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À Bordeaux, la pierre ancienne est tellement iconique qu’on la garde pour construire un nouveau quartier. C’est ce qui se passe sur une artère de 600 mètres de long entre la gare Saint-Jean et les quais de la Garonne. Le promoteur Apsys y déploie son projet Canopia, une réhabilitation urbaine sur quatre hectares qui doit aboutir à l’édification de 70 000 m² de surfaces bâties.
La première pierre a symboliquement été posée ce 11 avril, en présence de l’ancien, Alain Juppé, et actuel, Pierre Hurmic, maires de Bordeaux. Décidée en 2015 sous la mandature du premier, réorientée depuis l’arrivée du second à la tête de la ville, l’opération vient d’achever une phase importante : la démolition. De vastes ensembles immobiliers, pour la plupart en pierre, anciens appartements, hôtels ou supermarché, ont été détruits. Ou plutôt déconstruits. Et la nuance est importante.
« Les pierres ont été déposées, numérotées et enfin consignées par un géomètre. C’est une démarche très frugale mais elle représente un travail long et laborieux », commente Simon Brouck, directeur de l’opération pour Apsys. Grâce à ce circuit, les futures constructions accueilleront 2 500 m² de façades en pierre réutilisée. 95 % des blocs déconstruits seront d’ailleurs réemployés sur la zone d’aménagement ou sur d’autres chantiers alentours.
Une première pour Apsys, qui doit s’armer de patience et de moyens pour coordonner la mission recyclage. « Le réemploi n’est pas économiquement viable car déposer proprement les matériaux coûte cher. Il y a aussi un enjeu de synchronisation entre la dépose des pierres et leur stockage, cela n’a pas très bien fonctionné sur ce chantier, explique le directeur. On voudrait quand même le refaire mais ce n’est pas totalement réplicable. Les chantiers ne peuvent pas se permettre d’engager des ressources dédiées au réemploi, il faut donc que la filière et les prestataires se structurent. »
Le promoteur va engager dans les prochaines semaines les travaux de construction du nouveau quartier. Plus de 60.000 m2 de surfaces dédiées aux activités marchandes (commerces, hôtellerie, tertiaire) seront ainsi construites, pour seulement 6 000 m2 de logements, alors que la ressource fait défaut sur la métropole bordelaise. Ce sont surtout les espaces extérieurs qui attirent l’attention : 9 500 m² de murs et façades végétalisés, 600 arbres et un parc de 2 hectares.
Raccordée au réseau de chaleur urbain, l’opération va également tester la production de froid grâce à l’eau de la Garonne. Un système d’échange thermique sera mis en place, permettant de diminuer les émissions de CO2 de 60 % par rapport à un système de climatisation classique.
Autant d’éléments qui vont permettre à Canopia de décrocher la certification anglo-saxonne « Breeam communities » niveau excellent, qui vient récompenser la qualité des aménagements publics et la performance environnementale du projet. Du jamais vu dans une ville française. C’est pour marquer le caractère public de ces engagements que la Banque des Territoires est venue apporter près de 70 millions d’euros en fonds propres pour financer l’opération.
« La gare est une des portes d’entrée de la ville. Il y a un enjeu d’attractivité et de développement économique sur cette zone, avec l’exigence de développer des services utiles au quartier et d’améliorer le niveau de certification qui était prévu à la base », veille Anabelle Viollet, la directrice Nouvelle-Aquitaine de la Banque des Territoires.
Un peu plus de deux ans de travaux s’ouvrent pour Apsys. Dès fin 2027, le promoteur pourrait jouir de son quartier privé, dont il sera seul propriétaire du bâti et du foncier. Canopia, qui a représenté un investissement de 420 millions d’euros, deviendra alors un ensemble commercial et urbain à ciel ouvert très lucratif.
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