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On le retrouve au Petit Sud, plage du Mourillon. L’une de ses adresses favorites depuis qu’il s’est installé à Toulon il y a deux ans, « malgré moi ». Miguel Bonnefoy sourit et raconte comment sa femme lui a parlé de ce quartier toulonnais qu’elle avait gardé en mémoire.
« J’achevais une résidence d’écriture à Berlin, au DAAD (1) [c’est là qu’il a écrit L’Inventeur, son précédent roman, ndlr] et je lui ai demandé où est-ce qu’elle voulait qu’on aille… » Retourner à Paris, à Copenhague (son épouse est Danoise), à Caracas… « à Rome aussi, où nous avions vécu plusieurs années ».
Sa femme a choisi le Mourillon. « Elle m’a dit: ‘Tu vas voir, c’est un super spot’. Et c’est vrai. Elle connaissait Le Mourillon, parce que la deuxième femme de son grand-père habite au Faron. Elle y était donc venue quelques fois en vacances et avait repéré cet endroit parfait, une sorte de petit village en marge de la ville, une porte sur la mer… »
Depuis, la famille a pris ses habitudes « et les filles ont même déjà un peu l’accent ». Il rit.
Pour l’auteur dont les livres ont à chaque fois été remarqués par la critique autant que par le public – « Malraux disait: ‘au-delà de 10.000 exemplaires vendus, ce n’est plus un succès, c’est un malentendu' » – cette nouvelle vie est très enrichissante: « Il y a un aspect dolce vita qui me plaît énormément et on peut se permettre le luxe, un peu comme disait Daniel Laferrière, ‘de creuser l’art presque perdu de ne rien faire’. Ici, c’est le paradis, être loin du chaos comme ça, du bruit des capitales… Je suis vraiment un enfant des capitales, et d’être arrivé ici, ça a été un repos, un apaisement, il y a Le Mourillon et il y a le monde. C’est vraiment une perle cachée. »
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C’est dans ce petit coin de paradis qu’il a écrit son nouveau roman « Le Rêve du Jaguar ». Comment définirait-il son univers? « J’ai observé que je fonctionne par fragments. Je ne vois pas l’écriture autrement que comme un puzzle. Je ne sais pas comment on écrit d’une façon linéaire et je pense que chaque écrivain a sa propre stratégie, sa propre manière de faire. Et il n’y a pas une bonne ou une mauvaise manière. Je sais que certaines scènes, qui vont être importantes pour un livre, vont m’être données par l’inspiration du monde, par les amis, les petits dons de la nuit… Et les dons de la journée qui ensuite créent des scènes qui, elles, ne vont pas être ni le début ni la fin d’un livre mais qui apparaissent comme ça, comme des sortes d’archipel. Et ton travail est celui d’unir tout ça. »
L’envie de l’écriture, née de ses lectures qui l’ont nourri depuis l’enfance. « Comme une grande majorité d’écrivains, on n’est pas tellement fiers de ce qu’on a écrit, on est fiers de ce qu’on a lu. C’est l’immense auteur argentin Borges qui le dit délicieusement dans une préface de “L’Aleph »… Avant d’être écrivain, on est de grands lecteurs. On dit souvent que lire c’est voyager or, quand on est fils de diplomate et que l’on passe sa vie à bouger, lire c’était rester. »
Des livres références, des livres béquilles, des livres diapasons… qui lui ont servi d’ancrage. « Les premières pages de “Cent ans de solitude » de Gabriel Garcia Marquez sont les mêmes que tu sois à Paris ou à Rome. « Le Sonnet en x » de Mallarmé, pareil. Il y a une sorte d’immobilité dans la littérature, une permanence une immuabilité qui fait que, où que tu sois, il y a toujours ce repère, ce refuge… Et où tu peux revenir sans cesse. »
Lui qui s’impose un rythme quasi militaire, méthodique, lorsqu’il est en période d’écriture – « J’écris mieux le matin, après avoir déposé les petites à l’école, l’après-midi, je relis et prépare la matinée du lendemain avant d’aller les chercher à l’école » dit-il en riant –, redevient un père à l’imaginaire foisonnant au moment du coucher.
Ses filles lui donnent quelques éléments et l’auteur se met à inventer des histoires, des personnages, « un écureuil qui a mal au ventre, une branche qui pique et un lit cabane ». « Je ne les trouve pas assez bonnes ces histoires, elles n’ont pas de structure narrative… » cependant son premier album jeunesse Le Peintre et l’Oiseau sera publié lui, en octobre prochain chez Actes Sud Junior.
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C’est à Toulon, « entre Le Petit Sud et chez moi », que Miguel Bonnefoy a écrit son nouveau roman Le Rêve du jaguar, à paraître en août prochain, et déjà en lice pour le prix Fnac. Une histoire qui prend corps dans celle « que j’ai toujours portée dans mon coeur »: celle de son grand-père maternel, retrouvé par une mendiante sur les marches d’une église, à Maracaibo, au Venezuela.
Il deviendra cardiologue, président du collège de médecine de la région, il épouse la première femme gynécologue obstétricienne de la ville. Leur fille deviendra la première exilée de la famille en venant à Paris… où elle rencontrera un diplomate.
Ce mythe avec lequel il a grandi, il en a fait un livre, épique et romanesque, empreint de mythes et d’envies de voyage. Renouer avec le fil de l’histoire familiale. « C’est une quête perpétuelle de savoir d’où l’on vient vraiment. Ceux qui ne peuvent se rappeler de leur passé sont condamnés à le répéter. » On ne manquera pas d’y relever les passerelles avec ses livres précédents et les clins d’œil…
> Le Rêve du Jaguar de Miguel Bonnefoy, aux éditions Rivages. 295 pages. 20,90 euros.
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« Ça faisait longtemps qu’il ne m’était pas arrivé d’être confronté à cette belle idée dont parle Virginia Woolf et également Pessoa: les livres te confirment ce que tu sais déjà, ils t’expliquent ce que tu es en train de vivre. Ce livre, j’ai l’impression de l’avoir écrit, de l’avoir vécu. Il est en train de m’expliquer le livre que je vais écrire demain. »
« Parce que c’est un livre pétillant, d’une intelligence embarrassante pour les autres, à la fois très léger dans l’écriture, l’ironie, le sarcasme, dans ces situations un peu cocasses, il y a un peu un côté cinéma des frères Coen. »
« Un livre d’une vivacité, d’une profondeur, d’une connaissance du monde de l’art sans tomber dans la lourdeur, au contraire, c’est une écrivaine d’une culture immense, parce qu’elle aime la beauté sans cesse, et parce que, surtout, c’est une femme d’une très grande patience, et d’une très grande force intérieure. »
« Un livre qui ressemble un peu au film Cinema Paradiso de Tornatore. Vous voyez ce genre d’ambiance? Un petit village italien en quelque sorte réduit à sa molécule fondamentale et où tout le monde se connaît, c’est foisonnant. »
« Je vous laisse découvrir cette histoire incroyable, avec une écriture à la fois puissante et pudique. Il y a une sorte de force souterraine, comme un volcan pas encore éveillé et qui a le feu sous la cendre. »
« Un personnage qui vit une aventure incroyable alors qu’il n’était pas du tout prédestiné à ça. Un homme qui préférait l’ennui aux ennuis comme il dit, et qui pourtant se retrouve malgré lui dans une sorte de voyage à travers le monde, pour finalement revenir dans son village et s’apercevoir que la fin est délicieuse, enfin, absolument inattendue. »
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