Il avait dix mois et sans l’intervention de sa grand-mère maternelle, peut-être n’aurait-il pas survécu et son prénom aurait alors rejoint la longue liste des enfants martyrisés à mort. Le 27 juin 2024, effrayée par une photo de son petit-fils qu’elle vient de lui envoyer, la mamie persuade sa fille de l’emmener aux urgences pédiatriques de l’hôpital américain de Reims.
Le tableau clinique dressé par les médecins est sans équivoque : il s’agit d’un enfant battu. « Multiples hématomes » et « ecchymoses sur tout le corps », « trois fractures aux tibias », « lacération du foie » à la suite d’un choc violent, brûlures aux yeux… Le bébé est placé, la mère et son nouveau compagnon interpellés, mis en examen et écroués.


Les premières alertes concernant le comportement problématique de la mère dataient du mois d’août 2023, bien avant sa rencontre avec Marvin Lecamp. Selon ces témoignages (anonymes), la jeune femme délaissait son enfant, lui achetait « peu de lait », l’insultait, négligeait de le soigner.
C’est en décembre 2023 qu’un nouveau signalement, sourcé celui-là, était suivi d’une saisine de la circonscription de solidarité parentale. D’après les renseignements communiqués à la CSD, la mère fumait du cannabis en présence du nourrisson, ne le lavait qu’une fois par semaine, passait son temps au téléphone en se désintéressant de lui. Une mesure d’assistance en milieu ouvert était mise en place mais le dossier avait pris du retard, transmis au parquet d’Amiens car la mère avait « mensongèrement » déclaré un domicile dans la Somme, alors qu’en fait elle était restée à Reims.
C’est l’hospitalisation du bébé, en juin 2024, qui a précipité les événements. Au vu des lésions constatées, les médecins demandaient un placement provisoire immédiat. Selon une expertise réalisée huit mois plus tard, l’enfant avait récupéré de ses blessures physiques mais souffrait toujours de troubles comportementaux : difficulté à s’endormir, retard de langage, refus de contact avec les adultes, réflexe de protection dès qu’on s’approche de lui.
Pour cet enfant battu et qui a été « gavé de cannabis » dans l’appartement continuellement enfumé, le procureur Schneider est pessimiste : « il restera marqué psychologiquement à vie ».
Seize mois ont passé. Âgé de 28 ans, Marvin Lecamp est toujours sous les verrous, la mère * de 19 ans a été remise en liberté après sept mois de détention provisoire et ce mardi 28 octobre devant le tribunal correctionnel de Reims, ils ont continué de s’accuser l’un l’autre.
Contre Marvin Lecamp, qui vivait avec la mère depuis un mois seulement, une preuve indiscutable existe cependant : il a filmé le nourrisson après l’avoir emballé avec de la Cellophane, en ne laissant qu’un trou au niveau de sa bouche pour lui permettre de respirer.
« Dans ma famille, c’était un jeu : j’ai entouré ma mère, mon frère, ma sœur », avait-il expliqué à son avocate, Me Isabelle Guillaumet-Decorne, lorsqu’elle était venue le voir en garde à vue.
À l’audience, le président Pierre Jund veut en savoir plus :
« D’où vient cette idée ?
– D’une vidéo du même genre. Vous tapez sur Telegram, YouTube, Dailymotion, vous trouvez.
– Et vous vous dites : « Tiens, je vais le refaire » ?
– Bêtement, oui »
Sur la séquence, on l’entend rire et il laisse le bébé ainsi au sol pendant cinq minutes, le temps de faire la vidéo qu’il diffuse à des copains (horrifiés, et qu’ils lui font savoir, mais sans alerter les autorités). Il admet aujourd’hui que cette « blague », cet « amusement », comme il disait, est une violence.
S’agissait-il d’un acte isolé ? Sur le téléphone de la mère, les policiers ont trouvé une photo de son fils, la tête dans un sac plastique…
Présente lors de l’emballage du bébé, elle n’avait rien dit, « par peur » de son concubin qui serait devenu agressif avec son enfant au bout de trois semaines de vie commune, dit-elle. Il le prenait notamment par le pied, tête en bas, pour l’amener au lit.
