Alors que l’horizon 2030 dynamise un marché local pesant plus de 4 MMDH, le cadre normatif peine à suivre l’évolution urbaine. L’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès réunit experts et praticiens pour débattre des réformes nécessaires afin de sécuriser et de moderniser l’habitat au Maroc.
Le logement symbolise intrinsèquement la stabilité et le refuge, pourtant, la pierre se transforme de plus en plus en un terrain de conflits épineux devant les juridictions. Face au fossé grandissant entre l’aspiration à la quiétude résidentielle et la prolifération des litiges immobiliers, la ville de Fès lance un débat national les 15 et 16 mai 2026.
Organisée par le Laboratoire des études juridiques et transformation numérique, la rencontre scientifique prend place à la Faculté des Sciences juridiques, économiques et sociales de l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah. Les travaux réunissent des chercheurs et des praticiens du droit pour confronter la rigidité de l’arsenal législatif à la rapidité de l’expansion urbaine. La réflexion pose d’emblée une urgence, consistant à moderniser le cadre normatif pour encadrer efficacement les mutations foncières et sécuriser les interactions au sein de la société.
Un marché résilient générant plus de 4 MMDH
Le secteur de l’habitat constitue un moteur économique essentiel au niveau de la ville de Fès. Les statistiques révèlent une stabilité des transactions dépassant le cap des 4 MMDH en 2025. En 2023 déjà, les opérations immobilières avaient atteint 4,34 MMDH sur l’ensemble des six arrondissements de la métropole. La demande reste soutenue pour le moyen standing et l’investissement locatif.
Depuis 2023, la zone de Zouagha concentre 34% de l’activité globale. Un tel indicateur confirme le déplacement progressif de l’urbanisation vers les périphéries. L’embellissement du cadre de vie entamé en 2025 contribue à la valorisation continue du foncier urbain. La pierre irrigue de nombreuses filières annexes allant des matériaux de construction jusqu’aux services d’aménagement.
Un mètre carré médian fixé autour de 4.500 dirhams
La compétitivité tarifaire permet à la capitale spirituelle de conserver une forte attractivité face à d’autres grandes métropoles du Royaume. Le prix médian se situe aux alentours de 4.500 dirhams pour un mètre carré. Néanmoins des disparités géographiques persistent au sein du tissu urbain. Les quartiers comme la Ville Nouvelle ou Agdal enregistrent des tarifs allant de 5.000 à 8.000 dirhams.
En revanche, le secteur très prisé des Champs de Courses atteint des sommets de 13.000 dirhams. En parallèle, les opérateurs s’inquiètent du poids de la fiscalité locale. La Taxe sur les terrains non bâtis oscille entre 20 et 30 dirhams le mètre carré. Une telle charge complique la valorisation des parcelles par les héritiers et favorise l’apparition de friches urbaines pénalisantes pour le développement harmonieux de la cité.
Plusieurs axes de réflexion face à l’augmentation des litiges
L’expansion du marché s’accompagne d’une complexification des rapports juridiques et des interactions sociales. La rencontre scientifique programmée par l’Université abordera les conflits inhérents à la copropriété, les troubles de voisinage ou encore les contentieux locatifs. L’application des lois relatives aux immeubles bâtis engendre des difficultés dans la gestion quotidienne des espaces communs par les syndicats. Les spécialistes vont également se pencher sur la problématique de l’effondrement des constructions, imposant une révision des obligations civiles et pénales des acteurs du bâtiment.
Afin de préciser les motivations de la manifestation, les organisateurs affirment que «le congrès aspire à établir un diagnostic de la situation actuelle de la législation immobilière tout en explorant les perspectives d’avenir par le biais d’une approche socio-juridique afin de garantir une meilleure efficacité des programmes gouvernementaux». L’objectif repose sur l’élaboration d’un cadre normatif capable de protéger les droits des citoyens et des investisseurs.
Un levier de croissance à l’horizon 2030
Les perspectives liées à la Coupe du monde 2030 apportent des signaux positifs pour la relance foncière. Les investissements prévus dans les infrastructures de transport et les équipements touristiques renforceront la compétitivité du territoire. La dynamique de construction représente un levier de croissance pour l’emploi local. La réalisation de 100 mètres carrés de plancher génère en effet une dizaine de postes directs et une trentaine d’opportunités indirectes.
Toutefois, les professionnels insistent sur l’urgence d’une meilleure gouvernance urbaine pour accompagner le mouvement. L’accélération de l’approbation des plans d’aménagement et le développement du logement locatif figurent parmi les priorités des aménageurs. La mise à niveau des réseaux d’éclairage public et des espaces verts s’avère aussi indispensable pour attirer de nouveaux capitaux et assurer un équilibre durable entre croissance économique et qualité de vie résidentielle.
Mehdi Idrisi / Les Inspirations ÉCO
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