« On a l’impression de ne pas voir le bout du tunnel », souffle Soizic Roquier, le porte-parole d’un collectif de propriétaires qui ont acheté, sur plan, des appartements dans le complexe immobilier de l’Avant-Scène. Ils auraient dû prendre possession de leur bien fin 2023. Mais ce méga chantier dans le quartier du Grand Arenas a connu une avarie. L’aile est de ce paquebot de béton de 36 000 m2 s’est enfoncée de près de 16 cm dans les sables mouvants de l’ancien lit du Var.
Au début de l’été, les acquéreurs avaient reçu du promoteur du projet, Quartus, une lettre leur annonçant la perspective d’une reprise du chantier « d’ici l’automne 2025 ». Mais il y a quelques jours leurs espoirs ont, encore une fois, été douchés. Fin septembre, une nouvelle missive leur apprenait que Quartus subordonnait la réalisation des travaux réparatoires à leur « financement intégral ». Et c’est bien là que le bat blesse désormais. L’indemnité proposée par l’assurance tous risques chantiers ne couvre pas l’intégralité du surcoût engendré par ce sinistre.
Qui va payer ? Il appartient désormais à la justice de trancher la question. Quartus a en effet décidé de porter l’affaire devant les tribunaux. « Nous avons engagé une procédure en urgence, confirme François Hillmayer, directeur général adjoint du groupe qui précise que l’audience a déjà eu lieu, « mi- septembre », et que son issue sera connue « d’ici quelques jours ». Ce représentant de Quartus insiste sur le fait que ce n’est pas la couverture assurantielle qui est remise en cause. « Il est acquis que notre garantie s’applique puisqu’une indemnité nous a été proposée. » Le point d’achoppement porte « uniquement sur son montant ».
L’enveloppe de travaux supplémentaires à réaliser pour conforter le bâtiment et reprendre la superstructure pourrait s’élever à plusieurs dizaines de millions d’euros. L’expertise judiciaire en cours a en effet validé une solution technique qui passe par l’implantation d’une centaine de micropieux, qui n’ont d’ailleurs de micro que le nom, s’agissant de tiges d’acier de 30 à 40 cm de diamètre et de 25 à 45 mètres de long. François Hillmayer explique que loin de rester les bras ballants, Quartus « s’attache quotidiennement » à préparer la mise en œuvre de cette solution « pour que les entreprises prestataires se tiennent prêtes à engager les travaux au plus vite… » Mais manifestement pas avant d’avoir bouclé leur financement.
Si l’assurance chantier ne se voit pas contrainte judiciairement de revoir le montant de son indemnisation, le promoteur pourrait décider de se retourner vers d’autres. Et notamment vers ses prestataires et leurs propres assurances pour peu que leur responsabilité soit établie dans l’avarie qu’a connue le chantier à ses débuts. L’étude de sol préalable pourrait ainsi avoir sous-estimé la fragilité de cette zone alluvionnaire. Même s’il appartient toujours à l’expertise judiciaire en cours de le démontrer. Une nouvelle réunion avec toutes les parties prenantes de cet épineux dossier a d’ailleurs été repoussée au lendemain du délibéré que doit rendre la justice niçoise sur le contentieux entre Quartus et son assureur.
Un bras de fer judiciaire qui continue de « prendre en otage les 641 acquéreurs que nous sommes », souffle l’une des copropriétaires qui a investi ses économies dans l’Avant-Scène. Elle a bien du mal à croire les calendriers prévisionnels sans cesse repoussés. Le promoteur parle désormais de la fin de l’année, sachant que les travaux restant à réaliser ont été évalués entre « 18 à 20 mois ».
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