La veille de l’hospitalisation, alors qu’il lavait le bébé, elle a entendu « boum boum » dans la salle de bains. « Je suis allée voir, il n’y avait plus de bruit. » Elle affirme n’avoir rien remarqué, sauf les « yeux tout rouges » du nourrisson, « parce que j’ai utilisé du savon spécial bébé », explique Marvin Lecamp à un tribunal incrédule.
Jolie jeune femme s’exprimant clairement, coquette dans sa veste noire, la mère non plus n’est pas épargnée par les accusations. D’après plusieurs témoignages, elle secouait son bébé, lui criait dessus, le saisissait par les joues, consommait quotidiennement des joints en sa présence, et lui soufflait même la fumée au visage : la toxicologie a révélé des traces de cannabis dans le sang de l’enfant.
Avocat de la mère, Me Vincent Nicolas décrit une jeune femme fracassée par la vie avec un père décédé, une mère dépressive et un frère schizophrène, mise enceinte à 16 ans par un homme de 29 ans qu’elle a fui deux mois après l’accouchement car il la battait, tombée « sous le joug » de son nouveau compagnon déjà sept fois condamné, notamment pour violences, mais pour autant inséré professionnellement, en CFA, et accusé à tort d’être celui qui a maltraité l’enfant (excepté l’épisode de la Cellophane), martèle son avocate.
Le jugement est tombé ce mardi soir : huit ans de prison ferme pour Marvin Lecamp ; cinq ans de prison ferme avec arrestation à la barre pour la mère, retrait définitif de l’autorité parentale.
Effaré par leur « absence d’affect », « leur indifférence totale » caractéristiques selon lui des personnalités psychopathiques, le procureur François Schneider avait requis huit ans contre lui, cinq ans dont quatre ans ferme contre elle. « C’est à partir du moment où ils ont été ensemble que ça a dégénéré. Deux psychopathes se sont rencontrés, et c’est [le bébé] qui en a fait les frais. »


« J’aime pas les chats, ça m’horripile », reconnaît Marvin Lecamp, qui avait récupéré celui de son ex appelé Titine. Il l’« agaçait », donc il l’a tué. « C’était justifié car il avait dégradé beaucoup de choses. Il a pissé sur l’ordinateur, ma console de jeux ne marchait plus, il a fait caca partout, il m’a mordu, il avait plein de puces… J’ai réglé le problème. »
Dans la nuit du 24 au 25 juin 2024, pour « régler le problème », Marvin Lecamp a donc pris « un long couteau de cuisine », a maintenu le chat par terre et lui a tranché la gorge, jusqu’à le décapiter, ce qu’il conteste : « la tête était toujours collée au corps ». Sauf qu’il a pris une photo sur laquelle on le voit tenir par la main la tête du chat…
Il a tué l’animal devant sa concubine, qui confirme : « il a complètement retiré la tête ». Il a ensuite mis le corps dans un sac-poubelle déposé dans les ordures ménagères de l’immeuble.
Comme pour l’emballage du bébé avec le Cellophane, Marvin Lecamp explique qu’à l’époque, il ne lui paraissait pas anormal de tuer un chat. « Chez nous, c’est la coutume car je viens des gens du voyage, c’est comme tuer des hérissons. »
« Accusation limite raciste », rétorque le procureur Schneider. « Non ! Les gens du voyage, je les connais, ils ne décapitent pas les chats »
De son côté, le président Jund procède par déduction. « Ce chat vous agaçait, donc vous l’avez tué. Un bébé n’est pas un chat mais on peut s’interroger sur votre réaction vis-à-vis du nourrisson quand celui-ci vous agaçait.
– Il ne m’a jamais agacé. »
Partie civile, la Fondation Brigitte Bardot a obtenu 1 000 euros de dommages-intérêts et l’interdiction à vie – qu’elle avait réclamée pour Marvin Lecamp – de détenir un animal.
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