Télécharger notre application sur :
Retrouvez-nous sur les réseaux
Communes les plus consultées
Contacts
Annonces
Pratique
Rubriques
Archives
Par Séverine Perrier
Publié le 05 novembre 2017 à 12h51
•
«Ah, ça, c’est Jojo ». « Tiens, viens-là ma pupuce. » « Ah, oui, elle pose, Bécassine. » Philippe n’a pas donné de nom à toutes ses brebis : il en a 180. Mais il les connaît toutes. Une par une, caractère par caractère : celle-ci lui a donné tant d’agneaux l’an dernier, celle-là est restée plusieurs années sans agneler. Sûr qu’il ne va pas quitter sa ferme sans un pincement au cœur. Usé, oui mais attaché.
« Quand on s’investit vraiment, c’est usant. À devenir fou. Vous vous battez contre la mort presque tous les jours et un jour justement, vous les faites partir à la mort. D’ailleurs, pendant longtemps, par pure lâcheté, je faisais faire le tri des agneaux à un technicien. »
Après un parcours pour le moins atypique (lire ci-dessous) qui l’a mené jusqu’en Creuse pour réaliser un rêve d’enfant, c’est l’heure de la retraite pour Philippe Le Quentrec. Dans sa ferme des Vérines, sur la commune de Moutier-Malcard, ses moutons devront bientôt compter sur quelqu’un d’autre : les 180 brebis, les quatre béliers, la maison, les bâtiments, le mobil-home, tout est en vente sur Le bon coin.
« Je suis passé aussi par les structures habituelles comme la Safer mais d’emblée j’ai voulu le mettre sur ce site, rapporte l’éleveur. La première fois que j’ai mis l’annonce, c’était en février. J’ai eu tout de suite des appels. En six jours, l’annonce a été consultée 600 fois, il y a eu une trentaine de clics sur le numéro de téléphone. Mais le gros problème aujourd’hui, c’est que le nombre de gens qui ont 40 ou 50 ans et qui veulent changer de vie est phénoménal. Alors, certains idéalisent un peu. J’en ai dissuadé beaucoup qui n’avaient aucune idée, aucune expérience de l’élevage.
Cette vidéo peut vous intéresser
Feed digiteka
Il y a aussi ceux qui découvrent que c’est en Creuse… » Et le travail qu’un tel élevage implique, « de 5 heures du matin à 11 heures du soir ».
Mais, en remettant l’annonce régulièrement, Philipe a quand même eu « quelques contacts sérieux ». De quoi le rassurer quant à l’avenir de ses « bébés ». Ses romanes, une race mise au point dans les années 60 à partir de deux races, la berrichone du Cher et la romanoff, qu’il bichonne jour et nuit depuis cinq ans ici.
Partager :
Rugby
Cinéma
Disparition
Loisirs
Et quelque 350 agneaux annuellement. Du travail donc pour l’éleveur qui est seul sur son exploitation, mais « ce qui est le plus passionnant dans l’élevage de moutons, c’est la partie naissance. Un jour, je discutais avec une sage-femme de cette émotion à la naissance, quand on aide un bébé à naître. On parlait sur un pied d’égalité. »
D’ailleurs, dans sa ferme, Philippe a une maternité, une pouponnière : les noms qu’il a donnés à ses bâtiments où sont nés Pupuce, Jojo et Bécassine…
Feme, maison, animaux, terrain (20 hectares)… sont en vente pour 250.000 €. « Le but n’est pas de faire de la spéculation », confie Philippe. Juste de trouver quelqu’un qui prendra la suite avec la même passion. « C’est vrai que je ne suis pas du tout dans la logique du XXIe siècle. Ça m’arrache le cœur de les laisser. »
our contacter Philippe Le Quentrec : 06.27.16.22.18.
« Je suis né en région parisienne et depuis tout petit, je voulais être agriculteur. Avec mes parents, on allait souvent se balader dans les bois, j’aimais bien la nature, j’avais un petit jardin chez moi… » Alors quand s’est monté un lycée agricole près de chez ses grands-parents maternels, c’est tout naturellement que ceux-ci ont suggéré aux parents de Philippe de l’y inscrire.
« Mes parents étaient un peu inquiets quand même : on n’avait pas de propriété sur laquelle m’installer. Alors ils m’ont dit : “va le plus loin possible dans tes études”. Ce qu’il a fait… « À la fin de mes études, comme je ne voulais pas faire l’armée, j’ai fait la coopération. J’ai été envoyé en Côte d’Ivoire sur un projet de sédentarisation de la population nomade. »
Parti pour 24 mois, il y restera dix ans. « Le dernier poste que j’ai occupé a été supprimé en 1986. Je suis rentré en France où je suis resté 18 mois au chômage. J’ai pas mal galéré. » Avant de monter sa propre imprimerie sur Lyon qu’il a dirigée jusqu’en 2005. « Je me suis dit que c’était peut-être le moment de m’installer. De revenir à mon projet initial de faire de l’élevage. »
Il rachète d’abord une petite ferme en Bretagne, d’où est originaire son grand-père paternel : « À cette époque, là-bas, on misait sur la diversification, il y avait beaucoup de parcelles à vendre. » Il y élève une quarantaine de brebis pendant cinq ans avant de mettre sa ferme en vente. Mais pas ses moutons. Qui arrivent avec lui en Creuse, un peu par hasard, « un 5 juillet 2012 au petit matin, après de longues heures de route ».
Séverine Perrier
Les plus lus
Santé
"C'est cher et il y a des tonnes de saloperies" : dans les supermarchés, la prise de conscience des consommateurs
Faits divers
Le passage au drive de McDonald’s vire au cauchemar : un homme meurt coincé entre sa voiture et le guichet
Faits divers
Ce que l'on sait après la découverte d'un corps dans les ruines d'une maison ravagée par les flammes près d'Arlanc
Santé
L’accueil des internes suspendu aux urgences d'une clinique du Loiret après le signalement de comportements inadaptés de médecins
Société
Recueilli lors d'un sauvetage de la SPA, le chien Kiki fait le bonheur des résidents d'un Ehpad à Aurillac
Votre journal du jour