Les trois vagues de chaleur qui ont déjà marqué l’été 2026 ont mis les Français à rude épreuve.
Et nombreux sont ceux qui commencent à intégrer les fortes températures dans leurs critères de recherche de nouveau logement.
Parmi les critères observés à la loupe : la présence de volets, de climatiseur voire de piscine et l’exposition au soleil des biens.
« L’exposition sud n’est plus autant demandée qu’avant. Au dernier étage d’un immeuble haussmannien la chaleur à l’intérieur devient vraiment insupportable », observe auprès de l’AFP Joseph Denke, agent immobilier chez FredéLion à Paris, qui constate une évolution des critères depuis quelques mois.
La chaleur ressentie lors de la visite d’un studio de 14 m2 fait d’ailleurs douter un de ses clients, Camille Couturier, un intermittent du spectacle de 30 ans.
« Etre sous les toits c’est quelque chose qui peut être inquiétant, qui pourrait être un point négatif à l’appartement », relève-t-il à côté de la fenêtre ouverte du logement non-traversant.
En achetant un appartement, il se projette « au moins à 10-15 ans » et s’inquiète donc de savoir s’il pourra « utiliser cet appartement de manière vivable » ou « devoir fuir comme tout le monde parce qu’il fait trop chaud ».
Selon une étude de Pouget Consultants et Ignes, un logement sur deux en France serait une bouilloire thermique.
Et parmi les 1.750 utilisateurs de la plateforme leboncoin interrogés en juin, 8 sur 10 déclarent avoir ressenti un inconfort lié aux fortes chaleurs. De quoi motiver un tiers des répondants à ce sondage à ne pas exclure de déménager si les canicules s’intensifient.
Pour Sophie Bourg, directrice marketing de leboncoin immobilier, les canicules ne sont plus perçues par les Français « comme des épiphénomènes » mais « sont vraiment intégrées comme étant structurelles dans les choix résidentiels ».
« La fraîcheur, le confort d’été sont devenus un critère immobilier à part entière », assure-t-elle.
Exposition, étage, piscine, climatisation, volets, possibilité de faire des courants d’air, espaces extérieurs, terrasse ombragée et même présence d’arbres dans le quartier font désormais partie des critères et discussions que les professionnels de l’immobilier interrogés par l’AFP voient émerger.
« Les acquéreurs ne regardent plus seulement le logement, mais plutôt son habitabilité. Ils ne vont plus se contenter seulement du diagnostic de performance énergétique, mais interroger les agents immobiliers avec des questions très concrètes sur la température pendant la dernière vague de chaleur, s’il est possible d’aérer la nuit, si on dort bien dans les chambres », détaille Yann Jéhanno, président du réseau Laforêt.
Cette préoccupation commence à avoir des conséquences sur certains biens, devenus moins attractifs. Christian Tokoto, agent immobilier chez Guy Hoquet Paris 5 Maubert, a en vente « un appartement magnifique, avec de grandes vitres » dans le Ve arrondissement. Malgré « beaucoup de visites, les clients nous disent “trop chaud”, parce qu’il n’est pas traversant. Et donc, pour l’instant, il est toujours sur le marché ! »
Quant à la climatisation, « ce n’est plus du tout un tabou » selon Yann Jéhanno. Lorsqu’elle est déjà installée, c’est même un « énorme point fort pour beaucoup d’acheteurs », surtout en appartement car c’est synonyme de tracas en moins avec la copropriété, affirme Laetitia Caron, directrice générale de PAP (Particulier à particulier).
Elle rapporte que les propriétaires qui souhaitent vendre un bien ont d’ailleurs bien pris le pli et mettent davantage en avant dans leurs annonces des caractéristiques liées au confort d’été, comme la climatisation ou la présence de volets.
L’impact des récentes canicules sur les choix géographiques est plus difficile à lire.
En région Provence-Alpes-Côte d’Azur, 18 % des habitants sondés par leboncoin « envisagent sérieusement de partir », contre seulement 1,3 % en Bretagne.
« On n’assiste pas encore à un exode », nuance Sophie Bourg, mais si les Français choisissaient auparavant « un territoire pour son attractivité, pour les opportunités auxquelles il nous permettait d’accéder », désormais ils choisissent aussi « en fonction du confort climatique, ce qui est très nouveau ».
Reste à savoir si ces tendances sont pérennes ou si l’automne effacera ces préoccupations, qui se révéleraient saisonnières.
Yann Jéhanno croit à un changement des mœurs.
Il y a « clairement un impact du dérèglement climatique sur l’immobilier » avec différents enjeux comme les canicules, les feux de forêt, le retrait-gonflement des argiles, estime-t-il, ce qui accroît « la difficulté à se projeter sur les 10 à 20 années d’un prêt immobilier ».
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