler tous les employés pendant leurs vacances, malheureusement… Et la clientèle n’a pas pu être prévenue. »
Depuis, les fenêtres de sa maison qui jouxte son commerce avenue d’Épernay, il voit les automobilistes ralentir, et faire demi-tour. « Les voitures n’arrêtent pas de s’arrêter. » Il a bien pensé mettre un écriteau, pour informer les gens, « mais il faut suivre le protocole avec le mandataire, je ne décide plus de rien. »
Aujourd’hui, passé le gros du tumulte, Pascal Audinot tient à remercier ses clients « pour leur fidélité pendant toutes ces années ». Il ne sait pas comment tourner sa phrase, hésite puis prononce doucement chaque mot, pendant que l’émotion fait trembler sa voix : « Ça a été un grand plaisir de travailler pour eux, pour les satisfaire. Mais le destin économique en a décidé autrement. »
Pendant un an, il a cherché un repreneur. « Je ne vous cache pas que c’est une déchirure, un crève-cœur pour moi d’arrêter dans ces conditions et sans repreneurs. Mon fils Matthieu (chef à domicile, NDLR) est parti dans sa branche plus gastronomique et ça marche bien pour lui. » Il a mis l’entreprise en vente. « Mais rien. Vingt personnes à reprendre, c’est compliqué. Il y a les factures d’électricité, de gaz, le loyer, les salaires, l’Urssaf, le remboursement du PGE souscrit pendant le Covid, les fournisseurs, le comptable… Tous les mois, il fallait sortir 100 000€, ça peut faire peur. »
La relève ne s’est pas présentée. La faute à « la conjoncture économique », aux hausses du prix de l’énergie, et des charges en général, « aux modes de consommation qui ont changé »… « La viande de bonne qualité n’est plus accessible. Elle a augmenté de 30 % en trois ans. Ce n’est plus le palais qui décide, c’est le porte-monnaie. Aujourd’hui, c’est la maison Audinot qui trinque, mais c’est tous les artisans de bouche qui sont touchés. »
Il le reconnaît, les deux dernières années ont été difficiles : « C’est un commerce qui a toujours eu des bilans magnifiques mais les résultats étaient négatifs depuis deux ans. » Et les économies n’ont plus suffi. « J’ai cherché une solution, j’étais tout le temps dans les comptes. » Il a bien fallu se résoudre.
Mais, « l’important, c’était de finir le plus proprement possible ».Pascal Audinot est rassuré : ses 17 employés « ont quasi tous retrouvé une place ». Il tient à les remercier : « C’est une sacrée équipe qui a bossé avec moi. Ils m’ont épaulé, aidé. C’était de très bons professionnels. »
Une sacrée page se tourne pour ce bourreau de travail qui entame sa 63e année. La passion du métier chevillée au corps, Pascal Audinot reconnaît qu’il n’a pas vu ses enfants grandir. « Je n’ai pas eu de vie de famille. Je le regrette et j’étais souvent énervé… Après c’est un choix, j’aimais ce que je faisais et les gens avec qui je travaillais. » La semaine, il était sur le pont de 5 heures à 20 heures. Le samedi, « ça commençait à 3 h 30 ». C’en est désormais fini des réveils dès potron-minet : « J’ai récupéré trente heures de sommeil par semaine. » Une nouvelle vie l’attend : « Il va falloir que je m’occupe. J’ai deux petits-enfants qui viennent de naître. Je suis content. Je vais essayer de profiter maintenant. J’ai tellement de choses à faire. »
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