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Ce mercredi matin de vacances scolaires, Manon (1), 22 ans, rend visite à ses fils, Dorian, 6 ans, et Tobias, 4 ans. Après s’être occupée de la douche du petit, la jeune maman s’amuse dans la salle de jeu avec le grand. Elle déjeunera ensuite avec ses enfants et l’équipe de « Ma Nine ».
C’est là, dans l’ouest toulonnais que vivent, depuis juillet 2024 et une ordonnance de placement par la justice, les deux garçonnets: dans une maison d’enfants, dite « lieu de vie d’accueil », pas tout à fait comme les autres.
« Ici, souligne Nathalie Rocailleux, psychologue et directrice de l’Association familiale laïque (AFL) Transition, qui porte le dispositif, on travaille la parentalité: la prise en charge est globale, pour l’enfant et aussi le parent. »
Comme les parents des quatre autres enfants placés chez Ma Nine, Manon bénéficie ainsi d’un suivi psychologique, également mis en place par l’AFL Transition.
Surtout, le juge lui ayant accordé des droits élargis, la jeune femme peut rendre visite à ses petits à son gré.
« On apaise les traumatismes, y compris celui de la séparation, reprend la clinicienne. L’idée, c’est d’aller vers une transition réparatrice, pour l’enfant et le parent, d’éviter que le lien entre eux soit rompu et que des mineurs, une fois placés, le soient jusqu’à leur majorité ou soient de nouveau placés: ça, c’est un drame! »
D’où la nécessaire implication du père et/ou de la mère: « Nous sommes en toute transparence avec eux et les accompagnons. »
Travail sur les émotions, la maîtrise de soi, la pudeur mais aussi les besoins de stimulation des enfants ou encore les apprentissages, comme autant de guides vers un retour à la maison.
L’existence de cette possibilité est la condition sine qua non pour que l’Aide sociale à l’enfance oriente des mineurs de 3 à 6 ans vers Ma Nine.
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« Quand la décision de leur placement a été rendue, se remémore Manon, ça a été difficile: j’avais peur de l’inconnu. Mais ça m’a rassurée de les savoir ici. »
La jeune maman n’a qu’une hâte: vivre de nouveau avec ses enfants. Si elle a déjà un emploi, il lui faut désormais trouver un logement.
En attendant, Dorian l’assure: « Moi, j’aime ici! » Accroché aux bras de Lauren, l’une des quatre éducatrices, il montre le tableau où figurent les prénoms de ses petits « colocataires ».
L’éducatrice explique: « C’est le tableau des comportements. » Nathalie Rocailleux complète: « Les maîtres-mots ici sont ‘amour’ et ‘discipline’! »
Amour, parce que chez Ma Nine, « nous sommes convaincus que contrairement à une idée reçue, l’attachement est primordial et il faut, là aussi, éviter qu’il soit rompu », explique la directrice tout en effectuant quelques pas de danse avec Tobias qui s’agrippe à elle.
Quant à la discipline, elle est assurée par une autre spécificité: ici, les éducateurs passent une semaine complète, jour et nuit, une fois par mois. « Ça permet un suivi des comportements. « 
« C’est cette manière de travailler qui est innovante », insiste la responsable de l’AFL Transition. La structure est d’ailleurs connue pour ses orientations en termes d’ingénierie de projet.
C’est pourquoi le Département, compétent en matière de protection de l’enfance, lui a apporté confiance et crédit: la collectivité finance le lieu à 100% à hauteur de 591.000 euros par an.
1. Les prénoms des enfants et de la mère ont été modifiés afin de préserver leur anonymat.
Conseillère départementale, Caroline Depallens est la présidente de la commission enfance au sein de la collectivité. L’élue évoque le besoin de places, y compris dans des dispositifs innovants, dans un contexte tendu.
Comment le Département perçoit-il les innovations telles que le lieu de vie et d’accueil « Ma Nine » ?
C’est important que nous puissions proposer des réponses adaptées aux situations qui nous sont confiées par le juge. Il ne faut pas oublier que le but est toujours de restaurer l’enfant et de le voir retourner dans sa famille ou auprès d’un tiers de confiance. Des structures telles que « Ma Nine » permettent ça.
Nous sommes ouverts à ce qui existe car on est toujours plus intelligent collectivement, que tout seul.
Pour autant, les besoins en termes de places sont importants : ce type de structure peut-il y répondre ?
Ce qu’il faut, c’est un panel de solutions variées qui permettent de répondre à des situations différentes. C’est pourquoi, il y a des innovations comme ma « Ma Nine », mais aussi des créations de places (deux cents nouvelles sont annoncées d’ici à la fin de l’année, Ndlr), avec la construction ou la réhabilitation de bâtiments.
Combien de mesures de placement ne sont, aujourd’hui, pas exécutées faute de place ?
En 2024, le Département a accueilli plus de 2 500 enfants. Une cinquantaine de mesures n’ont pas pu être exécutées. Mais dans ce cas, il y a un suivi à domicile.
Les services de protections de l’enfance sont en difficulté partout en France et le Var n’est pas épargné. Comment la collectivité fait-elle face à ces problèmes ?
Je veux d’abord rappeler que le président du Département Jean-Louis Masson a conscience de ces difficultés : même s’il est vrai que ça ne va pas vite, le problème est pris à bras-le-corps. Une pouponnière a ouvert à La Valette, une maison d’enfant à Trans… Un nouveau protocole de remontée des informations préoccupantes a aussi été validé en octobre dernier.
D’ailleurs, le nombre de ces informations préoccupantes concernant des mineurs est en hausse, augmentant la charge de travail d’effectifs qui, eux, restent stables…
Nous travaillons à la question des effectifs. Nous avons par exemple recruté pour la Cellule de recueil des informations préoccupantes. Nous nous attachons aussi à former et à faire monter en compétences afin de répondre aux besoins, avec des personnes engagées pour l’intérêt des enfants. La politique du Département est réellement volontariste. Mais je veux aussi dire que certains aspects ne sont pas dans nos mains. Comme les maires qui refusent de voir des structures dédiées à la protection de l’enfance s’implanter sur leur commune ou comme l’État qui, ainsi que le préconise la défenseure des droits, devrait abonder davantage !
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